heureux êtes-vous qui n'avez pas encore lu un seul mot de "KAROO"

parceque vous avez entre les mains 650 pages d'une écriture féroce, lucide,scalpélisée, insoutenable, et surtout belle à mourir et que je voudrais être à votre place.

Parcequ'il y a de la beauté,(pas seulement dans l'écriture) à l'état pur dans ce... allez n'ayons pas peur, chef d'oeuvre.

Karoo

 

Karoo est un pleutre, un salaud, un vendu, un ventru, un perdu, un déchu,  un menteur imbibé de bloody mary et de gin tonic.

Karoo est encore plus pourri que ça dans un milieu (le cinéma) qui génère pas mal d'abrutis, mais jamais à aucun moment on arrive à le haïr.

On ne fait que frémir au fil des pages devant la chronique d'un chaos tellement bien  annoncé, dont il est impossible, et pas très heureux de vous faire le résumé .

on s'impatiente, on ri, qu'est ce qu'on ri, on a peur, on crie, on l'engueule, on s'enfonce avec lui, la tête dans les épaules à l'approche des coups qui ne vont pas manquer d'arriver.

Pourquoi cet attachement qui vous laisse orpheline la dernière page tournée ?

pourquoi cette dévoration, (je l'ai lu en 2 soirs) cette adoration ?

En fait Karoo est lucide, il voit sa femme, sa mère, son boss comme ils doivent  être vus. Et de cette lucidité excude une forme d'amour à l'état pur pour toute l'humanité et aussi, tardivement,  pour lui même.

Lucidité et amour qui lui font reconnaitre du premier coup d'oeil la beauté ou personne ne la voit (lisez bien la description de tous ses personnages, il n'y a  toujours une touche gracieuse même chez les plus monstrueux).

Et surtout, il s'immole sur l'hôtel de la vie, sans principe de précaution (à part une tentative avortée d'assurance maladie.. oh oh la scène chez le toubib de l'assurance !) Karoo n'a pas peur, et dans cette sphère bien pourri du cinéma des années 80, notre héros n'a pas le choix.

Et je vous laisse découvrir, bande de petits veinards quelle forme prendra sa rédemption.

 Vertigineux.

Comment l'amérique, de plus en plus calibrée a-t'elle donné naissance à ce fou de vie ?

C'est bonne nouvelle.

La mauvaise  c'est que l'auteur, Steve Tesich est mort quelques jours après avoir écrit la denière page.

Pas de point à la ligne.

Un chant du cygne.

(Karro, éditions "Monsieur Toussaint l'Ouverture", une 20aine d'Euros, 650 p. belle surprise aussi cette édition)

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