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Billet de blog 22 janv. 2023

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Guérilla narrative : de quoi la « théorie du genre » est-elle le nom ?

« La théorie du genre », un terme sans cesse rabâché, sujet de tous les débats. À tel point que dans les médias traditionnels, il n’est pas question de parler de genre sans y apposer la mention « théorie » - et ce, même si les protagonistes ne s'opposent pas aux thèses des études de genre.  Focus sur l’histoire d’une expression réactionnaire entrée dans le langage courant.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

1. Concept introduit par l'Église dans les années 90 

La “théorie du genre” ou “idéologie du genre” est un terme apparu au sein des réseaux catholiques dans les années 90. Il a été, dans un premier temps, largement diffusé par le Vatican au début des années 2000, pour lutter contre l’ouverture du mariage à toustes. 

Ancré dans une vision essentialiste de l’humanité, cette création discursive a un objectif politique. Elle vise à lutter contre la nouvelle vague de politisation de l’ordre sexuel. Notamment contre certaines formes de liberté procréative, de transformation des modèles familiaux, d’égalité de considération entre des personnes de genre et d’orientation sexuelle variés, etc. En somme, on parle de “théorie du genre” pour lutter contre les droits des LGBTQI+ et affirmer le caractère supposément naturel de la division binaire (homme/femme) de la société.  

2. De l’ordre naturel divin à l’ordre logique issu du “sens commun”

Très vite, le concept de “théorie du genre” a été repris par les franges conservatrices et réactionnaires de plusieurs pays européens et latino-américains, au-delà des sphères d’influence catholique. Selon David Paternotte, « pour ces mouvements en effet, la liberté de remettre en question l’identité sexuelle peut être interprétée comme l’avatar d’un libéralisme sauvage, d’un progressisme devenu fou, ou encore d’une décadence de la culture occidentale ».

C’est ainsi que des dirigeants comme Donald Trump, Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro ou Viktor Orbán ont fait du “genre” l’ultime épouvantail, sensationnel et menaçant. Leurs prises de position ont sécularisé “la théorie du genre” et l’ont introduite sur la scène médiatique grand public en l’ancrant dans le “sens commun” hétéronormatif. 

En France, ce sont deux débats publics qui ont introduit le terme “théorie du genre” dans l'espace médiatico-politique. Le premier, c’est celui des sensibilisations aux discriminations LGBTQI+phobes dans les écoles qui a créé une panique morale abondamment relayée. Le second, c’est bien évidemment, le mariage pour toustes qui a cristallisé des haines et des prises de positions allant du parti Les Républicains - autrefois nommé l’UMP - jusqu’aux franges les plus extrêmes de la droite.

Aujourd’hui, ce terme est encore largement utilisé par les politicien·nes réactionnaires - et notamment Éric Zemmour - dans le cadre du retour d’une mobilisation grandissante contre les préventions contre les LGBTQI+phobies dans les établissements scolaires. 

3. Une volonté de discrédit de l’influence grandissante des études de genre

Une telle diffusion est regrettable et nous éloigne des débats politiques que nous devrions avoir sur les moyens de lutter contre les oppressions sexistes et LGBTQI+phobes. En effet, en concentrant le débat autour de la croyance ou non à cette “théorie du genre”, on ne parle pas du reste.

Pourtant, l’émergence du concept de “théorie de genre” est directement liée à la montée en influence de savoirs minoritaires. Et sa permanence dans la sphère médiatique confirme que des acteurs marginaux ont pu acquérir une place dans le débat public et faire entendre des propositions de projets sociaux dénaturalisant les normes de genres pour les historiciser et mettre en lumière leur rôle et pouvoir politique. 

Preuve que les luttes pour nos droits ont un impact et qu’il faut les intensifier encore et encore pour que nous soyons justement considéré·es. Alors chaque fois que nous entendrons “théorie du genre”, nous affirmerons le ridicule de cette expression et nous en profiterons pour affirmer la nécessité du concept de genre pour faire un monde où chacun·e peut vivre dignement.

Sources : 

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