pourunepolitiquedepaix
« Pour une politique de la paix dans un monde incertain »
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 mars 2022

Pour une politique de la paix dans un monde incertain

Après une première semaine d'invasion qui recompose d'ores et déjà notre espace-monde, cette intervention collaborative a pour visée la construction d'une politique de la paix qui ne fasse pas l'impasse sur les plis pluriels qui animent les pensées et agissements autour de cette séquence d'ores et déjà historique.

pourunepolitiquedepaix
« Pour une politique de la paix dans un monde incertain »
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour une politique de la paix dans un monde incertain

Problèmes cardinaux pour la construction d’un non-alignement conséquent 

Nous sommes désormais dans un monde où la menace d’une guerre nucléaire en Europe est une réalité. Personne n’est plus nulle part à l’abri, si tant est que nous ne l’ayons jamais été. Dans les plis du Covid et des catastrophes climatiques en cours (le dernier rapport du Giec rappelle aux Européens qu’ils sont plus vulnérables que jamais), c’est notre immunité post-coloniale qui a une nouvelle fois volé en éclats. Le matin du 24 février 2022, nous nous sommes réveillés dans les débris d’un monde plus dangereux et plus incertain encore. Pour résister à la sidération, aux instincts grégaires et bellicistes, il nous faut activer un intense travail intellectuel. Ce texte est né d’une inquiétude et d’une insatisfaction profonde sur le type de réactions de la gauche européenne devant l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Nous sentons combien nous avons besoin d’une politique de non-alignement et en même temps nous voyons clairement comment les réflexes campistes issue de la Guerre Froide ne nous sont d’aucun secours. Cette politique est inexistante à l’heure actuelle. Il nous a dès lors semblé nécessaire de partager un certain nombre de points d’attention pour amorcer la reconstitution d’une position pacifiste pour notre temps, au bord du gouffre atomique. La forme que prendra ce texte dans la suite sera celui d’une enquête collaborative multi-située. Chaque chapitre jouant le rôle de mémo pour des fiches qui seront alimentées via une page Facebook par de multiples contributeurs. Elles seront renforcées et enrichies par des publications, des comptes rendus, des vidéos, des émissions, des entretiens, des conférences, etc. Vous pouvez intervenir et nous envoyer des documents ou proposer des interventions notre page Facebook (https://www.facebook.com/106417178658791/posts/107132128587296/).             

Une précision nécessaire, tant il apparaît que les objets d'analyse s'interchangent rapidement, et tant il est difficile de tenir le fil du raisonnement dans ces sauts d'échelle de grandeur permanents que certains commentateurs affectionnent.

Nous avons un besoin impérieux de diplomatie. Il nous faut désarmer des réflexes acquis, des méfiances, des contentieux pour recréer un cadre d'analyse qui ne soit pas celui de la Guerre Froide, tout en y accordant l'importance de généalogies partielles. Pour mobiliser tout en tenant compte des lignes de fractures et des héritages mais ne surtout pas nous y enferrer.

Nous ne pouvons en toute mesure parler que de là où nous nous situons. Nous sommes des militants d'une forme en construction, d'une politique émergente. Cela signifie avant tout que nos propositions ne font et ne feront pas l'objet de débat de politique internationale où l'animisme prête à chaque Nation son caractère et son peuple ses atavismes. La géopolitique à long nez est un art, celui des tartuffes.Les décisions prises par nos Etats nous concernent évidemment, et il nous est opportun d'apporter commentaire ou opposition, mais nous ne sommes pas nos Etats.

Nos réflexions se posent à l'échelle d’un mouvement social en formation contre les guerres impérialistes et de ses animateurs, dans autant de dimensions qu'il nous sera possible de les déployer, dans le moment d'une guerre en Europe, sur les terres des plus intenses massacres de population que nos aïeux aient eu à connaître (ref Césaire), par un régime impérialiste, à l'entrecroisement d'autres fins du monde. Et nous n'avons pas pour projet de nous réduire à la dernière eschatologie venue.

L’impérialisme grand-Russe de Poutine 

Le point aveugle de la gauche anti-OTAN en Europe de l'Ouest semble être, dans la longue durée, l’ignorance entretenue de la nature du régime russe actuel. Le projet impérialiste eurasiatique de Poutine est pourtant extrêmement cohérent comme le sont toutes les idéologies de conquêtes. Cela semblerait évident pour tous si seulement on se donnait la peine de lire Poutine dans le texte et la philosophie politique qui lui sert de boussole (Alexander Dugin, Ivan Ilyin, etc.). A l’évidence ce travail n’a pas été fait, c’est pour ça qu’il nous semble indispensable de commencer par comprendre les ressorts de cette vision du monde afin d'engager la réflexion à partir d’un geste de décentrement. 

Le règne de Poutine a commencé avec les massacres en Tchétchénie, dans une guerre contre le “terrorisme islamiste”. Poutine y a installé un de ces hommes au pouvoir, l'ultra-autoritaire Ramzan Kadyrov qui a déjà envoyé ses mercenaires commettre des crimes de guerre en Ukraine. Selon Kadyrov, les forces spéciales tchétchènes auraient saisi la plus grande base militaire d'Ukraine comprenant des munitions, des véhicules blindés, etc. Il a annoncé une récompense en espèces de 500 000 dollars pour les chefs de la Bandera, les commandants nationalistes ukrainiens. La Tchétchénie a été profondément remodelée, (terra)formé par les fantamses impérialistes de Poutine, et par un puissant négationnisme des crimes Stalinien (⅓ de la population tchétchéenne a été déporté par Staline). A Grozny des tours vides ont été érigées comme structure amnésique. Un islam d’empire pro-Russe a été instauré comme religion d’Etat qui tourne exlusivement autour du culte de Poutine lui-même. Dans une interview récente, Dmitry Suslov, spécialiste russe des relations internationales et conseiller du Kremlin, a clairement expliqué comment Poutine entendait remodeler de la même façon, à coup de bombes et de crimes de guerre, une Ukraine à l’image de Poutine.  

Malgré l’invasion, cette gauche anti-OTAN continue à ne pas prendre Poutine au sérieux, cela n’est plus tenable. Pourtant le 21 février, Poutine a écrit un très long discours qui reprend tous les leitmotivs de sa vision impérialiste de la Russie. Dans ce texte traduit en français et aisément disponible, il n’est pas fait mention d’une quelconque menace de l’OTAN sur la Russie, sur l’Ukraine ou sur un quelconque pays baltes, pas plus que la rhétorique sur le supposé “nazisme” ukrainien. Tout ça c'est la propagande de RT France et de Sputnik à destination des “dissidents” d’extrême-droite et d’extrême-gauche en Europe. Pour Poutine l’Ukraine n’existe tout simplement pas, pas plus que le peuple Ukrainien. L’Ukraine, pour Poutine c’est le lebensraum historique de la Russie, un espace colonisable, bombardable, où les civils peuvent être exterminés et déportés s’il le faut. Poutine est convaincu que la Révolution Orange et les tentatives d’instaurer une démocratie en Ukraine sont le fruit de l’ingérance de la CIA et du régime “nazi” de Kiev. A aucun moment il ne peut imaginer quelque chose comme une nation ukrainienne, comme un peuple ukrainien. Dans sa perception trans-historique, il n’y a que des forces géopolitiques historiales qui s’affrontent : l'empire maritime atlantique américain et l’empire continental Russe. Dans sa vision (terra)formatirce du monde, il n’est même pas certain que quelque chose comme la France ou l’Europe existe. C’est ce que montre clairement le type d’offensive et de préparation militaire pour envahir l'Ukraine. Jamais Poutine n’aurait pu imaginer que le peuple ukrainien (qui n’existe pas pour lui) aurait pu résister avec tant de ténacité. L'embourbement et les pannes des chars russes en Ukraine ne sont pas que des problèmes logistiques, ils sont aussi des problèmes de philosophie politique. La folie de Poutine, qui le rend si dangereux, fait aussi sa grande fragilité. Il faut pouvoir la retourner contre lui, plutôt que d’alimenter sa folie paranoïaque.       

