Tous urbanistes ? Les faux-semblants de l’urbanisme partagé

Cette tribune est co-rédigée par Patrick Henry (architecte, fondateur de Pratiques urbaines, maître de conférences en école d’architecture), Maud Le Floc’h (urbaniste, directrice du POLAU-pôle arts & urbanisme) et Stéphane Lemoine (architecte, directeur de l’agence AP5, explorateur de « l’urbanisme du mouvement »).

Face à un avenir écologiquement menacé, économiquement imprévisible, face aux jeux des délocalisations soudaines, à la montée des mouvements citoyens et autres zones à défendre, il n’est plus pensable de produire des projets urbains de façon linéaire et autoritaire. Bien que certains choix infrastructurels continuent de s’envisager de manière peu négociée (le partage des données numériques, les politiques sur l’énergie, la gestion des circulations…), force est de constater que l’urbanisme perd de sa grammaire traditionnelle ; en termes de métiers, de cadres d’intervention, mais aussi en matière de culture de l’action publique.

Dans ce nouveau système référentiel, des stratégies agiles apparaissent. Nommées urbanisme tactique, urbanisme culturel, urbanisme des temps et des usages ; elles répondent à des modes d’agir plus ascendants ou transversaux. Diagnostics sensibles et partagés, aménagements forains, méthodologies bottom up, programmation réactive, préfigurations pour tester les usages, sont autant de méthodes qui régénèrent les outils de la fabrique urbaine. Pour autant, en arrière-plan, les intentions politiques et les cultures professionnelles services techniques, milieux d’ingénierie ne sont pas toujours disposées à intégrer ces nouvelles approches et leurs conclusions.

Comme si la machine urbaine n’était pas réglée pour tirer les fils des expérimentations, et les intégrer dans la maille même des projets urbains. Comme si le vivant et la transition avaient du mal à s’inscrire dans les tableurs des gouvernances de projet.
Le risque est que ces pratiques nouvelle-génération se retournent contre elles-mêmes en produisant tout en détournant l’attention , des contre-effets, plus absurdes que ceux contre quoi elles se sont fondées.

 

Besoin de nouveaux moyens

Au milieu des années 90, les projets urbains « à la française » étaient la règle d’or de l’aménagement, propulsant sur le devant de la scène des concepteurs (architectes pour la plupart) et des maîtres d’ouvrage armés de ZAC et de fiches de lot. Ils ont ainsi urbanisé de nouveaux territoires venant élargir les périmètres des villes. Cet âge d’or de l’urbanisme a produit durant plus d’une dizaine d’années des quartiers parfois inventifs, souvent semblables, en utilisant dans la plupart des cas les mêmes méthodes, les mêmes gabarits et les mêmes matériaux pour construire et aménager. Devant la multiplication de ces opérations, des résistances s’organisent et demandant à juste titre, information et concertation autour de ces projets. Associations de riverains et collectifs d’habitants se mobilisent pour participer aux débats, redonnant une dimension plus démocratique aux transformations à l’œuvre et les rendant plus attentives et conformes aux pratiques du quotidien.

La crise mondiale de 2008 et celle plus nationale de 2014 induisent la réduction des moyens des collectivités. La métropolisation a conduit à une forme d’épuisement du modèle de production urbaine. Les collectivités se sont alors demandées comment continuer à aménager, urbaniser, équiper leurs territoires sans engloutir des sommes toujours plus importantes. Des initiatives émanant de la société civile ont fait émerger des aménagements provisoires, des occupations temporaires ou des scénographies urbaines. Une voie alternative s’est ainsi imposée aux méthodes de l’urbanisme jusqu’alors pratiquées1. Les espoirs suscités par ce type d’interventions bottom up, sont à la mesure de la volonté d’en finir avec une planification trop longtemps pensée du haut vers le bas (top down). Elles sont aujourd’hui en passe de devenir l’alpha et l’oméga d’un nouvel urbanisme citoyen et partagé.

S’il ne s’agit pas de remettre en cause les bienfaits d’un urbanisme plus soucieux des pratiques quotidiennes et plus économe dans sa mise en œuvre, nous nous interrogeons sur les effets qu’ils produisent durablement sur nos territoires et sur leurs capacités à renouveler en profondeur les modes de faire.

 

Jouer collectif

Souvent sincères, parfois spontanés, quelquefois bricolés, les aménagements provisoires (et les démarches dont ils résultent) sont élaborés avec des habitants accompagnés par des collectifs pouvant regrouper des professionnels de la ville (architectes, paysagistes), mais aussi des plasticiens, des designers, des sociologues, des artisans, des médiateurs, jusqu’alors peu impliqués dans les processus urbains. L’expression de collectif, par sa polysémie, permet d’évoquer le faire ensemble et la façon dont s’organisent les professionnels de l’urbain (le projet n’est plus une démarche individuelle, voire réservée à quelques-uns).

