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Billet de blog 16 mars 2012

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De l'utilité des idiotismes

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Il serait vain d’en faire mystère : j’idolâtre les idiolectes.

C’est pourquoi j’incline ontologiquement au respect des idiosyncrasies, section des néologismes.

Et comme les idéologues des blogs point je ne gobe, je vais trancher dans le vif et vous servir une fricassée d’idiotismes et autres gourmandises.

Du temps que j’étais jeune et belle, ce qui n’implique pas nécessairement que je sois aujourd’hui vieille et moche, j’ai connu un jeune homme qui, bien que n’étant pas « fils de », était néanmoins garçon au pair. Je remercie d’ailleurs au passage la Fée Ministe d’avoir permis cette rencontre.

Ce garçon vivait des moments fort difficultueux dans son apprentissage du français. Mais comme il était de la graine des poètes, et créatif autant qu’hardi, il n’hésitait jamais, pour se jouer d’eux, à jouer avec les mots.

Pour ma plus grande joie, il détestait les agencements mathématiques et utilisait peu le dictionnaire ( sauf celui de Flaubert, dont il avait bien reçu les idées). Les proverbes et dictons, notamment, lui étaient sources d’inspiration quotidienne.

Je garde le souvenir ému de quelques unes de ses trouvailles :

On ne fait pas d’omelette sans voler un bœuf.

Ventre affamé n’a point d’oreille gauche. (il adorait Van Gogh)

L’homme est un animal doué d’oraison ( il vénérait Bossuet)

La Terre est bleue comme une orange transgénique ( il était écolo)

Ne pas vendre la charrue avant la peau de l’ours, même si le crapaud bave.

Au plan érotico-linguistique, c’était un homme de conviction.

Il était absolument sûr, par exemple, qu’on ne pouvait rouler une pelle qu’en tournant sept fois sa langue dans sa bouche. Du côté des égarements, il affirmait que le satire-larigot était à la bienséance ce que le clapotis est au marigot. Je précise qu’un tel axiome reste pour moi plutôt hermétique.

Je le revois encore, promenant au parc les bambines de ses employeurs tout en aidant ses frères et sœurs au pair. Il leur dispensait des cours de français mémorables, rectifiant sans cesse leurs erreurs d’apprentissage.

On ne doit pas, assurait-il, dire quand il pleut qu’il tombe des ficelles mais qu’on verse des seaux de hallebardes.

Ni, en cas de choc, voir 36 chandelles. Préférer : il est temps de changer les bougies.

C’est pourtant au niveau des onomatopées que celui que j’appelais en privé mon « idiot Saint Crazy » (car il était anglophone et phile) m’a le plus impressionnée.

Il avait mis au point un système aussi poétique que musical destiné à éviter les pertes de temps, les malentendus et la tentation de s’écouter parler, voire de se payer de mots, que je vais tenter de résumer ici.

De quelque pays soit natif votre interlocuteur, il suffit d’un mot pour dire ce que vous avez à dire.

Si, par exemple, vous voulez évoquer une explosion, « Boom ! » suffit amplement.

On tambourine à votre porte ? « Bababam ! ».

Soif ? « Glou glou »

Un bébé pleure ? « Ouin, ouin ».

Besoin d’aide en cas d’accident ? « Pin pon, pin pon ! »

Il vous faut une voiture ? « Vroum, vroum ».

Vous voulez dormir,  l’endroit est infesté de moustiques, ou les deux à la fois ? « Zzzzzzz » sera compris de tous.

Nous nous étions rencontrés un vendredi 16 mars, peu après midi. Vers 14 heures.

Bref, on l’aura subodoré, je l’ai beaucoup aimé.

Il m’arrive parfois de rêver que, revenu en France, il s’abonne à Mediapart.

Plus on est de fous…

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