Manuel Valls, futur Orban?

Valls saisit au bond la sortie d'Elisabeth Badinter sur la "mode islamique" pour lever l'étendard de la lutte contre le "salafisme". C'est maintenant clair, la question identitaire sera pour lui l'un des enjeux majeurs de l'élection de 2017: " Bien sûr, il y a l'économie et le chômage, mais l'essentiel, c'est la bataille culturelle et identitaire".

Mois après mois, Valls construit sa posture "identitaire". A chaque nouvelle prise de position, on pouvait se demander : jusqu'où ira-t-il ? Aujourd'hui, cela devient clair. Il saisit au bond l'interview d'Elisabeth Badinter sur la "mode islamique" pour lever l'étendard de la lutte contre le "salafisme" et affirmer que la question identitaire sera l'un des enjeux majeurs de l'élection de 2017: "Bien sûr, il y a l'économie et le chômage, mais l'essentiel, c'est la bataille culturelle et identitaire".

Il affirme donc ouvertement aujourd'hui ce dont beaucoup soupçonnent l'exécutif depuis un an : tenter de faire oublier ses promesses non tenues et de masquer son échec sur le terrain économique et social, en faisant monter les enchères sur le terrain des "valeurs". Et faire mine de répondre ainsi à une inquiétude des Français tout en asphyxiant la Droite par une triangulation décomplexée.

C'est cette martingale des "culture wars" qui avait permis à Bush junior sa réélection, face à John Kerry en 2004. Et Valls, tout en déclarant soutenir Hollande pour 2017, ouvre dès maintenant une campagne de "guerre des valeurs".

La quasi-unanimité de la classe politique, de Mélenchon à Le Maire, et à l'exception notable de Bayrou, appelle au combat contre la "mode islamique" à l'unisson de Badinter et Rossignol. Cela en dit long sur le potentiel de cette croisade.

Tous ces gens ont-ils donc perdu la raison ? Ils continuent à exorciser le FN mais ils basculent massivement sur la défense identitaire contre l'islamisation, tout cela au nom d'une République laïque dont ils oublient les fondements. Ils suggèrent ainsi d'où viendra le vrai vainqueur de cette guerre des valeurs. Ce ne sera pas Marine Le Pen, pour qui l'origine douteuse, non-républicaine, de son parti, constitue un plafond de verre.

Non, le vrai candidat sera un émule de Viktor Orban, issu du monde politique respectable de la République, qui saura surfer hardiment et habilement sur la vague qui monte, pour capter l'angoisse populaire.

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