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Billet de blog 7 avril 2009

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mixed fight

Comment parler de cette "chose"?
On connaissait le porno, sexe mécanique servant à exciter l'humain par un dispositif minimale et inquisiteur de mise en images des parties génitales en action. Au plus près, et sans esthétique particulière autre que celle qui la caractérise. Rien de nouveau sous le soleil de la vidéo.
Internet a naturellement exploité ce réseau et ses productions classées X, les mettant à la disposition du plus grand nombre (voir le lien plus bas à ce sujet).
J'apprends récemment l'existence d'un nouveau genre, apparenté, quoique prenant ses spectateurs dans des sphères apparemment assez éloignées les unes des autres : à la fois le monde du sport de combat et celui du sexe : le mixed fight. Une confusion entretenue savamment.
Le mixed fight dont je parle semble devenir un marché assez intéressant pour que des structures de
production se créent.
Certes confidentielles, mais enfin...
Qu'est-ce que ce mixed fight?
C'est la mise en scène d'un combat entre un homme et une femme. Sur le mode sportif, deux protagonistes assez dénudés (surtout la femme en général), et dans un décor d'une pauvreté désolante (un appartement dégagé de ses meubles, un tapis de lutte) s'attrapent et se collent rapidement au tapis par des prises qui les immobilisent dans des positions étranges, alternativement l'homme ou la femme maîtrisant l'autre.
Bien sûr on peut y voir d'annodines parodies de combat, ou la version d'un érotisme ménager, de la vie de couple à l'âge des cavernes : ennemis intimes sans les subtilités du langage.
C'est peut-être ce fantasme qui est là mis en scène. La femme, dans les conflits a souvent les clés et les mots, alors que l'homme, amené dans ses retranchements préfèrerait y aller franco à coup de baffes. Ce qui d'après les chiffres de la violence conjugale arrive encore trop souvent.
Certains hommes auraient-ils besoin d'un adversaire taillé à leur mesure afin de passer outre le supplice chinois de la réthorique?
Certaines femmes auraient-elles besoin d'illustrer l'égalité de droit par une égalité physique totalement illusoire afin de combler une frustration, de pouvoir exercer elles aussi la violence?
Quoiqu'il en soit, ces vidéos sont déposées chez les hébergeurs vidéo du net et ont un public. Pas de publicité particulière, la chose reste assez confidentielle car dissimulée derrière des pratiques sportives. Ce qui ne manque pas d'émouvoir d'ailleurs certains amateurs qui s'interrogent sur la pertinence de ces hybridations de genres. Voire s'en affolent un peu. Qu'ils ne s'inquiètent pas trop quand même, ce n'est pas du sport.

Du point de vue des chartes des hébergeurs, ces vidéos passent la censure sans problème. Les protagonistes restent vêtus juste ce qu'il faut, pas d'acte sexuel.
Par contre, outre le ridicule de la situation, il faut accorder à ces vidéo une dimension suggestive : les positions déclinent quelques kamasutras sans fioritures ni tendresse, le son aboie des cris et des
onomatopées qui pourraient servir de doublage à d'autres productions. Tout y est sauf...ce qui est interdit.
Le contenu est en sous-texte, comme enrobé d'un filtre qui permet néanmoins d'y lire ce qui est en réalité l'objet réel.
Le sexe n'y est pas assumé, et ces productions sont d'une rare obsénité car finalement lissées de leur contenu visuel pornographique et leur seule raison d'être.
C'est un sexe (une sexualité?) immature : qui ne se souvient de ses premiers contacts avec l'autre, encore enfant ou adolescent, sous forme d'un chahut exprimant d'autres sentiments que l'on voudrait voir "dégénérer" en d'autres joutes plus tendres?
Le rapport restera ici au stade le plus primaire, organisé comme tel cherchant simplement la domination, la défaite, l'humiliation de l'autre comme chaîne du plaisir et de la jouissance : d'où finalement son accointance directe avec le pornographique dont les ressorts sont identiques.

Du grain à moudre :

La sexualité est une préoccupation importante de notre société, médiatiquement surtout lorsque l'été arrive...
Une grande enquête sur la sexualité des français :
Par là
Tout n'y est pas rose dans cette enquête, malgré quelques côtés positifs et tentatives d'émancipations. La sexualité se cherche entre les extrêmes du romantisme fleur-bleue et les sex-toys doudous, finalement reste assez immature et souvent déconnectée du principe même d'une expérience humaine partagée, existentialiste et fondatrice autant de l'esprit que du corps.

Une interview de Jan Fabre par Sylvain Bourmeau pour Médiapart sur son prochain spectacle à Avignon "Orgie de tolérance": inspiré de son zapping télé. Vers 11H du soir les annonces et publicités invitent en coeur les téléspectateurs à consommer du sexe industriel et monayé. Un immense orgasme collectif commandé...

Et puis une lecture, "Le souci des plaisirs", un essai de Michel Onfray. Tentative intéressante, bien qu'à mon sens pas encore aboutie et encore trop axée c'est le cas de le dire sur le culte du phallus, de pratiquer une sexualité dégagée des valeurs de souffrances et mortifères prônées par la culture judéo-chrétienne.

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