Connie Hedegaard: «Les hommes ne vont pas se bousculer pour céder leur place aux femmes!»

Connie Hedegaard, 49 ans, Danoise, commissaire européenne au climat. Interview. Ministre de l'écologie dans son pays, elle a travaillé comme journaliste avant d'embrasser une carrière politique. Elle est aujourd'hui membre du Parti conservateur populaire, commissaire européen au climat dans la Commission Barroso II et a présidé la Conférence de Copenhague (Cop 15) en décembre 2009.

Connie Hedegaard, 49 ans, Danoise, commissaire européenne au climat. Interview. Ministre de l'écologie dans son pays, elle a travaillé comme journaliste avant d'embrasser une carrière politique. Elle est aujourd'hui membre du Parti conservateur populaire, commissaire européen au climat dans la Commission Barroso II et a présidé la Conférence de Copenhague (Cop 15) en décembre 2009.

Est-ce que le fait d'être une femme joue un rôle dans votre quotidien de commissaire ?

Cela ne fait que deux mois que j'occupe ce poste. Vous êtes ce que vous êtes, je ne crois pas que le fait d'être un homme ou une femme joue un quelconque rôle en politique. Nous vivons au 21è siècle, dans un contexte où les deux sexes doivent être complémentaires et travailler ensemble. Certes, il peut y avoir des différences, notamment dans la manière dont les femmes mènent une discussion.

Avec seulement neuf femmes nommées commissaires, la parité homme/femme n'est pas vraiment respectée par la Commission Barroso II...

Neuf femmes sur vingt sept membres, cela fait un tiers et c'est déjà bien. La moitié serait évidemment mieux mais regardez la sphère politique, c'est l'univers dans lequel vous trouverez la plus large représentation de femmes. Prenez les conseils d'administration des banques ou les 100 businessmen les plus puissants en Europe, il n'y a pas un tiers de femmes représentées ! Il est important d'être conscient de cela : en politique comme ailleurs, qu'il s'agisse du sexe, du background, du parcours professionnel, plus il y a de diversité, mieux c'est.

Pourquoi y a t il si peu de femmes aux postes à responsabilité de l'UE ?

Lorsque je passe dans les halls d'entrée du Parlement européen, je regarde toujours la série de portraits de politiques ayant marqué l'UE qui sont accrochés au mur. Je dois dire que neuf femmes nommées sur vingt sept commissaires est un progrès par rapport à ce qui était pratiqué auparavant. Si les dirigeants masculins sont de plus en plus conscients qu'ils doivent donner leur chance à des femmes ambitieuses et motivées, les femmes aussi doivent se battre pour obtenir cette chance là. Parfois ce sont elles qui mettent en avant d'autres priorités dans leur vie que le travail. Et il est évident que ce ne sont pas les hommes qui vont se bousculer pour leur céder la place. Le cliché de la « nice girl » des années 60, bien élevée et qui reste à sa place, a encore la peau dure. Parfois les femmes se montrent trop modestes par rapport à leurs capacités ou possibilités, tandis que les hommes n'hésitent jamais à demander une promotion...Lors de mes conférences sur l'égalité des sexes, j'encourage les femmes à ne pas hésiter à se lancer ou à prendre confiance en elles.

Pensez-vous que les institutions européennes peuvent être qualifiées de « machos » ? Avez-vous eu des problèmes dans votre carrière pour vous imposer ?

A 23 ans, je travaillais comme assistante parlementaire [en 1984, Connie Hedegaard devient la benjamine du Parlement danois] et je n'avais aucun problème eu égard à mon sexe. C'est toujours agréable d'avoir des jeunes filles qui débutent en politique. Mais plus on grimpe les échelons vers des postes-clés, plus les choses se compliquent : les règles du jeu changent. Et beaucoup de femmes se disent qu'entrer dans ces luttes de pouvoir n'en vaut finalement pas la peine, que c'est stupide. Je suis très heureuse avec ce que j'ai. A 29 ans, je suis devenue porte-parole d'un parti politique et j'ai vu que le jeu était différent. Ainsi il faut veiller à ce que le contenu de votre mission, surtout si elle implique des responsabilités, ne soit pas dilué parce que vous êtes une femme. Il faut se battre. Peu importe vos sentiments personnels, il y a des choses que vous devez défendre.

Si vous pouviez changer quelque chose dans l'UE, ça serait quoi ?

La façon dont l'UE communique avec les citoyens. Je crois qu'au lieu de mettre en avant des images superficielles du pouvoir type grosses voitures, lauriers, prix, il faudrait expliquer et montrer concrètement les changements que l'UE apporte dans leur vie quotidienne. Et je crois que la différence entre les sexes sur cet aspect peut se révéler fondamentale.

Si vous pouviez définir l'Europe en 3 mots ?

Histoire et valeurs communes. Ne pas perdre d'influence. Collaborer encore plus étroitement entre nous.

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