Le discours d’Emmanuel Macron devant le Parlement iranien

Contrairement aux informations de ces derniers jours, le Président français n’aurait pas reporté sa visite en Iran. Pour répondre à l’urgence de la situation créée par les troubles actuels et leurs possibles répercussions internationales, Emmanuel Macron aurait choisi de brûler les étapes et de se rendre dès cette semaine à Téhéran.

Emmanuel Macron aurait donc fait le voyage de Téhéran à la place de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui devait initialement le précéder. Il aurait tenu à s’adresser aux parlementaires iraniens au cours d’une réunion extraordinaire du Majlis samedi soir. Seule la transcription officieuse de son discours nous serait parvenue, dont voici le verbatim.

 Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de m'accueillir et je remercie le Président Rohani d’avoir permis cette rencontre sans protocole. 

Il y a quelques jours encore, j’ignorais que je me trouverais aujourd’hui devant votre assemblée. Comme vous le savez, une visite du Président de la République française à la République islamique d’Iran était prévue de longue date, pour préserver l‘esprit de l’accord international sur le nucléaire dont nos deux pays sont signataires, et pour aider à sa mise en œuvre.

Cependant, les événements dramatiques que connaît actuellement votre pays, et qui endeuillent les familles iraniennes, ne nous semblaient pas permettre cette visite d’Etat. C’est pourquoi mon gouvernement et moi-même avions envisagé de la reporter à un moment plus favorable.

Et pourtant, c’est justement pour que les morts de ces derniers jours puissent ne pas avoir été inutiles que j’ai décidé de venir en Iran dès maintenant. Cette visite n’est donc plus celle qui avait été convenue, et ce n’est pas en tant que signataire d’un traité mais avant tout en tant qu’ami du peuple iranien que je veux vous parler aujourd’hui.

En m’adressant à vous, Mesdames et Messieurs, je n’ignore pas que le rôle du Majlis dans la République islamique d’Iran n’est pas le même que celui de nos Parlements européens. Cependant la diversité est grande entre les traditions politiques de ces mêmes pays, et c’est au nom de cette diversité que je tiens à vous dire ceci : ce n’est pas à nous, Français et Européens, de choisir à la place des Iraniens le chemin qu’ils pourront suivre vers la liberté et la justice.

Deux fois déjà au moins dans le passé, nous le savons, le peuple iranien a été empêché de prendre ce chemin par l’intervention de puissances extérieures. Vous-mêmes ne l’avez certes pas oublié, mais il est bon de le rappeler pour les nouvelles générations de nos pays. 

Le premier Majlis élu a été écrasé sous les obus du Tsar de Russie et ses principaux leaders ont été massacrés en juin 1908, avec le soutien de certaines puissances européennes, en particulier la Grande Bretagne. 

Par la suite, le gouvernement démocratiquement élu du Docteur Mossadegh a été renversé en août 1953 par un coup d’état, inspiré et organisé par les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

Les usages diplomatiques ne doivent pas nous interdire de reconnaître franchement ces faits, car nous devons les avoir en mémoire pour ne pas commettre aujourd’hui les mêmes fautes.

Nous savons aussi que le chemin vers la liberté et la justice a été long et difficile pour tous les peuples qui l’ont trouvé, et qu’aucun de ces peuples ne peut être assuré de les conserver sans lutter pour elles. 

Il nous a fallu, à nous Français, près d’un siècle pour établir durablement notre République, au prix de crises violentes et de guerres, civiles et extérieures. Il en a été de même dans bien d’autres pays. Ces malheurs, ces deuils et ces destructions auraient-ils pu être épargnés à nos peuples, si leurs dirigeants avaient su prendre le risque du changement quand il le fallait ? Nous devons le croire, si nous voulons garder l’espoir.

 Ce que je veux donc vous dire aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, comme je l'ai dit au Président Rohani, c’est que les véritables amis de l’Iran peuvent avoir devant la situation actuelle une double exigence.

- Une exigence pour eux-mêmes. Ils ne doivent pas interférer dans les efforts du peuple iranien pour trouver son propre chemin vers la liberté et la justice. Les événements qui ont lieu en ce moment dans votre pays ne doivent pas être un prétexte à l’intervention de puissances étrangères pour servir leurs propres intérêts. La France usera de toute son influence pour convaincre les autres européens de partager cette exigence et de s’opposer à de telles interventions, ouvertes ou voilées.

- Une exigence vis-à-vis de votre gouvernement. Si nous ne voulons pas entraver les efforts des Iraniens pour résoudre leurs problèmes nationaux, nous condamnons sans réserve les violations des droits humains dont le gouvernement iranien pourrait être tenu pour responsable dans le traitement de ses citoyens, en particulier lorsque ces citoyens exercent leurs libertés fondamentales d’expression, de manifestation et de revendication. 

Ayons en mémoire nos expériences, les échecs comme les réussites des uns et des autres. Prenez le risque des réformes économiques et politiques nécessaires pour répondre aux aspirations légitimes de ce peuple iranien qui vous a élus. 

Il n’est pas besoin pour cela de chercher à imiter tel ou tel modèle. Rien ne dit que la République islamique d’Iran ne pourra trouver, dans l’expérience historique et l’héritage spirituel des Iraniens, des solutions à ses problèmes politiques et sociaux conformes aux droits humains reconnus aujourd’hui par la communauté des nations

Mesdames et Messieurs, je vous souhaite de réussir dans cette entreprise, et je vous remercie d’avoir écouté les paroles d'un ami soucieux de nos intérêts communs. 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.