Ces collectifs possèdent des origines nombreuses et variées, témoins de leur richesse et de leur diversité. De Stalker (1995 - Rome) à Etc (2010 - Strasbourg, Marseille) et Bellastock (2006 - Paris) en passant par Bruit du frigo (1997 - Bordeaux) ou le collectif Exyzt (2003 - Strasbourg, Paris), ils se caractérisent par une prise de position sur les territoires échappant parfois aux standards des consultations et cadres officiels. En appui d’associations habitantes ou d’actions des services culturels, les collectifs soulèvent des questions auxquelles ils proposent des solutions in situ autoconstruites (parfois autofinancées) et souvent temporaires. Ces démarches, aux origines libertaires2 plus ou moins assumées, permettent d’intervenir rapidement et librement sur l’espace public. Elles sont aujourd’hui en voie d’institutionnalisation.

Le rôle des collectifs et de leurs actions a de toute évidence permis de faire descendre le concepteur de son piédestal et de rendre plus concrètes et visibles les interventions sur l’espace public, en répondant à des enjeux contemporains tels que l’écologie, l’économie sociale et solidaire, etc. La dynamique initiale générée par ces collectifs, l’écho que rencontrent leurs actions et le faible coût de leurs interventions intéressent les maîtrises d’ouvrages. Confrontées à des baisses budgétaires, les collectivités sont notamment en recherche de nouveaux modes opératoires et d’un rapprochement avec les habitants. Elles voient, dans ce type d’action, un moyen de « faire projet » à moindre coût. Les maîtrises d’ouvrages proposent des consultations, d’abord en marge de projets traditionnels, en prenant appui sur des démarches de concertation, des interventions de préfigurations, des actions avec les habitants, etc. Puis, face au succès rencontré et l’adhésion aux transformations proposées, ces démarches se sont démultipliées et reproduites, souvent sur le même modèle, selon une même recette, contredisant leur raison d’être initiale qui est de se situer au plus près des territoires et des attentes. Des métiers ou du moins de nouvelles compétences apparaissent, proposant d’accompagner les collectivités dans la mise en œuvre et surtout dans la communication et la diffusion de ces projets d’un nouveau genre. De leur côté, les acteurs privés se dotent d’outillages, proposant animations et ateliers de travail afin de rendre leurs projets de constructions plus attractifs, accessibles et sympathiques auprès du grand public.

Pour autant, nous même, praticiens ou familiers de ces modes de faire, nous ne pouvons pas faire l’économie d’un questionnement. Ces processus de projets sont-ils si différents et si innovants que leurs annonces veulent bien le laisser croire ? Quelles traces laissent-ils à long terme ? Comment infléchissent-ils les aménagements pérennes ?

Le glissement progressif vers une forme d’institutionnalisation, comme on peut le voir aujourd’hui dans les consultations du type Réinventons nos places à Paris, ne conduit-il pas à médiatiser des évènements qui permettent par ailleurs d’aménager « comme avant » ce qui n’est pas directement concerté ? Car si le projet d’aménagement ne peut se contenter de n’être qu’un dessin, esthétiquement maîtrisé par un homme (ou une femme) de l’art et que son processus d’élaboration doit aussi permettre d’en infléchir le contenu, on peut s’interroger, certes sur les résultats des productions, mais surtout sur l’articulation entre les différentes phases de concertation, de conception, de réalisation et de gestion.

 

Réinventons, il en restera toujours quelque chose

Lancée en 2015 par la maire de Paris Anne Hidalgo, la concertation sur le réaménagement de sept grandes places parisiennes – Bastille, Fêtes, Gambetta, Italie, Madeleine, Nation et Panthéon – s’affichait comme une sorte d’alternative (notamment économique) aux aménagements classiques et couteux dont avait bénéficié (avec un certain succès) la place de la République. Dès le début, l’objectif est clair : « donner plus de place à celles et ceux qui ont envie de vivre dans une ville plus pacifiée, avec moins de voitures et moins de stress »3. Des collectifs ont pour mission d’investir chacune des places afin de construire, avec les riverains, de « nouveaux espaces de convivialité innovants, durables et sobres ». Tout est dit : le programme politique vaut programme d’aménagement.