L’idée de “Russie” de Poutine construite sur une littérature nationaliste, réactionnaire et russophile est une idée planétaire, voir cosmique. Dans ce rêve d’empire mondial, Poutine verrait bien l’Europe comme une sorte de “protectorat” de la nouvelle civilisation Eurasienne. Des démocraties faibles, divisées, une Europe qui n’existerait plus sous les coups de boutoir de ces divisions internes, voilà l’avenir que Poutine tente de nous construire. Il suffit d’avoir suivi ces dernières années la chaîne d”information RT France pour comprendre comment le soft power pro-Poutine active ses divisions en flux continu. La “Grande Russie” de Poutine est un projet impérialiste qui n’a rien à envier aux projets du Reich Nazi ou de l’Empire colonial suprématiste blanc. Ce projet ne s’arrêtera pas en Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, la Bosnie-Herzégovine sont également potentiellement intégrables par la guerre dans la Grande Russie de Poutine. Cet impérialisme doit être pensé et saisi pour lui-même, en intériorité, car il est un projet cohérent et continu aux conséquences planétaires catastrophiques. Nous l’avons encore bien senti cette nuit du jeudi au vendredi 4 mars 2022 avec l’incendie de la centrale nucléaire de Zaporijia. Il faut cesser de le relativiser voire de le nier en le recouvrant systématiquement par des comparaisons boiteuses avec les Etats-Unis. La position de la gauche campiste n’est plus tenable. 

L’idée de “Russie” que tente de dessiner Poutine à coup de bombes, de crimes contre l’humanité, de déplacement/remplacement de population et de régime fantoche pro-Russe a d’abord été pensée théoriquement. Chaque bombe poutinienne qui tue des civils creusant davantage notre indifférence et notre insensibilité devrait au contraire nous pousser à ouvrir la boîte noire politique qui les a fabriquées. Le philosophe et politologue Alexander Dugin, traducteur de Heidegger en russe est un des théoriciens de l’impérialisme grand Russe. Il est également le fondateur du mouvement international « Eurasien ». Le principe de l’Eurasie est historial, il est censé caractériser l’Être de la Russie dans l’histoire du monde. Pour Dugin l’histoire de l’humanité est celle d’un antagonisme ontologique entre l’enclavement continentaliste qui est constitué autour d’une structure hiérarchique, de la loi, de l’ordre, de la Religion et de la Russie éternelle et l’atlantisme multiculturaliste libéral décadent organisé autour des USA. Pour Dugin l’ « effondrement de l’empire américain » ouvre une révolution culturelle réactionnaire  [ici « révolution culturelle » n’est pas à entendre au sens maoïste mais au sens de la « révolution culturelle nazie » tel que l’a définie Chapoutot] : retour à l’Être, au Logos, à l’ontologie fondationnelle de Heidegger, au Sacré, au Nouveau Moyen Âge, à la Religion et aux institutions de la société traditionnelle. La philosophie de l’histoire d’inspiration duginienne est celle de la « fin du monde » : la modernité étant satanisme et décadence, le messianisme eurasien vise y mettre un terme. « Rien ne vaut, tout est à nettoyer. La modernité est absolument fausse. Tout est mort avec la modernité. Donc ça devrait finir. Nous allons y mettre fin. »

Alexander Dugin est d’ailleurs sorti en 2008 pour soutenir les troupes russes lorsqu’elles ont pris le contrôle de la Géorgie. Il a également attisé les flammes nationalistes grand-Russe lors du conflit entre la Russie et l’Ukraine de 2014 appelant aux “massacres” des Ukrainiens et à l’ “annexion” des terres ukrainiennes qui faisaient partie de l’ancien Empire russe. Le projet d’invasion et de vassalisation de l’Ukraine n’est pas une folie, il s’inscrit dans un projet Eurasien cohérent. L’annexion de l’Ukraine n’est pas seulement dans la tête de Poutine. Voici ce qu’écrivait Dugin : « L’Occident connaît peu ou pas du tout la véritable histoire de la Russie. Parfois, ils pensent que l’Union soviétique était purement une création communiste et que les Etats comme l’Ukraine, le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan étaient indépendants avant l’URSS et conquis par les bolchéviks ou forcés à entrer dans l’Etat soviétique. Le fait est qu’ils n’ont jamais existé en tant que tels et représentés, mais des districts administratifs sans aucune signification politique ou historique à l’intérieur de l’Empire russe ainsi qu’à l’intérieur de l’URSS. Ces pays n’ont été créés artificiellement dans leurs frontières actuelles qu’après l’effondrement de l’URSS et à la suite d’un tel effondrement. » Les livres de Dugin servent de manuel pour l’armée Russe. 

Mais l’expansionnisme Russe ne concerne pas que les frontières de l’ancien Empire tsariste, il est un Reich mondial. C’est malheureusement ce que nous commençons à comprendre, après que nous ayons laissé Poutine massacrer les Tchétchènes, les Syriens, les Géorgiens, etc. Pour Dugin l’Europe est le ventre mou de l’empire américain. « Il est particulièrement important d’introduire le désordre géopolitique dans l’activité interne américaine, en encourageant toutes sortes de séparatisme et de conflits ethniques, sociaux et raciaux, en soutenant activement tous les mouvements dissidents – groupes extrémistes, racistes et sectaires, déstabilisant ainsi les processus politiques internes (…) Il serait également logique de soutenir simultanément les tendances isolationnistes (…) ». Il suffit de regarder RT France pour lire noir sur blanc cette politique étrangère eurasienne qui consiste à la fois à soutenir les éléments les plus émeutiers des gilets jaunes, le Front National, les marches de la Libertés, etc., à insister reportage après reportage sur la dissolution du lien de confiance dans le personnel politique, à surjouer sur le thème de la guerre civile interne, etc. Le projet eurasien voit l’Europe à-venir comme un protectorat de la Grande Russie. Tout cela est écrit, théorisé et mis en guerre.

Il est grand temps de considérer que nous avons changé d’époque, en réalité la guerre en Syrie aurait déjà dû nous y préparer. La politique impérialiste mondiale de la Russie de Poutine nous fait entrer dans un monde réellement multipolaire, dans un multivers extrêmement dangereux. Et c’est de nouveau Dugin qui l’énonce avec le plus de force : « La postmodernité montre que chaque soi-disant vérité est une question de croyance. Nous croyons donc en ce que nous faisons, nous croyons en ce que nous disons. Et c’est la seule façon de définir la vérité. Nous avons donc notre vérité russe spécifique et vous devez l’accepter. Si les États-Unis ne veulent pas déclencher une guerre, alors vous devez reconnaître que les États-Unis ne sont plus un maître unique. Et [avec] la situation en Syrie et en Ukraine, la Russie dit : « Non, ce n’est plus vous le patron. » C’est la question de savoir qui gouverne le monde. Seule la guerre pourrait vraiment en décider. » (Aleksander Dugin, dans le documentaire de la BBC News, « The Russians who fear a nuclear war with the West », à voir sur youtube.). Nous sommes donc clairement entrés dans une guerre des régimes de vérité pour laquelle il n’existe ni de table de négociation ni diplomatie. Tout cela doit être forgé dans les brumes de la guerre, dans l’urgence et l’incertitude la plus grande sur la survie de l’humanité. L’heure n’est vraiment pas au ressentiment ni aux slogans pré-cuits.    

