SEPT (Toulouse, Montauban, meutres)

Sept...ils étaient sept à tomber sous les balles à Toulouse et Montauban: Arieh, Gabriel, Myriam, Jonathan, Abel, Mohamed, Imad.

Des enfants, des adultes de confession juive, musulmane et catholique.

Des enfants, des adultes ayant croisé sur leur route, un homme dont la foi, radicalisée, érigée en idéologie dogmatique, s'est muée en arme à feu.

 Sept comme le nombre de planètes, de jours de la semaine, symbole du temps de la création dans la Genèse.

C'est au septième jour que Dieu Se repose, Se ressource dans la contemplation de Sa création... Sept est le symbole de la perfection ou encore de l'unité de l'être humain.

 Sept c'est également les sept mers, les sept cieux, les sept portes, les sept divisions de l'Enfer...

...Le claquement des balles résonne tel celui d'une de Ses portes qui se referme avec effroi sur nous. 
L'onde de choc des projectiles bousculant, dilatant l'espace déchire le temps. 
Cet acte posé, horrible par son affront fait à l'être humain dans ce qu'il a de plus précieux, la vie, c'est le trou d'air qui nous happe dans le néant de l'angoisse. L'aspiration qui fait surgir aux racines de la conscience l'indubitable désespoir d'être humain. Le vortex de la confusion, de l'incompréhension, de la déréalisation fait s'entrechoquer présent, futur, passé. Rien n'a de sens, tout est chaos.

L'Enfer d'ordinaire insaisissable prend la forme d'une réalité cauchemardesque, inacceptable. Notre psyché, déchiquetée sous l'impact des balles, saigne sa totale impuissance face à cet inconnu.

Emportée dans un rapide insatiable qui m'entraine vers l'abîme de la néantisation créé par la main d'un autre, par son désir, j'essaie de m'agripper à la branche du mien pour ne pas être engloutie...Submergée par mes émotions nées de son désir de destruction, je m'arrime à mon désir de création! De son chaos je tente de faire émerger mon sens...

...Sept se pourrait-il être le symbole d'un chaos organisateur d'une autre temporalité, d'une nouvelle spatialité pour l'humanité? Le signe de l'aboutissement d'un cycle, d'un passage angoissant du connu à l'inconnu?  Cet inconnu qui me fait si peur, qui vient fracturer mes repères...

A cette effraction faite à mon intimité je tente de réfracter du sens pour panser ma psyché.

Arrêter l'hémorragie en pensant la plaie narcissique faite également à l'humanité. 
Oui, ici et maintenant! Urgemment! 
Elle vient d'être violemment, soudainement blessée par une de ses parts mêmes qu'elle nourrit en son sein, la plus obscure. 
Transfusons lui du sens pour ranimer l'autre part, la lumineuse, aspirée vers les confins ténébreux de la haine et de la vengeance. 

Mais qu'est-ce qui peut faire sens?

 Sans foi mais pas sans Loi, je n'en trouve qu'un qui soulage ma condition humaine et pense mes blessures: l'Amour.

L'Amour comme isthme reliant les deux parts d'une même entité, l'humanité, et qui m'empêche de sombrer dans les tourbillons du néant.

L'Amour qui me permet d'exister bien plus qu'en tant qu'être vivant.

L'Amour comme unité de ma psyché qui me fait advenir sujet, le sujet que je suis, un sujet toujours en devenir.

 Sept, c'est le nombre de jours depuis ce drame qu'il m'a fallu pour écrire...ici et maintenant.
 .SC.

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