Les habitants participant aux ateliers de travail réclament peu ou prou les mêmes choses : des espaces arborés sans voiture, confortables et agréables. La légende des plans figurant sur le site mis en ligne par la ville de Paris (https://www.paris.fr/vosplaces) témoigne d’une grande constante dans les travaux engagés autour des différentes places : réduire des largeurs de chaussée, installer des passages piétons, développer des espaces de circulations apaisés, installer du mobilier (fixe ou mobile) recyclé ou conçu avec des matériaux de réemploi, rendre possibles des usages temporaires et enfin proposer des espaces plantés. La partie dure des aménagements semble échapper à la vague citoyenne. Les marchés d’étude sont attribués de façon classique à des bureaux d’études en parallèle. Ces derniers, pilotés par les services de la Ville, vont assurer le travail sur le pourtour de la place en répondant aux exigences techniques et de gestion.
Les collectifs quant à eux deviennent mandataires ou partenaires de phases dites de préfiguration. Les propositions à l’intérieur du périmètre évoquent de nouveaux usages, invitent à une convivialité retrouvée, imaginent des îlots verts dans la ville dense, etc. Il est question de reconquête, d’appropriation, de négociation, de patrimoine, de réemploi, d’insertion, d’égalité homme/femme. Rien à redire dans les intentions qui jouent d’un vocabulaire aussi volontariste que joyeux et au fort potentiel communiquant. Si la formule n’avait pas déjà été employée, on parlerait volontiers « d’urbanisme à visage humain »4 ! Cependant des questions demeurent sans réponses : qui fait le lien entre les intervenants ? Qui s’occupe de la circulation ou des commerces ? Qui possède la vue d’ensemble ? Qui gouverne et avec quel temps pour le faire ? Qui peut traduire ces approches soft dans le hard du projet ?

 

L’aménagement est l’affaire de tous !

Difficile de critiquer ces démarches sans passer pour désagréables, conscients des possibles contre-effets des méthodes foraines approximatives plus que nostalgiques d’aménagements dispendieux et clinquants. La question n’est pas de revenir à un supposé âge d’or, mais de s’interroger sur les signes renvoyés par ces initiatives, sans remettre en question la sincérité et l’engagement de leurs acteurs. Que va-t-il rester de ces mises en scène ? Quels enseignements en tirera-t-on ? Comment seront retenues les conclusions pour la restructuration pérenne de la place ?

La question de l’aménagement, du soin apporté aux espaces concernés, n’est finalement plus la question. Ce qui se réalise semble accessoire, secondaire, car il n’engage pas ceux qui le font (qui fait quoi d’ailleurs ?) et surtout ceux qui le commandent. Car au fond, ce qui interroge, c’est l’étonnante amnésie qui entoure ces démarches. Tout se vaut et rien n’est grave, car tout est démontable, réversible. Aménagement sans conséquence pour société du jetable ? Paris a hérité d’espaces publics issus des travaux du baron Haussmann, et plus particulièrement de son chef du service des Promenades de Paris, Adolphe Alphand. Celui-ci détermine avec ses collaborateurs, au sein d’un service administratif dédié, un nouveau paysage urbain qui se décline en parcs, boulevards et jardins5. Si nous ne sommes plus dans la tabula rasa des réorganisations radicales des années 70, et que nos interventions s’effectuent dans le « déjà-là », l’existant, il est encore temps d’utiliser de ce qui nous a précédés. Bien que le Second Empire ne soit pas un modèle de démocratie citoyenne, il est intéressant de constater que les propositions d’Alphand et de ses équipes répondent toujours à certains impératifs environnementaux des Plans climat et biodiversité de la Ville de Paris. La cohérence et la continuité des services de la Ville ont permis cela. Nous avons la conviction qu’une transformation urbaine se doit d’intégrer les attentes, mais qu’elle ne peut être la résultante de demandes souvent contradictoires.
Un projet de mise en cohérence est nécessaire. Un travail de conception et de synthèse sur le contexte spatial, social et technique permet de concilier les paradoxes des attentes de tous les acteurs et usagers.

 

