Quel sort attend les Rohingyas de Birmanie?

Les élections birmanes viennent de voir la très nette victoire de la LND, le parti de Aung San Suu Kyi. Depuis quelques années, ce pays -qui compte un grand nombre de bouddhistes- est en proie à un très violent rejet de sa communauté musulmane, les Rohingyas.

Les tensions religieuses, attisées par un moine bouddhiste particulièrement haineux nommé Wirathu,   discréditent le bouddhisme lui-même et sa longue tradition de pacifisme. Peut-on éviter de penser, alors que le gouvernement sortant se garde bien de condamner ce moine Wirathu, qu'il entendait amener la division dans les rangs des très nombreux bouddhistes qui sont l'électorat habituel de Aung San Suu Kyi?

Fille du "libérateur du pays"après l'occupation britannique*, la Dame de Rangoon" est restée très populaire parmi les habitants de Birmanie.  Ecartée autrefois du pouvoir par la junte militaire, de nombreux Birmans souhaitaient toujours lui voir prendre la direction du pays.  Le gouvernement précédent ne l'ignore pas et avait pris soin de faire adopter dans la constitution birmane une clause rendant impossible son éventuelle accession à la présidence, du fait de la nationalité de ses enfants (britanniques, comme l'était leur père Michael Aris, décédé).

Des observateurs étrangers ont vivement critiqué "la Dame" pour avoir refusé de condamner les très violentes attaques dont fait toujours l'objet la communauté musulmane du pays (les Rohigyas).  Il est exact qu'elle a toujours évité de prononcer la condamnation attendue, décevant les uns, en persuadant d'autres qu'elle avait abandonné toutes convictions en s'approchant des instances dirigeantes.  

En même temps, bien qu'étant présente au sein des institutions depuis "l'ouverture" (toute relative) du pays, elle n'avait en fait aucun pouvoir réel.

Même après la victoire de son parti aux récentes élections, dans le meilleur des cas, il lui faudra encore compter avec le pouvoir d'un large groupe de militaires, à qui les sièges ont été préalablement attribués, avant d'avoir une influence décisive.

Je fais personnellement le pari (c'est un avis personnel que le futur validera ou pas?) qu'elle attendra d'avoir  les mains suffisamment libres pour prendre des mesures vraiment décisives en faveur de toutes les minorités discriminées dans le pays (les Rohingyas ne sont pas les seuls, s'ils sont particulièrement persécutés).    Des déclarations prises dans la précipitation pourraient la renvoyer plusieurs années en arrière dans son cheminement.   L'idée d'un danger lié à la présence musulmane s'est répandue dans le pays, comme il gagne nos propres contrées;  ce danger me semble être très nettement d'origine politico-économique, bien plus que religieuse, mais la peur est bien là, capable de paralyser la réflexion.   

Je souhaite, bien entendu qu'Aung San Suu Kyi soit restée fidèle aux attentes de ses électeurs épris de paix.    Cela serait conforme à ce qu'avait été son parcours jusqu'à cette série d'embûches qui lui ont été imposées.  Ce serait aussi une raison d'espérer que la violence ne gagne pas toujours.

 

 

-On trouve de nombreuses informations complémentaires dans INFO BIRMANIE,  et pour la question du sort des Rohingyas, dans "les focus du mois" :

http://www.info-birmanie.org/wp-content/uploads/NDB-dec-2015.pdf

 

 

-*Ici, des éléments de biographie du père d'Aung San Suu Kyi, le général Aung San :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Aung_San

 

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