Apollon 13

« Le traître dans la famille européenne, c'est la Grèce, » pointe d'un majeur rageur une Aphrodite narquoise en couverture de l'hebdomadaire d'outre-Rhin, Focus. Qui ne lésine pas sur le chapeau offensif : « et que dire de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal ? ».

« Le traître dans la famille européenne, c'est la Grèce, » pointe d'un majeur rageur une Aphrodite narquoise en couverture de l'hebdomadaire d'outre-Rhin, Focus. Qui ne lésine pas sur le chapeau offensif : « et que dire de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal ? ».

Si la Commission Barroso Bis ne pipe mot, la presse teutonique se déchaîne cette semaine : vacheries et autres perfidies médiatiques s'enchaînent à propos des mesures d'austérité mises en place pour lutter contre l'endettement public « katastrophal » du Péloponnèse.

Mais qu'est-ce qui a rendu nos voisins germains, d'ordinaire paisibles, voire apathiques, si belliqueux ? « Les retraites, ducon ! » (sic), croit savoir Charlemagne's Notebook. Oui, « le généreux système de retraite en Grèce est la seule raison des venimeuses attaques des Allemands.» Car d'Hambourg à Münich, on quitte la vie active bien plus tard que dans le grand Sud. Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, la pilule de la retraite dorée des seniors est dure à avaler : « les Grecs manifestent aujourd'hui dans les rues pour protester contre le passage de la retraite de 61 à 63 ans. Cela signifie t-il que les Allemands devraient cesser de travailler désormais à 69 et non plus 67 ans, afin que les Grecs puissent profiter de leur système (...) ? A ce taux, les Allemands vont bientôt regretter le Deustche Mark. »

Si les politiciens outre-Rhin restent plutôt discrets sur la désastreuse gestion des fonds publics de leurs homologues athéniens, les gazettes locales jouent avec bonheur aux Pythie de comptoir. « L'Allemagne va devoir supporter le boulet de dettes de la Grèce...mais personne n'ose le dire aux contribuables allemands, » relève gracieusement Der Spiegel. La Grèce en grève générale, ses petits voisins européens entendent bien lui emboîter le pas : touteleurope.fr rappelle qu' « après une mobilisation sans précédent des aiguilleurs allemands, les fonctionnaires grecs sont rejoints par leurs collègues du secteur privé, les travailleurs espagnols ou encore les agents de l'aviation civile française pour protester contre des mesures nationales à résonance ou origine européenne. »

Entre deux grèves nationales, pas question de rester inactif. Le gouvernement Papandreou vient ainsi de passer une nouvelle loi sur l'immigration, « un gros dossier », souligne A Fistful of Euros. « La mesure devrait permettre aux enfants d'immigrés de déposer un dossier pour obtenir la nationalité grecque. Près de 10% de la population grecque est d'origine étrangère et 20% de la population active. » L'assouplissement de la législation sur l'immigration provoque déjà l'ire des nationalistes de la presqu'île qui accusent copieusement Athènes de « vouloir diluer l'hellénisme ».

Exit Zeus, qui doit se retourner dans son temple, seul un demi-dieu peut encore nous sauver et c'est Dany ! C'est ce que prétend Julien Frisch et au vu de la vidéo inoubliable de son discours au Parlement, à défaut de relever l'Europe exsangue, il la rend hilarante.

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