Technique démocratique

La place des fêtes est la première à voir ses réaménagements engagés. Fin 2014, une votation citoyenne choisit un scénario par 1489 voix sur 2500 bulletins. Celui-ci propose six espaces (placettes, fontaine, cœur de place et terrasses) accueillant pop-up, palabres, Bermudes et lézards6 ! Comme le prédisait l’urbaniste et géographe Marcel Roncayolo « […] le discours sur la ville prend définitivement le pas sur la ville elle-même ». La Mairie annonce qu’une enveloppe globale de 30 millions d’euros est à répartir entre les sept places. Comparée aux 24 millions de l’opération de la place de la République (dont 14 affectés aux travaux et aux conséquences du phasage), l’annonce est séduisante ! Pour autant, la Ville ne précise pas quelle répartition est envisagée entre les places et si l’ensemble des interventions, y compris celles liées à la communication qui accompagne le programme réinventons nos places, en font partie. En changeant de registre, en basculant du côté de l’événementiel, les questions budgétaires et techniques disparaissent, comme si tout cela n’était que détails et contraintes dont la co-élaboration n’a que faire. À la lecture des documents mis en ligne, le propos se recentre sur la place et ses aménagements en n’associant pas les bâtiments qui la bordent et son environnement plus large. Les promesses d’une nouvelle « locomotive commerciale », de terrasses de café et de kiosques ne figurent plus sur les plans. Sans doute ces sujets font-ils l’objet d’autres études, d’autres budgets, d’autres calendriers ?

Et c’est bien là que réside notre interrogation sur la démarche et la méthode adoptée. La prolifération de ces initiatives a conduit à « industrialiser » le processus d’élaboration et remplacer un urbanisme spontané par des interventions labellisées. Sous le terme « projet », la collectivité met plutôt en avant un « produit ». Sans compter qu’une partie de la collectivité, en particulier certains services techniques, se retrouve en porte-à-faux entre nouvelles pratiques et gestion quotidienne.

« Ce qui est inhabituel, c’est que le projet a été conçu à partir des attentes des gens. On n’est pas parti d’une vision de technicien » se félicite le maire (PS) du XIXe arrondissement, François Dagnaud7. On comprend ici que ce sont les usages et les demandes des habitants qui ont constitué la base des réflexions et de l’élaboration du programme. Pour autant, on ne peut éluder les aspects techniques et abstraire ces questions du débat démocratique en les laissant aux mains des techniciens et des hommes de l’art. Les questions techniques ne peuvent échapper au débat, car ce serait faire croire que l’urbanisme se limite à des aménagements ludiques, faciles à réaliser. Qu’en est-il de la liaison avec le centre d’animation tout proche ou le lien avec l’activité commerciale de la rue de Belleville ? Quels liens existe-t-il avec la requalification du groupe immobilier Compans/Crimée/Rozier menée par Paris-Habitat ?
Nous considérons que l’urbanisme reste l’art d’assembler, et d’opérer la synthèse entre des enjeux et des intérêts souvent contradictoires et qu’il ne faut pas renoncer à se confronter à la complexité urbaine. Tout comme les attentes des habitants, elle peut nourrir la richesse et la beauté d’un projet.

 

Un urbanisme inclusif

Pour cet assemblage attentif et sensible portant le souci du résultat d’ensemble, les pratiques artistiques sont non seulement des interventions à développer dans la ville, mais aussi des approches qui nous inspirent. Les actions qui en résultent parviennent à résonner avec les contextes dans lesquels elles s’inscrivent, à en dériver autant qu’à les enrichir. Que ce soit des projets d’éclairages connectés à l’activité d’une maternité (Alberto Garutti, Ai Nati Oggi) ou des installations « éditorialisantes », ces interventions à dimension artistique permettent souvent d’articuler des positions contradictoires, d’intégrer l’imprévu, de fédérer les envies et de s’inscrire durablement dans l’imaginaire de la ville.

Il est nécessaire d’adapter les modes de transformation de la ville aux attentes et aux contraintes de notre époque ; la conception des espaces urbains, dans ses formes et dans ses usages, doit évoluer en intégrant plus fortement la culture et les pratiques. Mais il ne faut pas oublier que la ville est un assemblage de processus et de formes. La fabrication de l’espace public, dans sa dimension démocratique, ne mériterait-elle pas mieux que des démarches qui restent très circonscrites à quelques espaces qui sont considérés comme des isola ? Comment peut-on se contenter d’un côté d’aménagements sobres et inventifs, mais limités à des espaces restreints et de l’autre continuer à faire comme avant, en dépensant des sommes importantes ?

On connaît la propension des maîtrises d’ouvrages à séparer et cloisonner les domaines d’intervention, mais il nous semble que ces initiatives citoyennes sont des invitations à poser les bases d’un urbanisme plus ouvert, qui travaille tout autant avec les contraintes techniques et subjectives.