Vassalisation de l’extrême-droite en Europe

L’influence poutinienne en Europe est grande et se marque d’abord par une vassalisation financière et idéologique de l’extrême-droite. Probablement avant tout le monde et certainement bien avant la gauche radicale, l’extrême-droite européenne a compris que la Russie de Poutine n’avait rien à voir avec l’URSS. L’extrême-droite a compris avant tout le monde que la Russie de Poutine se constitue autour d’une idée de Sol, de Peuple, d’Enracinement, d'Éternité, d’Empire, de Race qui correspond au même type d’angoisse et de pulsions souverainistes que celles que l’extrême-droite entend imposer en Europe. Poutine déteste la démocratie libérale, le multiculturalisme et considère que le signe le plus important de la décadence européenne est sa supposée “islamisation”. Poutine veut refonder l’Eurasie sur une puissante racine chrétienne. L’extrême-droite européenne sait que la Russie de Poutine est par essence anti-communiste. C’est pour cette raison qu’il n’y aura pas, pour l’instant, de remobilisation du vieux fond anti-communsite fasciste pour mourir en Ukraine. L’extrême-droite européenne est plutôt du côté de la reconnaissance de la souveraineté de la Russie sur l’Ukraine. D’où son silence relatif actuel. Que ce soit Marine Le Pen ou le Vlaams Belang, ils se limitent pour l’instant à justifier l'accueil des réfugiés ukrainien par une solidarité intra-européenne, de façon à sauver les meubles racistes de son discours souverainiste sur la migration. La mobilisation pro-OTAN pour défendre l’Ukraine comme territoire “européen” est essentiellement une affaire libérale. La propagande poutinienne sur le motif de la “dénazification” jette un voile idéologique important, or la vassalisation de l’extrême-droite européenne à la politique Poutinienne aurait du faire voler en éclat tous ces fantasmes. 

De nouveau ici la propagande à front renversé de Poutine fonctionne car elle prend appui sur un importante ignorance des dynamiques politiques en Europe de l’Est depuis la chute de l’URSS. La propagande poutinienne ne cesse de répéter que l’Ukraine serait dirigée par des fascistes. Comme l’écrit Gérard Roland, professeur d’économie à Berkeley et spécialiste des économies post-soviétiques : “La seule preuve produite pour ce mensonge poutiniste est la présence de milices d'extrême droite pendant le Maïdan et pour défendre l'agression russe dans le Donbass depuis 2014. Il n'y a pas d'autre preuve (...). Depuis l'Euromaidan, des élections libres ont eu lieu (pas des élections comme en Russie où l'élection est truquée) et les partis d'extrême droite n'ont jamais eu une grande part de voix, ce qu'on ne peut pas dire pour des pays comme, par exemple, la France [ou la Belgique]. Toute lecture de la vie politique vous dira que l'Ukraine a commencé à devenir une démocratie florissante après 2014.” La propagande Poutinienne est ici une action strictement iconique qui vise à jouer avec l’inconscient politique de la gauche européenne. On montre l’image d’une personne en cagoule avec des insignes nazis hors de tout contexte et ça suffit à faire preuve mais personne ne prendra le temps de s’intéresser au processus électoral en Ukraine. Or précisément, si on regarde les résultats des dernières élections parlementaires, on constate que la droite dure perd du terrain. Les résultats de Secteur Droite ou de Svoboda sont ridicules. Au sein du parlement comme au sein des gens qui ont manifesté sur les places, on ne voit pas une grand enthousiasme pour l’ultranationalisme de Stepan Bandera (le leader nationaliste durant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale) ou pour le démontage des monumements de Lénine. Poutine nous envoie à la figure des préjugés orientalistes sans réalité et la gauche radicale les prend à la lettre sans prise avec le réel des réformes économiques et sociales en cours en Ukraine. Comme pour la Syrie les fantasmes fascistes ou terroristes agités par Poutine sont relayés sans discernement. 

Crises de l’OTAN 

On constate que cette gauche campiste n’ignore pas seulement les processus politiques post-soviétiques en Europe de l’Est, elle est également en retard de plusieurs guerres sur l'expansionnisme et l’impérialisme américain. En Irak, en Syrie, en Afghanistan, en Centrafrique, en Ukraine, l’OTAN est plutôt dans une période de reflux et de débâcles. Les seuls documents de l’OTAN déclassifiés récemment concernent les traités de non prolifération nucléaire, ce qui a entraîné la dénucléarisation de l’Ukraine en échange de la reconnaissance de son indépendance territoriale par la Russie. C’est ce type de traité qu’à foulé au pied Poutine en envahissant l’Ukraine. 

On voit également revenir sur le devant de la scène cette histoire de documents déclassifiés de l’OTAN qui seraient censés montrer une promesse faite à Gorbatchev. Il s’agit d’une vieille affaire qui existe depuis 30 ans. A force de répétition par Gorbatchev, Adamishin, Primajov, Poutine et Medvedev, le mythe d’une promesse violée de non expansion est devenu un mythe fondateur de la politique étrangère de la fédération de Russie. Poutine agit comme si cela était une vérité et tout indique qu’il y croit. Or le pacte de Varsovie était en vigueur jusqu’en 1991, il n’y avait donc aucune idée d'expansion de l’OTAN au-delà de l’Allemagne unie. Gorbatchev l’a d’ailleurs confirmé dans une interview en 2014 : “La question de “l'élargissement de l’OTAN” dans ces années-là n’a pas du tout été discutée, elle ne s’est jamais posée. Je le dis en toute responsabilité. Aucun pays d’Europe de l’Est ne l’a soulevé, y compris depuis la fin du pacte de Varsovie en 1991. Les dirigeants occidentaux n’en ont pas non plus parlé.” La perception d’une trahison est donc une réalité rétrospective. Si des pays de l’Europe de l’Est ont intégré l’OTAN depuis, c'est en grande partie à cause du comportement expansionniste de la Russie de Poutine. L’actuelle invasion de l’Ukraine ne fera qu’accélérer ce processus. La question ne concerne donc pas le fait de l’intégration de nouveaux pays dans l’OTAN qui ne correspond à aucun plan secret mais est un processus historique parfaitement explicable. Ce qui n’est pas du tout la même question que celle de savoir si la politique de protection de l’OTAN est viable sur le plan géopolitique ni des crimes commis par l’OTAN en Irak, en Afghanistan ou ailleurs.       

