De l'usage de l'emporte-pièce sur les blogs

Par une de ces ironies du sort dont notre riche et belle langue a le secret, cet ustensile pourtant recommandé pour garantir des réussites pâtissières  a fini par signifier de nos jours son exact contraire, par le biais de l’expression « à l’emporte-pièce ».

On l’emploie généralement pour désigner l’éreintement systématique et peu nuancé entrepris par quelqu’un à l’encontre  d’un  autre, qu’il s’agisse d’un artiste, d’un penseur ou d’un politique.

Il m’a semblé intéressant de donner la parole à Dany Laferrière qui, dans le même ordre d’idées, pose la question : Qu’est-ce qu’un bon écrivain ?

Voici donc quelques extraits :

« Un bon écrivain, c’est quelqu’un qui ne donne pas d’interviews, qui préfère s’exprimer dans ses livres – donc Borgès qui répondait à tous les journalistes n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est quelqu’un qui vit loin des mondanités –donc Malraux qui vivait avec une mondaine (Louise de Vilmorin) n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain, c’est quelqu’un qui n’aime pas les commérages – donc Truman Capote et Saint Simon ne sont pas de bons écrivains.

Un bon écrivain c’est un homme toujours pressé – donc Proust n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est un humaniste avec une solide éthique – donc Sade n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est un bon vivant qui aime manger, boire et danser – donc Beckett n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est quelqu’un qui n’a jamais été candidat à la présidence d’un pays – donc Mario Vargas Llosa n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est quelqu’un qui déteste les armes à feu – donc Hemingway n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est quelqu’un qui vit dans les nuages – donc Goethe n’est pas un bon écrivain.

Un bon écrivain c’est quelqu’un de flamboyant – donc Pessoa et Kafka ne sont pas de bons écrivains.

Un bon écrivain c’est un homme qui.. donc Virginia Woolf et Clarisse Lispector ne sont pas de bons écrivains ». 

Et Laferrière de conclure : « Ce dont un écrivain a le plus besoin c’est d’un lecteur ».

 

Voilà. J’ai trouvé très intelligente, trés profitable et vraiment très drôle cette façon paisible d’en appeler à reconsidérer combien certains jugements hâtifs (et surtout sans appel ) peuvent recéler de myopie...

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.