Le moment ne serait-il pas venu de changer de focale et de considérer le travail entrepris comme une base pour un laboratoire de l’urbanisme parisien afin de sortir des effets d’annonce ? Quels croisements pourraient exister entre les différentes expériences ? Car c’est bien là l’enjeu de ces expérimentations : en quoi éclairent-elles une réflexion urbaine plus large qui ne se limiterait pas à certains lieux du Paris intra-muros ? Comment pourrait-on articuler ces exercices pratiques avec les réflexions sur les places du Grand Paris, et plus largement sur d’autres types d’aménagement, voire de constructions8 ? Pour cela, il faut considérer les initiatives, telles que Réinventons nos places, comme une suite d’expériences qu’il faut corréler afin de constituer un socle référentiel solide. Cette base permettra d’engager de nouvelles expériences, adaptées aux situations, aux budgets et aux contextes, et de bien marquer les articulations entre les phases de programmation, de conception, de réalisation et de gestion de la ville.

Ne nous y trompons pas, il n’y a pas de solutions mais des attentions à chaque contexte. Il n’y a pas de formules mais des méthodes de conception, d’échanges et de suivi, spécifiques à chaque situation. C’est bien là l’essence du projet.

En partisans des villes, nous invitons les collectivités publiques à conserver l’initiative et la maîtrise de la transformation de nos territoires en engageant des politiques urbaines qu’elles inventent et qu’elles accompagnent dans la durée. À la manière de curators urbains (du latin curator, celui qui prend soin), il s’agit autant d’écouter que de choisir, d’accompagner que de définir, afin de faire émerger et faciliter les initiatives et les propositions en les articulant dans le temps et dans l’espace. Les nouvelles échelles de gouvernance constituent de formidables occasions d’articuler, avec cohérence et équité, les démarches culturelles et participatives avec les équipements et les infrastructures afin de construire durablement les paysages de nos quotidiens.

 

Paris, janvier 2019
Patrick Henry, Maud Le Floc’h et Stéphane Lemoine

1. Anne Durand, Mutabilité urbaine, la nouvelle fabrique des villes, infolio, 2017.
2. Caroline Maniaque, Go west des architectes au pays de la contre-culture, Parenthèses, 2014
3. https://www.paris.fr/services-et-infos-pratiques/urbanisme-et-architecture/projets-urbains-et-architecturaux/reinventons-nos-places-2540
4. Formule employée par Jean Tibéri (1935-), maire de 1995 à 2001, pour qualifier l’urbanisme qu’il souhaitait pour Paris.
5. Le Grand Pari(s) d'Alphand. Création et transmission d'un paysage urbain, collectif, éditions de la Villette, 2018.
6. https://api-site-cdn.paris.fr/images/102748
7. Paris : premières esquisses pour la future place des Fêtes, Le Parisien, 27 novembre 2017, http://www.leparisien.fr/paris-75019/paris-premieres-esquisses-pour-la-future-place-des-fetes-15-11-2017-7394568.php
8. https://www.societedugrandparis.fr/gpe/actualite/les-places-du-grand-paris-batir-lintermodalite-du-xxie-siecle-aux-abords-des-gares-816

 

Les auteur·e·s

Patrick Henry est architecte et urbaniste. Il entre en 1993 au bureau des paysages d'Alexandre Chemetoff dont il devient l'associé en 2008. À partir de 2012, il dirige l'activité urbanisme et paysage de SCE puis fonde, en 2016, pratiques urbaines. Patrick Henry élabore des stratégies et des montages opérationnels de l'échelle du territoire à celle de la parcelle, en engageant des processus déclencheurs de scénarios de transformation. Parallèlement à sa pratique, il enseigne dans les écoles d'architecture et intègre l'ENSA Paris-Malaquais comme maître de conférences en 2015.

Diplômée en aménagement du territoire (CESA Polytech’ Tours) et en Sciences de l’information (CELSA - Paris Sorbonne), Maud Le Floc’h œuvre à l’enrichissement de projets urbains par l’incorporation de dynamiques artistiques et culturelles. Sa pratique d’urbaniste et son expérience de création en espace public l’amène à fonder en 2007 le POLAU-pôle arts & urbanisme, avec le soutien du ministère de la Culture. Ce pôle « arts, villes et territoires » soutient la création urbaine et développe le métier d’urbanisme culturel en France et à l’international.

Stéphane Lemoine a une formation hybride sur l’architecture, le paysage, le droit de l’urbanisme et l’histoire de la ville américaine. Il anime des collaborations transversales (artistes, ingénieurs, experts, concepteurs) sur l’urbain depuis 1995 avec AU33, puis développe des projets de territoire et de maîtrise d’œuvre dans l’agence AP5 qu’il dirige depuis 2005. Il travaille sur les représentations, les mécanismes, les mouvements et les croisements urbains dans les métropoles françaises (Nantes, Toulouse, Grand Paris) et les agglomérations à taille humaine (Lisieux, Raon-l’Étape, Chalons, Dreux). Enfin, il a une activité de conseil de l’État et enseigne en école d’architecture.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.