Après les affronts minables et répétés faits à notre Garde des Sceaux, Madame Christiane Taubira, il y a trois semaines environ, nous nous mobilisions pour faire échec aux vieilles idées racistes, toujours prêtes à ressurgir chez nous (comme chez plusieurs voisins européens). A l'appel de Baki Youssoufou, nous avions signé la pétition "France, ressaisis-toi".
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Les nouveaux outils du web pour combattre les vieux démons du racisme
Publié le novembre 27, 2013par Baki Youssoufou
Vieux démons, nouveaux outils
Ce 26 octobre 2013, nous avons été des millions à apprendre avec stupéfaction les attaques racistes subies par Mme Christiane Taubira, ministre française de la Justice
Après quelques jours de tergiversations et de "dénonciations" par l’extrême droite et la droite extrême qui soupçonnaient alors une énième manipulation du gouvernement ; après de longues heures d’hésitations de nos concitoyens déjà préparés par l’émission de France 2 où l’on pouvait voir notre ministre de la Justice associée à un primate ; La solution finit par arriver car les preuves tant réclamées par l’extrême droite tombent. Et oui, Internet a changé les règles du jeu. Dès lors, nos yeux se sont tournés vers les dirigeants des partis républicains. Les uns ont condamné la mauvaise gestion du gouvernement, les autres ont condamné les méfaits du capitalisme et enfin, le PS au pouvoir a timidement et laconiquement condamné la libération de la parole raciste qui serait de la faute de Nicolas Sarkozy. En bref, personne ne parle du sujet de la banalisation du propos raciste et de sa transformation en argument politique.
Sept jours de deuil ou de naissance?
Nous avons attendu pendant une semaine une réaction globale et d’envergure de la classe politique toute entière mais aussi de la société civile.
Oui, une semaine "de joie" pour les réseaux racistes d’extrême droite et de la droite extrême, c’était le temps nécessaire pour présenter leur nouveau-né, "le BUZZ par le racisme", à leur communauté.
Une semaine de solitude pour nous autres, orphelins d’un pays, d’un modèle et d’un rêve de tolérance; comme si c’était le temps nécessaire pour accepter enfin la mort d’un parent très cher : « le vivre ensemble ». Face au silence assourdissant de la classe politique, des personnalités plutôt éclectiques ont publié des tribunes dans Libération. Contacté par Steevy Gustave (adjoint au maire de BRÉTIGNY-SUR-ORGE) et des amis, anciens d’organisations anti racistes, c’est le Dimanche 1er Novembre que nous avons lancé via We Sign It, une plateforme française de pétitions, de campagnes et de mobilisations citoyennes, la pétition "France, ressaisis-toi". Cette pétition ne demandait ni loi ni règlement sur la situation, elle demandait juste à chaque citoyen qui se sent encore concerné par la lutte contre le racisme de le crier haut et fort. Nous avions besoin de nous compter, de nous rassurer, comme pour nous prouver que nous étions nombreux à être encore choqués par de tels propos
100 000 histoires de vie
En deux semaines 100 000 personnes ont signé la pétition pour crier cette phrase : « France, ressaisis-toi ! ». Au-delà des 100 000 signataires, c’est 80 000 personnes qui ont laissé un commentaire d’amour, de soutien, d’indignation de fraternité… Rien de ce que nous avons entendu auprès de l’élite politique de ce pays. Pendant ces 20 jours de campagne, nous avons senti le fossé énorme entre le discours de nos dirigeants politiques et celui des citoyens. C’est encore 40 000 personnes qui ont partagé cette pétition via Facebook et 4000 via Twitter.
Il suffit d’un rapide coup d’œil aux commentaires laissés par les signataires de la pétition pour distinguer deux types de messages.
1) Les signataires expriment leur solidarité avec Christiane Taubira même si, pour beaucoup, ils n’étaient pas forcément d’accord avec la femme politique. Les citoyens se sont projetés et se disaient que si un jour cela leur arrivait à eux ou à l’un de leurs proches, ils aimeraient juste que leurs concitoyens soient solidaires. Croyez moi, cela est rassurant pour un certain nombre d’entre nous qui avons déjà subi des injures sur notre couleur de la peau, nos croyances ou non croyances, notre origine sociale, nos orientations sexuelles ou encore notre aspect physique.
2) Les citoyens interpellent le gouvernement et donc son ministre de la Justice pour que désormais de tels propos soient sanctionnés.
Les nouveaux outils du web pour combattre les vieux démons du racisme
En tant qu’antiraciste, je suis très heureux que la plateforme We Sign It que j’ai fondée permette aux citoyens de prouver que les racistes ne sont pas majoritaires en France. Cette mobilisation montre qu’Internet peut être un outil démultiplicateur des mobilisations citoyennes. Nous croyons à ces dynamiques combinées pour fournir aux citoyens et aux structures des outils qui leur permettent d’être plus efficaces dans leurs actions. Nous soutenons également les démarches citoyennes comme le rassemblement du 30 Novembre ou encore les groupes Facebook comme qui permettent de combiner sans se renier une action citoyenne et des exigences militantes et professionnelles.
Comment le cyber militantisme a changé les règles du jeu en politique
http://www.fondapol.org/fondapol-tv/le-progres-cest-nous-baki-youssoufou-si-tes-citoyen-tes-cite/
L’élite politique se fait des films sur le citoyen numérique, qui serait virtuel et donc facilement manipulable. C’est une erreur car nous vivons un « printemps numérique », les politiques devront s’y plier qu’ils le veuillent ou non.
Ce 16 novembre 2013, suis le premier intervenant du colloque « Le progrès, c’est nous ! », un événement organisé par la Fondapol (Fondation pour l’innovation politique) dirigée par le politologue Dominique Reynié. Vingt-quatre heures non-stop au cours desquelles 170 intervenants vont se succéder sur la scène de la Maison de la Mutualité, à Paris, pour évoquer leur vision du progrès et de l’innovation.
Fondateur de la plateforme de pétitions, de campagne et de mobilisation citoyenne en ligne We Sign It, j’ai parlé dans cette vidéo du « printemps numérique » ou comment l’activisme sur Internet bouscule les manières traditionnelles de faire de la politique.
Comme je l’ai expliqué dans le blog Trop Libre, une révolution citoyenne, qui selon moi, prend de court les élites politique, syndicale, économique et intellectuelle dont les organisations sont verrouillées, alors même qu’Internet permet aux citoyens de se passer des structures classiques.