Au nom des enfants, les Oubliés de la République

Nous sommes des mères, victimes de violences conjugales, reconnues par la justice pour certaines. Nos enfants, témoins des violences psychologiques, physiques et économiques, sont aussi des victimes à part entière. Bien que nous ayons réussi à quitter nos compagnons violents pour nous protéger avec nos enfants, notre cauchemar n’a pourtant jamais cessé.

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Bien que nous ayons réussi à quitter nos compagnons violents pour nous protéger avec nos enfants, notre cauchemar n’a pourtant jamais cessé. Quand nous avons dénoncé les violences conjugales, la présomption de mensonge a alors pesé sur nous, et quand nous avons essayé de protéger nos enfants, nous n’avons pas été entendues.

Nos vies sont autant d’impasses, toutes désastreuses. Nous sommes contraintes soit de respecter les droits de garde de pères dangereux, soit de voir nos enfants placés dans des foyers exposés aussi à la violence, ou encore de voir la garde transférée au père violent, car nous sommes presque toujours considérées de manière infondée, responsables d’alimenter le conflit parental et de mettre en danger nos enfants. Comment croire que nous n’aurions pas préféré que nos enfants aient des pères bienveillants. 

La réalité est encore plus monstrueuse : 60% de ces pères violents sont également violents avec leurs enfants. 

Mais quand nous signalons les maltraitances et les violences sexuelles de ces pères sur nos enfants, nous devenons aussitôt suspectes, accusées d’instrumentaliser la parole de nos enfants. Nos plaintes et les signalements de professionnels sont quasi systématiquement classés sans suite. Et cela même lorsque le corps médical a constaté des lésions génitales, des marques de coups ou lorsque les dessins et les témoignages de nos enfants ne laissent aucun doute, ni leurs révélations à des tiers... Nous vivons une double peine. Nos enfants alors qu'ils ont eu le courage de briser le silence et de réclamer leur défense sont condamnés à leur tour. Lorsque nous refusons de présenter nos enfants pour les protéger, nous risquons la prison (certaines d’entre nous ont été en garde à vue et condamnées), nous risquons le désenfantement (on nous enlève nos enfants et eux sont privés de leur parent protecteur). En contrepartie celui qui a été clairement désigné comme étant leur tortionnaire, lui, jouit d’une impunité scandaleuse.  Mettez-vous deux secondes à la place de l’horreur que peuvent vivre les enfants dans de telles situations ?

Nous avons peur pour nos enfants et oui, nous craignons maintenant la justice. Nos enfants ne sont pas protégés et nos agresseurs instrumentalisent leurs droits parentaux pour maintenir leur accès à leurs proies.

Combien de temps encore les enfants victimes de violences doivent-ils continuer à subir ce despotisme, à souffrir en silence ? 

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