Comme l’a naguère souligné Edgar Morin avec sa retentissante « Rumeur d’Orléans », les légendes urbaines ont la vie dure et conservent un bon rapport qualité/prix si on sait les utiliser.
Le procédé, c’était à prévoir, n’a pas manqué de faire des petits sur ce site.
Je vais donc revenir sur deux légendes de ce genre, l’une parce qu’elle me vise directement et que ça commence à me fatiguer, l’autre parce qu’elle tente de nuire à ceux et celles qui osent s’écarter des discours convenus et dont Néfertari est, avec d’autres, un parfait exemple.
La légende voudrait donc que cette talentueuse et fort appréciée contributrice n’ait au fond qu’un seul rêve, qu’un seul et obstiné désir : se faire troller, encore et encore.
C’est bien commode, même si un peu court, comme argument. Curieusement, cela m’évoque le consternant « elle l’a bien cherché » qu’on invoque encore trop souvent au sujet des femmes violées. Il suffirait, pour s’en convaincre, de relire quelques uns des billets ( ceux qui, du moins, n’ont pas été effacés) dans lesquels, sans doute pour satisfaire les supposés penchants masochistes de Néfertari, certains vont même jusqu’à revisiter les bonnes vieilles recettes du lynchage.
« Messieurs les censeurs, bonsoir ! » lança un jour le regretté Maurice Clavel avant de quitter le plateau d’une émission de télévision. Il m’arrive souvent, à la lecture de billets se réclamant de la liberté d’expression, d’avoir une furieuse envie de dire comme lui.
L’autre légende, celle qui me concerne directement, me laisse perplexe sur mes capacités mentales. Certes, je n’ai pas inventé l’eau tiède et, re-certes, je ne me sens pas obligée d’avoir un avis autorisé sur tous les sujets, y compris et surtout ceux dont j’ignore tout.
Mais comment expliquer que quelques uns, ici, (alors même que je ne participe jamais à leurs billets) disent lire en moi comme dans un livre ouvert, savent mieux que moi ce que je pense, pourquoi je le pense, comment je le pense, et ne se privent pas de le faire savoir ?
Cela me trouble.
Pourquoi éprouvent-ils cet irrépressible besoin de parler à ma place ? De dire ce qu’ils croient que je n’ai pas dit ? Ou de ne rien dire de ce que j’ai dit ? Pourquoi me contestent-ils le droit à une parole que chacun, pourtant, est réputé libre d’exercer sur ce site ? J’en viendrais presque à me demander si je ne devrais pas les remercier de déployer tant d’efforts pour tenter de me remettre sur le droit chemin de la pensée unique, ou binaire, du mediapartiquement correct.
Je suis donc perplexe.
Mais je dois reconnaître que cette situation n’est pas sans avoir, pour moi, de sérieuses répercussions.
Ce matin, par exemple, au moment de mettre en route mon café, je fus saisie d’un doute.
Tu crois vouloir du café, me dis-je, mais est-ce bien sûr ? Ne penserais-tu pas plutôt « thé » tout en disant « café » ? N’aurais-tu pas des comptes à régler avec ta vieille cafetière ? N’as-tu pas, oui ou non, pensé un jour – et même failli écrire – que le café en poudre était à la gastronomie ce que les bigoudis sont à l’érotisme ?
Et là, dans ma cuisine, j’ai connu un grand moment de solitude.
Noyeux Joel à tous !