en ce moment à La Panacée jusqu’au 15 novembre 2008 (de 13 à 18H) inclus à Montpellier.
3Destruct est une installation “immersive” dans laquelle les visiteurs font une traversée étrange : perte des repères spaciaux, infusions sonores de fréquences dérangeantes mais néanmoins subtiles et narratives.
A l’origine, ce travail avait été conçu pour un parking souterrain, lieu urbain par excellence. Et une personne au sortir de son exploration de l’œuvre fit cette réflexion : -”J’ai pensé à ces scènes récurrentes des films américains, où le suspens, l’attente, le danger sont concentrés dans un parking en sous-sol.”
L’ambiance y est sans aucune ambiguïté celle-là : teintée de la violence suggestive des environnements à l’abandon des constructions humaines, des murs qui souffrent de multiples blessures, des sonorités guerrières des jeux vidéos assimilés à un quotidien familier, voire inscrits dans l’histoire du 20e siècle (raids aériens, grondement sourd d’univers sous-marin, vibration basse du bruit des bottes ou d’engins lourds de menace).
S’il n’y a pas à chercher de récit formel ou narratif, dixit les créateurs, vous serez indubitablement au centre d’un processus qui vous mettra, vous, à l’œuvre : le dernier maillon qui fait sens, au degré le plus intime et physique qui soit. En effet : point d’interactivité en temps réel, d’action qui réagit à vos gestes ou déplacements. Simplement vous êtes celui qui en dernier ressort va terminer, compulser, concaténer les chaînes d’émotions purement physiques que vous recevrez dans le dispositif. Si malaise vous ressentez, il ne sera pas psychologique, il sera physiologique : problème d’oreille interne et trouble de l’équilibre, sensation de malaise et nausée sans origine claire et consciente… Vos yeux seront soumis à des stimulations du genre qui font mal à la rétine, l’irritent, l’agacent, l’hypnotisent jusqu’à l’épuisement. L’un des aspects qui peut interroger le visiteur est son impuissance, le fait qu’il ne peut avoir de défense face à ce genre de sollicitation. Pas d’esquive, de fuite parce que pas de discours appréhendable par la conscience ou le langage.
Dans cette œuvre-monde, les émotions sont brutes, faussement et de très loin subtilement travaillées par les dispositifs technologiques. Les artistes, dont aucun n’a passé le cap de la trentaine, nous livrent comme ils la reçoivent la violence de leur environnement culturel. Sans question, sans analyse apparente, sans transformation ou affect. Quand on les interroge sur leur conscience, leur intention de ce qu’ils font “subir” à leur public, les 3 artistes se défendent de les maltraiter physiquement, même s’ils assument très clairement l’empreinte de la violence mise en scène, mais pas une agression physique.
Et d’ailleurs, certaines personnes sortent ravies du dispositif : comme après un tour de grand 8 ! Tout au plaisir d’avoir reçu une espèce de décharge, un choc émotionnel qui s’est apparenté à une jouissance purement ludique. Et l’installation est cela aussi.
M’est revenu un souvenir lointain, du temps où fortuitement j’avais pris du “jus” avec une prise électrique. J’ai cherché à l’époque à reproduire cette sensation, à remettre les doigts dans la prise… Bien sûr avec un peu d’angoisse, une forme de prudence, une tentative de maîtriser la charge que je prendrais. Curiosité toute enfantine? Expérimentation de fixer là où on a mal, de tendre un fil, une frontière entre la douleur et le plaisir, entre danger et jouissance de ce danger? Définir quelque chose dont on sait intuitivement qu’il est potentiellement nocif : physiquement, mais aussi symboliquement, métaphoriquement, là où on pressent que jouissance, plaisir et douleur peuvent être mêlés, confus, non désirés mais irrésistibles.
A ne pas rater, donc!