Le Woleu-Ntem peut-il être un bastion inexpugnable de l’opposition ? La question vaut son pesant d’Owone (arachides), d’autant plus qu’à en croire les djihadistes, la province septentrionale serait acquise totalement à l’opposition et qu’en 2016, elle fera le plein pour le compte de ladite opposition.
Le premier critère qui guide les tenants de cette thèse, c’est la langue. Pour eux, c’est un atout majeur. C‘est vrai que le Haut‐Como, l’Okano, le Woleu, le Ntem et le Haut‐Ntem, disons que dans les cinq départements de cette province, la langue parlée est essentiellement le fang. Le partage de cette langue est un facteur de rapprochement indéniable.
Mais cette langue est aussi partagée dans d’autres provinces : l’Estuaire, l’Ogooué‐Ivindo, le Moyen‐Ogooué et dans une moindre mesure, l’Ogooué‐Maritime. Si les théoriciens de l’opposition se basent sur le fait majoritaire et tribal, il n’y a pas de doute que leurs prévisions pourraient se révéler exactes en 2016.
Seulement, le Gabon n’est pas constitué que de Fang. Et même entre eux, ils ne sont pas unanimes. Les intérêts des uns et des autres pourraient influencer les choix selon que l’on soit de Mitzic ou de Medouneu. Donc, sur ce point rien n’est tangible et les supputations des djihadistes ne reposent sur aucun socle unitaire solide pour amener toute la communauté fang à voter pour un candidat présenté par ce groupe ethnique, majoritaire soit‐il.
Il suffit de voir comment ils s’étripent pour le poste de Premier ministre qui leur est désormais acquis, depuis que le président de la République a décidé de rompre avec la tradition des PM issus de l’Estuaire. Ceux qui sont censés défendre les intérêts du PDG et donc du régime, entravent de par leurs actes, l’avancée de ce parti dans leur province.
Cette guerre de chefs woleuntémois n’augure pas d’une cohésion nationale de ce groupe ethnique susceptible de remporter la victoire politique que représente l’élection présidentielle. Et même si par extraordinaire cela se produit, les autres communautés du pays ne verraient pas d’un bon oeil cette posture hégémoniste donc propice à une confiscation du pouvoir et l’exclusion des autres communautés du pays dans la gestion de la chose publique.
Le discours tribaliste de l’opposition est donc en porte‐à‐faux avec les déclarations d’unité nationale et de paix que veulent faire accepter à l’ensemble du pays les opposants au régime d’Ali Bongo Ondimba. D’un autre côté, que deviennent dans ce contexte sulfureux Za‐charie Myboto, Jean Ping, Jacques Adiahénot, Rougou et les autres non‐ Fang qui sont dans l’opposition ?
Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’accepteront jamais de jouer les faire valoir et les seconds couteaux pour qui que ce soit. C’est dire le marasme dans lequel se trouve aujourd’hui l’opposition.
Tout compte fait, c’est une option coincée entre l’option d’une prise du pouvoir à tout prix, en se fondant sur une majorité ethnique virtuelle, et la nécessité de changer de discours pour espérer s’attirer les faveurs des autres composantes ethniques du pays. Cela explique suffisamment le fait pour eux de banaliser la récente tournée du Pr Daniel Ona Ondo dans le Woleu‐Ntem justement.
Ceux qui estiment que cette tournée a été un « fiasco », savent d’où vient le danger. Il ne saurait venir de Daniel Ona Ondo, qui n’a été que l’émissaire du chef de l’Etat. En tenant un autre discours aux populations du Woleu‐Ntem, le Premier ministre a élargi le champ de compréhension et d’appréhension de la politique déployée par le chef de l’Etat.
Lorsque quasi clandestinement, on va voir les vieux au village pour leur dire qu’Ali est mauvais, il faut bien démontrer preuve à l’appui ce qu’il a fait de mauvais. Or, Ona Ondo est parti expliquer que malgré tout, la politique impulsée par le chef de l’Etat depuis bientôt cinq ans, porte des fruits. Et les propagateurs de fausses nouvelles, savent qu’ils sont contrariés ici de fort belle manière.
Seule solution, tourner en dérision le PM, qui vient là de marquer un coup contre les délateurs et les menteurs qui peuplent l’opposition. Finalement, au fur et à mesure que l’on avance vers 2016, les arguments des djihadistes deviennent de plus en plus fallacieux au point de se muer en vains slogans tribalistes et dangereux pour la cohésion nationale. Le peuple commence à comprendre…