Inscrit depuis novembre 2011 au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité, le FADO ( du latin fatum, le destin) est à la culture portugaise ce que le blues fut au Mali puis aux champs de coton du Mississipi, le spleen à la mélancolie et la sehnsucht au romantisme allemand… pour ne rien dire du flamenco !
Le fado, on l’aura compris, occupe une place de choix parmi les vocables considérés comme intraduisibles.
En outre, le fado entretient avec la saudade des liens aussi étroits qu’interactifs.
Sauf que la saudade est un état d’âme, un mode d’être tourné à la fois vers le passé et vers l’avenir, d’où résulte parfois cette sorte de « nostalgie anticipée » propre au fado. Ou encore, pour citer Pessoa : la saudade c’est la poésie du fado.
Donc, la saudade se vit et le fado se chante.
Parmi les grands du fado, qu’on appelle « fadistes », figure Amalia Rodrigues.
C’est la reine.
La voici dans « Coimbra » :
http://www.youtube.com/watch?v=mdFF0XsOPW4
Les plus chenus d’ici remarqueront qu’il n’est nullement question du mois d’avril…
Depuis, les fadistes ont copieusement puisé dans le répertoire d’Amalia Rodrigues.
Petit tour d’horizon, pas nécessairement dans l’ordre de mes préférences :
Ecoutons d’abord Misia, parce qu’elle chante ici en français, décliner les nuances du fado :
http://www.dailymotion.com/video/x9tpbo_misia-fado-inventaire-salle-gaveau_music
Puis Mariza, dont j’apprécie la façon de revisiter le fado (souvent via la world ) :
http://www.youtube.com/watch?v=5ElLSBx9Jo8
Cristina Branco, qui est passée en tête de liste, au coude à coude avec Ana Moura :
http://www.youtube.com/watch?v=Ub4xQQPXc4Q&feature=player_embedded
http://www.youtube.com/watch?v=nOgrs2OiAbA&feature=player_embedded
Et sans doute encore beaucoup d’autres… dont cette très belle rencontre avec Amina Alaoui, connue pour être la voix "arabo-andalouse du Maroc", qui revisite elle aussi le fado :
http://www.youtube.com/watch?v=pizWG6lAHX4&feature=related
Du côté masculin, c’est plus compliqué.
A l’exception de Coimbra, ville où seuls des fadistes masculins donnent ses lettres de noblesse au fado, on constate que ce chant s’exprime majoritairement au féminin.
Cette réalité pourrait s’explique par le fait que les Portugais, grands navigateurs toujours partis courir les mers, laissaient les pauvres Portugaises en rade. C’est ainsi qu’elles inventèrent le fado. ( Cette interprétation musicologique n’engage évidemment que moi.)
Voici en tout cas une œuvre de l’un des géants de la guitare portugaise :
http://www.youtube.com/watch?v=Sd2DXER9tCg&feature=player_embedded
Et saluons aussi l’humour lisboète qui ne craint personne pour l’auto-dérision :
http://www.flickr.com/photos/margaridices/5638949304/
Bonne promenade !