La place de la femme et des minorités de genre en milieu anti-autoritaire - Partie 2

La première partie de ce témoignage me permet de m’occuper de mon soin à moi-même, de regarder la douleur en face, pour m’avancer vers mon sourire grand format. Sa seconde partie, aborde encore davantage des pistes de réflexions sur la place de la femme et des minorités de genre en milieu anti-autoritaire.

https://blogs.mediapart.fr/pomme-puis-alma-je-suis-lola/blog/290121/la-place-de-la-femme-et-des-minorites-de-genre-en-milieu-anti-autoritaire-partie-1

  • Maintenant, mon intention là tout de suite et depuis le début, était et est de visibiliser qu’en ZAD, nous arrivons tous avec nos conditionnements extérieurs et faisons donc des erreurs.

Néanmoins, ne pas prendre en considération collectivement les plus petits outrepassements de limites jusqu’aux agressions sexuelles à court, moyen et long terme, c’est être OK avec.

Ne pas prendre position, c’est se rendre complice des comportements d’agresseurs.euses que le système capitalo-patriarcal nous a apportés.

C’est encourager le système capitalo-patriarcal, que pourtant je ressens que nous combattons tous avec passion au Carnet, que de prioriser “l’image de la ZAD” aux soins aux victimes.

Une ZAD ne peut être que Féministe.

En tant que Femme dans un état de victime en recherche de réparation là bas, je ne trouvais plus ma place. Je me suis auto-exclue pour me protéger, et avec l’envie que cette histoire serve.

« S’il y a viol à la ZAD du Carnet aujourd’hui, 

qui se sentirait légitime de parler après cela ?

Et les auto exclusions, combien de temps vont-elles continuer ? » - L

Le débat sur la gestion des agressions sexuelles à l’intérieur des communautés anti-autoritaires évolue constamment, il commence enfin à être porté au grand jour. 

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. 

On ne peut pas traiter les agressions par ordre d’affinité ou d’opinion. C’est pourtant cette logique que j’ai ressenti que la ZAD du Carnet m’apportait.

Je ne cauchemardais plus d’expulsion,  je cauchemardais qu’on me huait parce que je parlais ‘trop fort’ de Féminisme.

Oui et encore oui, mon message a fini par être mêlé à de la colère car oui je l’avoue en toute vulnérabilité, la douleur était forte de voir que moi-même je finissais par douter de ce que j’avais vécu

La mise sous silence peut être puissante, mais pas au point que je me perde moi-même. Heureusement que je suis la personne qui m’accompagne tous les jours.

Aujourd’hui, cela fait deux mois que je suis partie de la ZAD du Carnet et un mois que j’ai commencé à rédiger cet écrit.

C’est avec les connaissances que j’ai accumulées sur le sujet des agressions sexuelles depuis neuf ans que je sais ce que j’ai vécu, aujourd’hui.

Dans nos relations humaines, nous mettons souvent en place des limites qui, la plupart du temps, ne sont pas verbalisées mais supposées, implicites. 

Avoir réussi à nommer et assimiler que l’expérience que j’avais vécu était une agression sexuelle m’a permis de briser le silence. Généralement, lorsqu’on nomme soit-même ce type d’acte, on espère que la chose va être prise au sérieux et prise en charge par tou.te.s c.elle.eux qui en entendent parler.

Maintenant c’est dur, c’est dur d’avoir la sensation que les gen.te. s préfèrent mettre une agression sous le tapis par peur de voir leur perception des comportements d’une personne changer, à la ZAD du Carnet.

Selon moi, la personne qui a eu le comportement d’agresseur et moi-même en l’état de victime, avons, chacun de notre côté, lutté pour prouver que notre interprétation de la réalité est la “vraie”.

Le sujet de mon agression sexuelle a été transformé en concours de popularité

Je sais que cela n’a et ne sera pas un cas isolé ni un à étouffer.

Le Patriarcat préexiste au Capitalisme et le Capitalisme le renforce. Le Féminisme Marxiste postule à ce sujet que le capitalisme est intrinsèquement lié à la division sexuelle du travail et permet actuellement l’exploitation du travail non salariés/ non rémunéré des femmes et personnes en minorité de genre, ce qui crée notamment une dépendance économique aux hommes - et de cette dépendance économique par exemple, naît la vulnérabilité (toujours dans le sens de dépendance).

Le Capitalisme Patriarcale est un ouvrage de Sylvia Federici que l’on m’a recommandé lorsque que j’ai parlé de mon expérience avec des médias éco féministes. Ce ne seront pas les seuls médias avec lesquels je débattrai haut et fort de la place de la Femme et des Minorités de Genre en milieu militant.

Je tiens à préciser d’un point de vue personnel :

J’estime que la lutte anti capitaliste ne peut être dissociée de la lutte anti patriarcale.

A la ZAD du Carnet, on m’a dit :

“Reconcentre-toi sur la lutte”

Mais comment, quand c’est ce système économico-capitaliste que la ZAD du Carnet valide à mon sens puisque des victimes d’agressions verbales, physiques et sexuelles en viennent à s’auto-exclure ?

 Ma parole mérite d’être entendue.

Je le sais et je soutiens que, pour détruire le régime de la persistance du renforcement de la domination sous toutes ses formes, il faudrait, à mon sens, que l’on puisse en milieu militant, se mettre face à sa propre souffrance pour aller dans la direction de la soulager, pour s’entendre et se parler librement, reconnaître nos comportements agresseus.euses, ensemble.

Nous avons tou.te.s en nous des comportements d’agresseurs.euses dûs aux conditionnements extérieurs. De plus, la prédation est en nous.