Pour ce qui concerne le processus d’intégration de l’Ukraine à l’Union Européenne, elle est également la conséquence de l’ingérence et l'expansionnisme russe. Comme l’écrit Gérard Roland,  “de toute évidence, les politiciens occidentaux ont soutenu le mouvement Euromaidan, mais les dirigeants ukrainiens ont été élus démocratiquement. Juste après la fuite de Ianoukovitch, Poutine a envahi la Crimée et certaines parties du Donbass. On peut donc comprendre qu'ils se soient sentis menacés par Poutine. Les gouvernements ukrainiens ont demandé à ce que leur pays soit admis dans l'OTAN, mais cela n'a jamais abouti, car les gouvernements occidentaux ont estimé que cela pourrait provoquer inutilement Poutine. Seuls les anciens pays satellites soviétiques et les républiques admises dans l'UE ont été admis dans l'OTAN. C'était à la demande des gouvernements de ces pays, compte tenu de l'histoire d'oppression sous la domination soviétique. L'Ukraine a demandé à plusieurs reprises des prêts au FMI. Les pays occidentaux ont estimé que cela devait aller de pair avec des réformes visant à lutter contre la corruption en Ukraine, en particulier dans l'appareil judiciaire. Les réformes anti-corruption sont-elles anti-russes ? Non. Elles font bien sûr peur étant donné la corruption totale au sein du régime Poutine, mais elles ne font pas partie d'un quelconque complot des États-Unis contre la Russie. La politique de l'Occident à l'égard de la Russie a en fait toujours été l'apaisement, au moins depuis l'agression de la Russie contre la Géorgie en 2008 et ses agressions répétées contre l'Ukraine depuis 2014.”

Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par Poutine, on peut dire que l’OTAN était plutôt en état de mort clinique. On se souvient des exigences et de la politique de Trump qui visait plutôt à marginaliser l’Alliance au profit d’une politique de repli protectionniste, raison pour laquelle Poutine a fait de l’ingérence électorale aux Etats-Unis pour le pousser vers la Maison blanche. En attaquant de façon brutale l’Ukraine, en foulant aux pieds toutes les conventions internationales et en sabotant tout processus de négociation, Poutine entendait probablement diviser les Occidentaux, ce qui aura produit l’effet contraire. Il existe deux axes divergents : un axe pro-OTAN et belliciste (USA-Angleterre-Pologne) et un axe articulé autour d’une diplomatie forte (Allemagne-France). Macron maintient un dialogue diplomatique avec Poutine malgré la folie guerrière de ce dernier. Son dernier discours ne tend pas du tout vers une politique de réarmement de l’OTAN, il envisage plutôt une puissance militaire et diplomatique autonome de l’Europe tant vis-à-vis des USA que de la Russie de Poutine. Nul ne sait ce que produiront les prochaines semaines. On sent en Europe une tension importante entre un discours guerrier plus prononcé, probablement intensifié par les pressions de Biden et une volonté de préserver la paix, d’activer une politique ciblée de sanctions et de sauvegarder d’une entente avec le peuple Russe. C’est en tout cas le sens du discours de Macron du 2 mars 2022. Poutine semble tout faire pour provoquer les européens à l’affrontement. Nous devons préserver une diplomatie forte en vue de la paix. Nous ne pouvons pas nous permettre un conflit armé Poutine.          

Le mouvement anti-guerre en Russie et en Biélorussie

La population ukrainienne résiste, la “guerre éclair” qui se dit également Blitzkrieg en russe s'embourbe et les civils meurent dans les fantasmagories du tyran. Le ton a été donné par le président Zelensky dès les premières heures de l’invasion. Dans un discours en partie en russe, il s’est adressé aux russes de Russie qui ne veulent pas de cette nouvelle guerre poutinienne. On savait que les sondages n’étaient pas favorables à l’invasion de l’Ukraine. Mais ce qui nous a surpris, c’est la profondeur du mouvement anti-guerre en Russie. Des manifestations extrêmement courageuses dans de nombreuses villes russes ont eu lieu dès les premiers jours de l’agression. Les manifestants prennent d'énormes risques pour braver la censure et la répression du régime. Ce qui est la pointe visible d’un mouvement d'opposition à la guerre beaucoup plus profond dans la population russe qui remonte jusqu’à certains oligarques russes proches de Poutine et jusqu’au sein de la structure d’Etat. Le numéro deux du secteur pétrolier russe, Loukoil, devient la première société nationale d’envergure à s’opposer à l’invasion russe en soutenant « sans réserve » le règlement du conflit “via un processus de négociation et des moyens diplomatiques”. La Douma a approuvé des amendements au Code pénal, prévoyant l'introduction de la responsabilité pénale pour la diffusion de “fausses informations sur les actions des forces armées russes”. La peine maximale est de 15 ans de prison. Décision a été prise de liquider la chaîne de radio et le site Web d'Echo de Moscou dont le site avait été bloqué par le gendarme des communications Roskomnadzor. La chaîne de télévision russe d’opposition Dojd (TV Rain) annonce elle aussi suspendre son travail. Le média indépendant Meduaza annonce le blocage de son site internet.

Le mouvement contre la guerre s’étend également à la Biélorussie. Sur la base d' «informations disponibles » britanniques, le commandement d'une brigade de parachutistes de Moscou aurait reçu l'ordre de traverser la frontière. Le moral des troupes serait extrêmement bas, les soldats refusant de «jouer les mercenaires de la Russie». Des Biélorusses bloqueraient des trains afin de compliquer le mouvement des marchandises militaires. Il faudra également creuser notre connaissance des mouvements de contestation en Biélorussie. En août 2020, la population biélorusse est descendue massivement dans les rues – l’État de Loukachenko a déclenché la terreur policière à leur encontre. Les manifestations de rue ont d’abord été dominées par la jeunesse urbaine. Par la suite, la protestation a changé de forme, s’étendant à un mouvement ouvrier plus large impliquant de vastes mobilisations sur le lieu de travail. Des actions couvrant la plupart des plus grands sites industriels du pays ont vu des milliers de travailleurs se rassembler, discuter de leurs revendications et menacer une fermeture générale (“Biélorussie : où va la révolte ? Ksenia Kunitskaya et Vitaly Shkurin”, Contretemps). Les sanctions européennes contre le régime de Loukachenko doivent tenir compte du fait que les Biélorusses réprimés résidant en Ukraine doivent bénéficier de la même protection que les Uktanaien victimes des bombes de Poutine. Or, pour l’instant, ils se voient refuser l'embarquement dans les trains d'évacuation de l'Ukraine. Il est nécessaire de se rappeler que l'écrasante majorité des citoyens biélorusses résidant en Ukraine y sont arrivés en 2020-2021 après les répressions de masse au Bélarus et, dans la plupart des cas, ces personnes ont été placées en détention administrative et/ou ont perdu leur emploi pour des raisons politiques au Bélarus ; beaucoup risquent également de subir des persécutions pénales dans leur pays d'origine. Selon l'Office ukrainien des migrations, plus de 38 000 citoyens bélarussiens sont arrivés et sont restés en Ukraine depuis le début des répressions de masse en août 2020 et jusqu'en décembre 2021. Cependant, si l'on inclut les séjours de moins de six mois, le nombre dépasse 350 000.

Après le début de l'invasion militaire russe le 24 février 2022, de nombreux Biélorusses ont décidé de rester en Ukraine, certains ont rejoint l'autodéfense territoriale ukrainienne ; il existe également un niveau considérable de soutien mutuel entre les citoyens biélorusses et ukrainiens, lorsqu'il s'agit de contacts entre des personnes auparavant familières. En essayant de fuir la guerre par la frontière entre l'Ukraine et l'UE, les Bélarussiens résidant en Ukraine se voient refuser l'embarquement dans les trains d'évacuation ; ils font l'objet de discours haineux et d'insultes de la part de détenteurs de passeports ukrainiens, une fois leur nationalité révélée. Tragiquement, l'attitude hostile à l'égard des Bélarussiens ces jours-ci est vécue exactement par la partie de la nation bélarussienne qui a le plus essayé d'arrêter le régime de Loukachenka en 2020 et qui s'est opposée à l'idée que le Bélarus soit un État fantoche soutenu par le Kremlin. Les personnes qui se sont battues pour la démocratie au Belarus en 2020 et qui ont dû quitter leur foyer sont aujourd'hui discriminées et haïes. Il est d'une importance cruciale, une question de survie, que les citoyens bélarussiens quittant l'Ukraine pour l'UE bénéficient d'un traitement adapté à leur passé collectif de lutte pour la liberté - et non d'un traitement de bouc émissaire pour l'agression du régime qu'ils ne représentent plus depuis août 2020. À l'heure actuelle, la reconnaissance de la vulnérabilité spécifique des citoyens bélarussiens en Ukraine est une question de droits de l'homme, une question de survie pour ces personnes, qui ont passé jusqu'à cinq jours à la frontière. C'est aussi une question pragmatique importante pour la lutte pour la démocratie dans la région et la souveraineté du Bélarus. Les Bélarussiens ne sont pas Loukachenko ; cinq cents manifestants ont été arrêtés lors d'une action anti-guerre dans le centre de Minsk et ils risquent d'être emprisonnés pendant de nombreuses années. La plus grande partie de la population biélorusse, opprimée chez elle ou déplacée pour la deuxième fois déjà, est un acteur majeur pour la paix en Europe de l’Est. (Andrei Vazyanau, docteur en anthropologie sociale Chargé de cours à European Humanities University, Facebook, 28 février 2022).

C’est sur base de cette fraternité russe et biélorusse à l’égard de l’Ukraine que le mouvement anti-guerre en Europe doit se construire. Car comme l’a très bien compris Zelensky ce ne seront ni les armes livrées par l’Europe ni les sanctions qui suffiront à faire reculer Poutine, ce sont sa population, ses électeurs et ses soutiens qui pourront le faire. Nous ne sommes pas en guerre contre le peuple Russe pas plus que contre la Russie. Le mouvement anti-guerre est aussi présent en Biélorussie. Il nous faut ouvrir les yeux sur ce qui permet, là-bas, sur place, de résister à la guerre ; ce à partir de quoi cette guerre devient insupportable pour les gens et ce qui peut donner aux hommes le courage de se lever et de risquer la prison. Il faut aussi savoir ce qui fait tenir les ukrainiens et leur permet de ne pas haïr les Russes malgré la violence de l’agression. S’il y a bien un geste de décentrement que le champ des études décoloniales nous a appris, c'est celui-là.        

Prendre la menace nucléaire au sérieux 

Pendant longtemps, la gauche européenne n’a pas voulu croire à l’invasion de l’Ukraine. Ce narratif est savamment entretenu par la propagande viriliste poutinienne qui considère les inquiétudes légitimes face aux intentions d'annexion comme de l’hystérie occidentale. Pourtant, comme cela était prévisible, Poutine aura fait entrer les troupes russes massées à la frontière depuis des semaines. La situation a donc basculé irrémédiablement et avec elle les coordonnés du problème. 

Il faut prendre la menace nucléaire agitée par Poutine très au sérieux. Il s’agit d’un rappel que cette crise n’est plus seulement ukrainienne mais qu’elle a des dimensions plus larges planétaires. La récente publication par la BBC des derniers appels téléphoniques de Ben Ali en janvier 2011 montre à quel point un régime dictatorial en bout de course comporte une dimension autistique importante et une déconnexion irréversible avec la réalité, dans une fuite en avant. On peut sentir ce climat de terreur dans l’entourage de Poutine lors d’un échange extrêmement tendu avec le chef du renseignement extérieur russe lors du conseil de sécurité où Poutine a fait reconnaître l'indépendance des régions de Louhansk et de Donetsk en Ukraine. La scène a été filmée deux jours avant diffusion et n’a pas été remontée, malgré ce qui apparaît comme une bourde du ministre. Ce n’en était pas une, mais l’annonce de l’opération à venir. Tout est à l’allant dans la stratégie de Vladimir Poutine: une invitation constante à comprendre entre les lignes la réalité de la menace.

Certes le déclenchement d’une arme nucléaire ne se passe jamais comme dans les films, il y a toute une procédure, Poutine n’est pas le seul à décider,  la question de son entourage sera déterminante. Il faut donc prendre la menace nucléaire au sérieux aussi comme potentialité. Dans la tête de Poutine, les Européens sont faibles, corruptibles, divisés et lâches. Donc une partie de cette guerre vise à leur faire peur, à les faire reculer tout en les menaçant directement s’ils s’engagent dans la guerre qu’il mène à l’Ukraine. Il y aurait environ 5000 soldats russes en Transnistrie, autre république autoproclamée pro-Russe. La prise de l’île des Serpents s’inscrit dans cette stratégie d'encerclement de l’Ukraine vers le débouché du Danube jusqu’aux Carpates ukrainiennes. A ce moment-là les soldats français envoyés en Roumanie dans le cadre de l’OTAN se retrouveraient presque face à face avec les soldats russes. Il est donc probable que nous entrions dans une nouvelle séquence de la guerre avec des périodes de conflits de basses intensités et de nouvelles offensives, comme depuis l’annexion de la Crimée en réalité.  Mais cette convocation des forces de dissuasion, dont la composante nucléaire fait partie, s’adresse aussi au peuple russe: “maintenant, on tire à vue. Restez chez vous.” 

L’incendie de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, la plus grande centrale nucléaire d’Europe, nous a aussi rappelé les risques indirects en cas d’accidents militaires.    

Construire une politique de non-alignement est une chose sérieuse. Elle ne peut donc se résumer à un “laisser faire” de l'expansionnisme russe sans solution solide pour la paix, sans alternatives sérieuses à l’OTAN. Elle ne peut pas non plus être synonyme de neutralité au moment où le droit à l'autodétermination d’un peuple est menacé. Sans cette alternative les peuples moldaves, géorgiens, estoniens, lettons, lituaniens, roumains, ukrainiens, etc. auront raison de craindre la guerre et les bombardement et n’auront d’autres secours que de se ranger du côté de l’OTAN  

L’Ukraine avait accepté sa dénucléarisation militaire dans les suites du démantèlement de l’URSS en échange d’un respect de son intégrité territoriale par la Russie. On sait ce qu’il en est aujourd’hui. Dès lors des pays qui sont directement concernés par de possibles annexions par Poutine comme la Moldavie, la Georgie, la Finlande, la Suède veulent désormais rejoindre l’OTAN. Des pays comme l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie appellent à une aide de l’OTAN. La propagande poutinienne d’une extension agressive de l’OTAN qui l’aurait contraint à devoir se défendre est comme toute la rhétorique actuelle du Kremlin extrêmement simpliste et négationniste sur le rôle de la Russie dans la séquence actuelle. Elle ne peut être reprise en l’état. 

On doit pourtant pouvoir revenir sur la période qui a suivi la fin de la Guerre Froide et sur le rôle joué par l’OTAN dans cette séquence. Non pas comme une continuité , car on a fait l’expérience ces dernières décennies que les stratégies impérialistes de Bush, d’Obama, de Trump ou de Biden n'étaient pas les mêmes et que notre présent est plutôt marqué par le retrait et la débâcle de l’interventionnisme américain. Mais cette transformation des modes impérialistes doit être prise en compte dans l’analyse afin d'éviter les double-clics de la fin de la Guerre Froide, de l’invasion américaine en Irak sur la situation actuelle qui font courir de trop grands risques négationnistes à l’heure où les crimes de guerre russe s’amoncèlent dans l’impunité la plus totale. C’est aussi parce que l’heure était au retrait que le régime de Poutine a pu jouer sa carte guerrière, dans les reflux de l’empire américain. Le réveil allemand initié par la Bundeswehr en atteste largement, elle qui s'apprête à recevoir 100 milliard d’Euros et un budget fixé à 2 pourcent du PIB allemand.  