Cela fait partie de nous mais cela ne nous définit pas en tant que personnes, en tant qu’êtres humains. 

Nous méritons tou.te.s de nous autoriser à pointer les comportements sexistes, machistes, transphobes, classistes, etc, ensemble, et de faire de la désobéissance civile créatrice plutôt que destructrice :

Quand une personne sent que ses désirs n’ont pas été respectés, indépendamment de si un tribunal de justice trouverait qu’il y a assez d’éléments pour justifier des accusations d’agression sexuelle ou pas, il est nécessaire que toute personne impliquée dans la situation soit responsable pour elle-même des manières dont iels n’ont pas communiqué avec ou respecté l’autre. 

C’est ce que je fais en écrivant mon témoignage, je prends ma responsabilité

 Moi-même je peux avoir des comportements d’agresseur.euse du fait d’exprimer ma colère auprès d’autres personnes qui ne sont pas prêtes à la recevoir. 

En tout cas, je croirai chaque personne qui me dira qu’elle a été verbalement agressé par moi à la ZAD du Carnet, car c’est le ressenti des personnes victimes qui compte en priorité, selon moi. 

 Aborder cette question de ma colère, ce n’est pas nier mon agression sexuelle, ni défendre que l’homme cisgenre qui m’a touché dans mon intimité dans mon sommeil a eu un comportement acceptable. 

Au contraire, c’est exiger de reconnaître que nous vivons dans une société où l’agression est omniprésente, comme toutes les formes et les dynamiques qui la favorisent. Nous ne pouvons pas l’ignorer, ou prétendre que nous ne sommes pas capables d’en commettre une parce que nous avons nous-même été agressé.e.s, ou parce que nous travaillons à l’Anarchie dans tous les aspects de nos vies.

Le moyen de débarrasser nos vies des agressions, c’est selon moi de creuser ces questions et d’apprendre à nous connaître. Bien souvent, les auteurs ont été des personnes victimes eux-mêmes. Cela veut dire qu’il faut qu’on rende le fait de se dire publiquement agresseur.euse suffisamment facile pour que chacun.e d’entre nous soit capable de se confronter ouvertement, honnêtement, et avec une peur amoindrie, à tous ses actes depuis le plus petit manque de considération jusqu’aux outrepassements de limites les plus sérieux. 

 Et s’il faut que je passe de l’état de victimes à celui d’agresseuse dans un même écrit pour pour faire bouger les choses, qu’il en soit ainsi. C’est un fait. 

Le ressenti des victimes est la priorité, selon moi. 

J’ai été agressée à la ZAD du Carnet le 10 Novembre 2020, sexuellement, et c’est un fait. 

En réaction, j’ai agressé verbalement des zadistes à la ZAD du Carnet

 Pratiquer le consentement et respecter les limites des autres est important à la fois dans les interactions sexuelles comme dans tous les autres aspects de notre vie : s’organiser ensemble, vivre en collectif, planifier des actions directes en confiance. Les relations non-hiérarchiques et consenties sont l’essence de l’Anarchie. 

Peut-être devrions-nous mettre la priorité sur la recherche et la promotion du consentement dans toutes nos interactions ?

Même si j’ai toujours peur du regard que l’on peut porter sur ma démarche d’écrire mon témoignage et mes pistes de réflexions, je continuerai à participer à montrer la réalité de la place de l’Humain.e en milieu militant.

S’il y a bien quelque chose que le système juridique m’a appris mais que je ne pensais pas devoir me rappeler à la ZAD du Carnet c’est : plus on se rapproche de la réalité, plus on a du mal à être cru.e.

Si la majorité des personnes de la ZAD du Carnet ne sont pas prêt.e.s à évoluer et à grandir avec moi sur ce sujet qu’est le Féminisme, c’est qu’on ne se correspond pas à l’heure où je vous parle.

Maintenant, mon rôle dans ce monde n’est et ne sera jamais de rester assise et de laisser la Lutte pour la Préservation de la Nature être moins que la meilleure version d’elle-même, déconnectée d’elle-même, de sa beauté, et de l’Etre-humain.e. J’insiste sur l’Etre de l’humain.e.

Qu’est ce que je retiens de m’être ‘auto-exclue‘ ? Pleins de leçons comme vous pouvez le voir. Je me suis auto-soignée par cette action.

 Je pensais avoir fui, mais en réalité je me suis protégée après avoir vécu un outrepassement de limites délibéré, que je préfère au terme d’agression sexuelle après moultes réflexions.

 Nous pouvons faire beaucoup pour briser le stigmate et la honte autour du sujet des agressions sexuelles en ouvrant le dialogue sur toute forme d’interaction non-consentie.

En développant nos capacités à communiquer sur nos histoires d’abus (subis et commis),

nos histoires sexuelles et nos désirs,

nous pouvons créer les espaces pour commencer à parler des zones de flou

autour des questions de consentement.
 

Nous avons tou.te.s besoin de nous débarrasser des effets nocifs qu’il y a à vivre dans une société hiérarchique, et capitaliste.

Pour cela, nous avons besoin de travailler ensemble.

Maintenant, si on croit en nous quand personne ne le fait, on a déjà gagné.e.

La sécurité on peut la trouver en nous, on a ce pouvoir.

Mais bien sûr, l’environnement dans lequel nous vivons est important pour notre équilibre d’Etre humain.e.

Nous faisons partie d’un plus grand Tout

et ce plus grand Tout fait partie de nous,

nous détenons tous les possibles de la Nature, en chacun de nous. 

 Si on vous a dit, comme à moi, que vous étiez trop sensible, c’est faux. On ne sera jamais trop humains.

Soyons humains. On en a besoin.



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