Les appels ukrainiens aux combattants internationaux prêts à venir en renfort pour tenter de contenir l’invasion russe sont tout à fait compréhensibles et toute position pacifiste qui se tiendrait en extériorité avec les logiques de la guerre seront des productions de la mauvaise conscience qui n’auront rien d'effectif. Les Etats européens vont livrer des armes aux résistants ukrainiens. Nous sommes inquiets car nous ne sommes pas certains que les Etats européens savent ce qu’ils font. En effet, nous avons déjà vécu cette situation lors de la révolution syrienne. Les occidentaux avaient fourni des armes à l’Armée Syrienne Libre pour ne pas avoir à intervenir eux-mêmes mais d’une façon peu responsable et non suffisante. Puis s’étaient retirés laissant les syriens seuls face à Bachar Al Assad, aux Russes et aux Iraniens. On se souvient qu’Obama n’était pas intervenu suite à l’utilisation d’armes chimiques par le régime ce qui avait donné un cheque en blanc pour les crimes de guerre à venir. 

Par ailleurs, dans les différents conflits armés auxquels participe la Russie, on constate une impossibilité de faire respecter un cadre international articulé sur le droit, en partie à cause du véto systématique de la Russie et de ses alliés à l’ONU.En 23 ans de guerre, Poutine justifie chacune de ses actions militaires par une campagne de propagande visant à diaboliser l’ennemi, en camouflant ses véritables intentions et en nommant un pouvoir à sa solde : en Tchétchénie (1999-2009), conflit particulièrement long et sanglant par l’écrasement brutal des villes et de bombardements systématiques, Poutine a accusé les indépendantistes d’être de “dangereux terroristes islamistes” ; en 2008 en Géorgie suite à une action de l'armée géorgienne contre les deux territoires “rebelles” pro-Russe Poutine lance son offensive sous le prétexte d’un “génocide” contre les populations de ces deux petites républiques, Poutine se présentant encore une fois comme le “sauveur” des Russes ; en Ukraine Poutine parle également d’un “génocide” dans le Donbass et prétend “dénazifier” l’Ukraine. Aucun des nombreux crimes de guerre commis par Poutine durant ces 23 années de guerre n’a été puni.          

Résister aux nationalismes européens sans naïveté sur la guerre en cours 

La menace réelle d’une guerre prolongée en Europe est très inquiétante. Nous ne nous faisons aucune illusion sur le nationalisme et le militarisme que génère cette agression russe contre l’Ukraine. L’extrême-droite était jusqu’ici pro-Poutine et on ne sait pas encore comment elle va se recomposer face à cette menace grandissante aux portes de l’Europe. Pour l’heure l’extrême-droite antiVax est sur la même ligne que les anti-OTAN primaires : “les Russes ne font que se défendre face à la menace occidentale”. L’appel aux combattants étrangers des ukrainiens, tout aussi légitime qu’il soit, risque d’avoir des conséquences imprévisibles dans des pays comme la Pologne, la Roumanie et la Hongrie entre autres. Dans ces pays aux régimes racistes et conservateurs où reste un fort ressentiment à l’égard de l’URSS, la menace Russe risque de jeter de l’huile sur le feu national-souverainiste. On ne peut prévoir comment cela va contribuer à reconfigurer les alliances souverainistes en Europe. Ni ce que va produire la nouvelle crise des migrants dans le moyen terme dans des pays comme la Lituanie, la Hongrie ou la Pologne. Si la menace nazie en Ukraine est largement grossie par Poutine - électoralement l’extrême-droite ukrainienne est largement minoritaire - la radicalisation nationaliste et raciste  probable dans certains pays de l’Est de l’Europe est une réalité que toute position pacifiste sérieuse doit prendre en compte. 

Le Vlaams belang plaide pour un accueil “temporaire” des réfugiés ukrainiens “jusqu’à ce que le conflit soit terminé”. Le Vlaams Belang considère l’Ukraine comme une “nation amie”. Mais le Vlaams Belang en profite déjà pour faire la différence avec les “faux réfugiés”  qui “viennent de beaucoup plus loin” que le Vlaams Belang appellent des “clandestins” et des “gratteurs d’allocations sociales”. Le Vlaams Belang ne considère ces "réfugiés européens” que dans la mesure où il s’agit de femmes et d’enfants qui vont bientôt rentrer chez eux quand les événements seront terminés. Derrière cette affirmation d’une solidarité sporadique sélective dans une continuité du “chacun chez soi”, on peut aussi déceler toute la folie de cette position national-souverainiste. Le Vlaams Belang ne peut pas plus penser la guerre, les destructions et l’exil qu’il ne parvient à penser les ravages climatiques irréversibles. Nous ne sommes pas naïf, nous savons que l’élan de solidarité actuel avec le peuple ukrainien ne va pas durer, que plus la guerre va s’étendre et durer, plus les ravages vont s'approfondir plus cette solidarité va s'éroder. Nous sommes en colère  devant le refoulement des étudiants africains à la frontière polonaise. Nous savons qu’il n’existe pas de politique d’asile qui ne soit aussi une politique du tri racial. Nous nous souvenons de l'accueil et du racisme contre les réfugiés bosniaques lorsqu’à la fin du conflit les retours ont été peu nombreux. Le pays ayant été détruit et l’économie ravagé, les séparations ethniques entérinées par les accords de Dayton, le fait que les réfugiés bosniaques “n’étaient pas rentrés chez eux” avait entraîné le renversement de l’hospitalité en hostilité. L’histoire récente des politiques migratoires européennes doit nous amener à la plus grande vigilance. Loin d’une insensibilité mécanique sous la dénonciation des doubles standards raciaux, nous devons au contraire prendre aux sérieux les modes de production de la race à travers les guerres et la question migratoire contemporaine. Ce qui est certain c’est que les bombes à fragmentation de Poutine ne font aucune distinction entre les Syriens, les Tchétchènes ou les Ukrainiens.    

Pour une écologie des sanctions dans un monde interdépendant

L’agression russe contre l’Ukraine est une violation flagrante du droit international et un crime contre l’humanité. De nombreux civils sont déjà morts en Ukraine, Poutine utilise des bombes à sous-munitions contre les civils, des quartiers habités sont pris pour cibles, des hôpitaux. Poutine mène une guerre totale contre l’Ukraine. Des millions de réfugiés sont jetés sur les routes. Les sanctions économiques contre le régime criminel de Poutine sont parfaitement légitimes, du moment qu’elles ciblent le clan de Poutine et ses oligarques et n'appauvrissent pas davantage la population russe. Encore une fois nous devons apprendre à sortir de la logique désormais forclose et très “XXe siècle” de la Guerre Froide. Il n’y a pas deux blocs bien distincts qui s’affrontent, il y a des logiques entremêlées au sein du capitalisme global. Nous n’avons pas face à l'Ukraine une alliance militaire anti-OTAN avec ses propres intérêts et sa propre logique, avec qui nous pourrions négocier, nous avons un clan oligarchique paranoïaque qui précisément n’a rien à négocier et entend régner sans partage. De l’avis de tous les spécialistes et négociateurs durant la Guerre Froide, la situation actuelle est beaucoup plus dangereuse. Dans un monde bi-polaire, il y avait des procédures, de la négociation, des règles, des ententes, des lignes rouges. Dans un monde multi-polaire, ce sont des régimes de vérité qui s’opposent. Notre monde est devenu beaucoup plus dangereux que ne l’était celui de la Guerre Froide.

Poutine a sa propre agence, ses guerres sont déterminées par une logique endogène et “les conséquences de ses actions sont désormais contraires aux intérêts occidentaux” (Volodymyr Artiukh, “US-plaining is not enough. To the Western left, on your and our mistakes”). On ne peut plus réellement parler de “propagande” tant la politique extérieure de Poutine en Syrie, en Ukraine, en Géorgie, en Centrafrique, en Biélorussie, etc. (terra)forme le monde qui l’entoure, imposant ses propres normes, son propre régime de vérité comme le faisaient jusqu’alors les Etats-Unis, mais par d’autres moyens. “Les élites russes en guerre sont capables d’imposer leurs illusions, de les transformer en faits sur le terrain, de les faire accepter aux autres malgré eux” (cf. Artiukh). Ces formations ne sont pas une réaction à l’expansion de l’OTAN, elles sont une création, elles constituent une nouvelle donne. Cette extension des logiques impérialistes post-coloniales redéfinit dans toutes les directions ce que nous entendons par politique. L’absence de prise en compte de cette nouvelle donne impériale que nous avions déjà vu à l’oeuvre dans la reconfiguration contre-révolutionnaire de la Syrie (nous étions alors beaucoup moins nombreux à en actualiser l’efficace) explique pourquoi une partie importante de la gauche anti-impérialiste ne parvient à percevoir que l’action des gouvernements et élites occidentales. Toute l’accumulation de connaissances nécessaires (bien que vieillies) sur l’OTAN et l’impérialisme américain est devenue insuffisante pour construire la moindre position anti-guerre aujourd’hui. Les explications centrées sur les Etats-Unis sont désormais sans prise sur le réel de l’époque. Ce qui fait que ces théories américano-centrées ont eu un pouvoir de prédiction nul sur l’invasion de l’Ukraine par Poutine. “Ne laissez pas des positions politiques à demi-cuites se substituer à une une analyse de la situation. L'injonction selon laquelle l'ennemi principal se trouve dans votre pays ne doit pas se traduire par une analyse erronée de la lutte inter-impérialiste. A ce stade, les appels à démanteler l'OTAN ou, à l'inverse, à y accepter qui que ce soit, n'aideront pas ceux qui souffrent sous les bombes en Ukraine, dans les prisons en Russie ou au Belarus (...) Une nouvelle réalité autonome émerge autour de la Russie, une réalité de destruction et de dures répressions, une réalité où un conflit nucléaire n'est plus impensable. Beaucoup d'entre nous ont manqué les tendances qui mènent à cette réalité. Dans le brouillard de la guerre, nous ne voyons pas clairement les contours du nouveau. Pas plus, semble-t-il, que les gouvernements américains ou européens." (Volodymyr Artiukh)

Nous ne sommes donc plus dans un monde bi-polaire. Plus que jamais nous vivons dans un monde inter-dépendant. La guerre de Poutine en Ukraine aura des conséquences économiques qui ne peuvent être limitées à la seule dépendance des européens en gaz russe. En effet, tant l’Afrique que le Moyen-Orient connaîtront de graves problèmes alimentaires. La crise du Covid a déjà fait grimper le prix des denrées alimentaires. Les mauvaises récoltes en Amérique du Sud et les problèmes en chaîne d’approvisionnement ont réduit les stocks de céréales et d’oléagineux. Le prix des huiles végétales a également atteint des niveaux records. La Russie et l’Ukraine constituent les deux grands exportateurs de blé, le cours du blé atteint un niveau record depuis 2008, il a déjà doublé au Maroc. Les perturbations inévitables sur le marché du gaz et des engrais auront des conséquences catastrophiques ainsi que des répercussions importantes sur les producteurs. Ce qui risque d’accélérer l’inflation et entraîner de graves conséquences sur les populations importatrices de marchandises alimentaires à faibles revenus entraînant un accroissement de la malnutrition et compromettant la sécurité alimentaire mondiale. Le risque nucléaire n’est donc pas le seul risque à prendre en compte. 

En effet, la mer Noire permet à l’Ukraine et la Russie de jouer le rôle des plus importants fournisseurs de céréales et d’oléagineux (12% du commerce mondial). L’Afrique du Nord et le Moyen Orient sont particulièrement visés par ce risque d’insécurité alimentaire car 50% de leurs besoins en céréales et une grande partie du blé et de l’orge viennent d’Ukraine et de Russie. L’importation de maïs, par exemple, qui reste très important durant le printemps jusqu’au début de l’été transite principalement par Odessa. Il faut donc prévoir des conséquences sur la possibilité d’acheminer la production agricole ukrainienne, notamment lorsque les infrastructures portuaires et ferroviaires seront endommagées. La guerre en Ukraine va déplacer 1.5 à 5 millions de personnes ce qui entraînera également une crise alimentaire majeure en Europe.    

Les conséquences d’approvisionnement en gaz (20% du commerce mondial et 40% du commerce européen) ne doivent pas seulement être appréhendées en termes de conséquences sur le marché allemand. Ici aussi dans un monde interdépendant, les conséquences d'approvisionnement en chaîne sur le tiers monde seront importantes : l'augmentation du prix des engrais azotés (15% du commerce mondial) et du potasse (17% du commerce mondial) aura un impact sérieux sur les importations dans les pays en développement, particulièrement pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. Il est donc crucial de veiller à ce que les sanctions contre les oligarques russes aient le moins d’incidence possible sur les pays du tiers monde dépendant des exportations russes, notamment sur l’exportation des denrées alimentaires et des engrais. Il faut des mesures de compensation et d’atténuation afin de minimiser les dégâts collatéraux.    

Sur le plan géopolitique, la guerre et les sanctions économiques vont menacer les partenariats acquis par la Russie ces dernières années, surtout si les partenaires risquant des sanctions analogues à celles que subit la Russie. Les sanctions ciblées contre le régime doivent prendre garde de ne pas prendre la population russe qui n’a rien demandé pour cible mais également prendre en compte les effets en cascades sur les pays dépendants de l’économie russe.

Comme l’a montré Piketty, la richesse en Russie est concentrée dans les mains des 1% les plus riches, 60 % de cette richesse est offshor (10% du PIB), principalement détenu en Suisse et dans d’autres paradis fiscaux comme Chypre. Le gel des capitaux peut facilement être contourné par les oligarques. Il faut donc saisir directement le capital oligarchique. En effet, le pouvoir oligarchique en Russie comme en Occident est une véritable menace sur la démocratie et sur la paix. Cette plus-value excessivement excédentaire, hors de toute proportion, fruit de la corruption, du vol, de l’exploitation éhontée doit être socialisée pour reconstruire l’Ukraine mais aussi pour atténuer les effets des sanctions sur les populations qui en subissent les conséquences. On sait où se trouve ce capital, il est temps de la saisir. C’est l’occasion historique, alors que nous nous trouvons aux bords d’une guerre mondialisée en Ukraine, de mettre en place un cadastre financier international (Global financial Register) par la prise de contrôle par la puissance publique des dépositaires généraux privé (Clearstream, Eurostream, Depositary Trust Corporation, etc.).

On sait que les grandes fortunes européennes dont les intérêts sont liés aux oligarques russes et chinois partagent une même idéologie hyper-capitaliste et un même système légal, fiscal et politique. Cette prospérité gargantuesque, cannibale, obèse des multi-milionnaires depuis 1980-1990, permise par la libre circulation des capitaux sans contrepartie fiscale et collective, produit les guerres, elle en est la condition de possibilité. C’est donc à ce système hyper-capitaliste de contournement de l'impôt qu’il faut s’attaquer. Le débranchement des banques russes du réseau Swift est une mesure extrêmement mal ciblée. En outre, les sanctions commerciales seront instrumentalisées par un régime à bout de souffle pour reconquérir une légitimité, comme ce fut le cas après la crise de 2014. Nous ne sommes pas en guerre contre le peuple russe qui est notre allié dans cette lutte contre les oligarchies mondialisées. Nous n’avons aucune raison de sanctionner les entreprises russes et occidentales ordinaires pour protéger le capital oligarchique et nous payerons cher le prix néfaste de ces sanctions sur les salariés. Les actions fiscales doivent se concentrer sur la mince couche des multimillionnaires sur laquelle s’appuie le régime. Piketty propose de ponctionner le capital de plus de 10 millions d’Euro, ce qui représente 20.000 personnes avec un taux de 10 à 20 % et de geler le reste à titre conservatoire. Nous avons ici une possibilité historique de combattre la guerre et sa logique mortifère par une réelle politique de réparation. C’est et ce sera un casus belli.                 

Justice et protection des civiles 

Nous sommes très inquiets du tour belliciste que prend la guerre de Poutine en Ukraine pour l’Europe. Nous comprenons très bien pourquoi les autorités ukrainiennes appellent les combattants étrangers et pourquoi elles ont besoin de soutien militaire. Nous pensons cependant que face à la folie, à la conquête sans négociation de Poutine, les Européens ne peuvent se lancer dans une guerre ouverte avec Poutine. Des négociations sont en cours entre autorités russes et ukrainiennes sous la médiation Biélorusse, on parle de “cessez le feu”. Les Européens et Macron en particulier doivent renforcer cette négociation. Zelensky a déjà mis sur la table la prolongation du statut de “neutralité” de l’Ukraine à l’égard de l’OTAN. Cette négociation doit être couplée par la mise en place de zones d’exclusion militaire pour protéger les civils.  

Si la Russie bloque au Conseil de Sécurité de l’ONU, comme ils l’ont fait en Syrie, ce qui est également évidemment le cas pour l’Ukraine et ce qui restera le cas, les Européens doivent envoyer leur propre force humanitaire : une aide médicale et logistique aux frontières européennes de l’Ukraine, avec présence de la Croix Rouge, des casques bleus pour renforcer les couloirs humanitaires, la protection et l’évacuation des civils et imposer des zone d'exclusion aérienne. Les Européens en tant que force humanitaire de protection des populations civiles ont tout le droit international avec eux. Face à la folie atomique de Poutine ce n’est pas avec un excès, voire une débauche de virilisme guerrier que l’on aidera les Ukrainiens. L’Europe n’a rien à tirer d’une guerre ouverte avec ce fou de Poutine mais elle peut faire la différence sur le plan de l’aide et la protection des civils ainsi que sur celui du respect du droit international. 

Les crimes de guerre Russe et ceux de l’OTAN doivent être jugés sur le même banc, celui d’une Cour pénale internationale.  

Les Syriens comme les Ukrainiens gardent les preuves des crimes de guerre russe, comme les Irakiens ou les Afghans ont gardé ceux de l’OTAN. Les crimes contre l’humanité réalisés par Poutine ne doivent pas venir occulter ceux de l’OTAN. Nous n’avons pas d’alternative sérieuse à proposer à l'expansionnisme Russe et Chinois. C’est pour cette raison que les populations soumises à leurs impérialismes ne peuvent plus entendre nos critiques contre l’OTAN tourner à vide. 

   Auteurs :

Amara Anas

Martin Vander Elst

Marianne Van leeuw Koplewicz

Selim Blieck

Signataires :

Victoria Cornut

Jérôme Tellier

Ana-Maria Voicu

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Écologie : encore tout à prouver
Le remaniement ministériel voit l’arrivée du novice en écologie Christophe Béchu au ministère de la transition écologique et le retour de ministres délégués aux transports et au logement. Après un premier raté sur la politique agricole la semaine dernière, le gouvernement de la « planification écologique » est mis au défi de tenir ses promesses.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal — Histoire
De Gaulle et la guerre d’Algérie : dans les nouvelles archives de la raison d’État
Pendant plusieurs semaines, Mediapart s’est plongé dans les archives de la République sur la guerre d’Algérie (1954-1962), dont certaines ont été déclassifiées seulement fin 2021. Tortures, détentions illégales, exécutions extrajudiciaires : les documents montrent comment se fabrique la raison d’État, alors que l’Algérie célèbre les 60 ans de son indépendance.
par Fabrice Arfi
Journal — Société
Maltraitances en crèche : le bras de fer d’une lanceuse d’alerte avec la Ville de Paris 
Eugénie a récemment raconté à un juge d’instruction le « harcèlement moral » qu’elle estime avoir subi, pendant des années, quand elle était directrice de crèche municipale et qu’elle rapportait, auprès de sa hiérarchie, des négligences ou maltraitances subies par les tout-petits.
par Fanny Marlier
Journal — Justice
Affaire Darty : cinq mises en examen pour blanchiment et association de malfaiteurs
En juillet 2021, Mediapart révélait un système d’encaissement illégal d’argent liquide au sein du groupe Fnac-Darty. Depuis, quatre directeurs de magasins Darty et un directeur régional ont été mis en examen. Selon de nouveaux documents et témoignages, de nombreux cadres dirigeants du groupe auraient eu connaissance de ces opérations réalisées dans toute la France, au-dessus des seuils légaux. 
par Nicolas Vescovacci

La sélection du Club

Billet d’édition
La révolution, le martyr et l’avenir
Comme toute chose périssable, une Révolution peut-elle vieillir ? Au rendez-vous des célébrations décennales, elle est convoquée au gré des humeurs présentes. La Révolution se met à la table des incertitudes du moment, quand elle n’est pas mobilisée en morphine mémorielle afin d’endormir les espérances d’émancipation encore vivaces.
par Amine K.
Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
[Rediffusion] Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet de blog
Abd el Kader au Mucem : une vision coloniale de l'Émir
La grande exposition de l'été du Mucem est consacrée à Abd el Kader, grand résistant algérien à l’invasion coloniale. On pourrait y voir le signe d'une avancée dans la reconnaissance du caractère illégitime de l'entreprise coloniale. Il n'en est rien. Derrière une beauté formelle se dissimule la même vision coloniale du « bon » rebelle Algérien, à l'opposé des « mauvais fellaghas » de 1954.
par Pierre Daum
Billet d’édition
Le purgatoire de grand-père
Dès les premiers instants au camp de Saint-Maurice-l’ardoise, grand-père s’isola. Près des barbelés, les yeux rivés vers l’horizon. Il se rappelait l’enfer. La barbarie dont il avait été témoin. Il avait vu le pire grand-père. La mort qui l’avait frôlé de si peu. Ils avaient tous survécu. Ses enfants, son épouse et lui étaient vivants. Ils étaient ensemble, réunis. C’était déjà un miracle.
par Sophia petite-fille de Harkis