Du bon usage des vœux de fin d'année : retrouver une France indépendante dès que possible !

Dans le grand empire US, le souverainisme est aujourd'hui une idée révolutionnaire

Les vœux de fin d'année dans le cadre amical ou familial, qu'ils soient présentés oralement, par voie écrite ou via internet, rapprochent et souvent réchauffent les individus. Qui n'a pas sacrifié à cette « liturgie » ou a évité de s'y conformer ? Chacun peut alors mesurer la densité des liens qui l'enracinent dans l'existence des autres, et y trouver l'image d'un équilibre essentiel par un constat simple : autour de lui, des gens un instant cessent de penser seulement à eux pour inclure l'autre dans leur vision d'un avenir commun le meilleurs possible. C'est une espèce d'immense prière mutuellement propitiatoire donc, qui sourd du corps social et fait office d'affirmation solidaire de la part de citoyens soudain plus proches, ou réalisant l'importance de relations parfois distendues.

Les vœux sont dans notre société l'expression ineffaçable de la fraternité nécessaire, concept qui a largement déserté la vie professionnelle et sociale quotidienne avec la « modernité » que l'on nous assène depuis des décennies médiatiquement, professionnellement , et qui imprègne mécaniquement la vie de la Cité.

 

A contrario, à l'ère médiatique, si l'on quitte le milieu familial et amical, les voeux ont un défaut majeur, celui de permettre aux personnels politiques, confessionnels et aux représentants du monde économique ou à leurs vassaux, de dessiner un avenir conforme à leurs dessins ou d'argumenter pour permettre à cette nouvelle année de se matérialiser aussi conformément que possible à leurs souhaits. Les souhaits des « décideurs » sont en effet éminemment politiques, reflétant des intérêts parfaitement discernables construits autour de projets très concrets et pas forcément vertueux. Les vœux sont alors un simple discours de pouvoir. Chacun à ce titre est libre d'analyser l'allocution du président de la République du 31 décembre 2015 comme une expression aboutie de cette pratique.

 

On pourrait donc risquer que les vœux irriguant la société dans sa sphère intime sont bienvenus, et que les autres, officiels, empreints de la pompe des pouvoirs en place, doivent être généralement compris comme la « continuation de la politique par d'autres moyens », en l'occurrence ceux de l'émotionnel, de l'empathie, voire hélas d'une fraternité d'estrade, qui alors peuvent être vécus comme une manipulation de plus à laquelle les « grands médias » nous ont habitués.

 

Il faut donc, comme l'alpiniste, dépasser le plafond nuageux des « voix autorisées » pour tenter d'apercevoir le soleil d'un devenir historique possible et supportable à court et moyen terme.

 

Le chemin le plus simple pour se hisser jusqu'à l'altitude nécessaire à la lucidité et avec elle, à la capacité d'un optimisme raisonné, est celui de l'Histoire.

 

 

 

L'UE est la créature des Etats Unis d'Amérique

 

 

 

En ce début du XXIe siècle, l'Histoire doit encore beaucoup au XXe siècle. Ses blessures majeures, inlassablement, alimentent de fait maints discours officiels et « experts ». On abuse ainsi des références aux grandes tragédies du siècle passé pour masquer la réalité des mesures qui nous sont imposées (l'UE serait la paix et la prospérité) ou instrumentaliser de tragiques actes de terrorisme (limitation généralisée des libertés publiques au motif de la lutte contre le fanatisme islamique assimilé à un danger fasciste). C'est mettre la peur au centre de la vie politique, et donc empêcher le débat en étouffant la vie démocratique, avec l'appui massif de la grande presse.

 

Que nous dit l'Histoire, notamment le terrible XXe siècle, entre autres enseignements ? Par exemple que la parenthèse communiste, qui a structuré la vie de la planète de 1917 à 1989, a été au final une tentative de mondialisation idéologique et économique née en rupture avec le monde libéral ou féodal environnant, qui s'est épuisé peu à peu du fait d'une vision de l'humanité erronée et de son impuissance à trouver un modèle économique alternatif et efficace au monde capitaliste. En outre, comme le relevait Jacques Sapir dans l'un de ses billets (blog russeurope »), la politique de l'URSS en Europe s'est traduite par exemple par l'application du concept de « souveraineté limitée » des états du bloc de l'Est européen, ce qui la rapproche fâcheusement de l'actuel projet européen, et constitue un cruel constat pour l'UE, parangon officiel de la démocratie.

 

 

 

Fragilité des constructions multinationales

 

 

 

C'est l'occasion aussi de constater que toutes les constructions politiques artificielles se sont effondrées au XXe siècle. Premiers dans la liste, l'Empire Austro Hongrois, et l'Empire Ottoman. Puis, d'un même pas, le bloc de l'est, l'URSS elle-même, et la Yougoslavie. Le général de Gaule avait prévu la disparition de l'URSS. A cet égard, la « construction européenne », projet pour l'heure plus ou moins abouti de la diplomatie de Washington, en pleine crise, peut faire figure de future candidate à l'effondrement. Elle s'inscrira probablement dans la liste des échecs politiques majeurs qui, tous, ont eu le grave défaut de nier ou d'abaisser les états, ou les « nationalités » au profit d'un centre, pôle national exerçant la suprématie dans son aire impériale.

 

L'UE en outre a le défaut supplémentaire de porter le projet de monnaie unique mal pensé, mal construit. Or, au-delà des « vices de fabrication » de l'Euro, l'histoire de long terme montre que la monnaie, consubstantielle aux états, n'est pas viables quand elle n'est pas l'expression d'une volonté commune, d'intérêts communs et d'une économie cohérente supposée générer l'outil monétaire qui lui permet d'exister face aux autres puissances avec ses faiblesses (et les dévaluations qui vont avec) et ses forces enracinées dans la souveraineté de l'état dont elle est l'expression.

 

Un état a besoin d'une monnaie. Une monnaie ne peut pas survivre sans un état.

 

Sans la maîtrise de sa monnaie ni celle des flux de capitaux, la France, comme les autres membres de la zone Euro, est dépourvue de toute défense contre la concurrence sauvage des pays à bas coût de main d'oeuvre et face aux délocalisations industrielles. La crise mondiale va en outre induire la crise allemande, dont les exportations s'affaiblissent, et ce pays leader va bientôt partager une partie au moins des soucis liés à l'Euro, du fait du prix de ses exportations vers des clients appauvris par exemple. Sans frontières, dépourvue d'une véritable unité administrative ou économique irréalisable, l'UE est de toute évidence un monstre institutionnel.

 

On doit donc supposer que la construction européenne sous sa forme actuelle est, de toute évidence, compromise à terme (rapproché?), et tant pis pour les « européistes » fanatisés, pour les idéologues qui les suivent ou les précèdent en produisant des discours de peur, et pour ceux qui vivent matériellement de l'Europe communautaire et de la diffusion des idées qui en principe l'illustrent mais souvent la travestissent.

 

 

 

La mondialisation est d'abord le fait des Etats Unis

 

 

 

L'existence de l'UE doit tout à un état, les Etats Unis, qui l'ont pensée pendant le second conflit mondial, avant même juin 1944. L'UE elle-même est organisée autour de la suprématie allemande, premier couteau du parrain d'outre atlantique. Les pays de l'UE vendent leur souveraineté pour permettre à deux pays, dont la superpuissance américaine, d'imposer leur loi du plus fort en associant à leur entreprise les élites nationales concernées et les forces qu'elles représentent et défendent. L'intérêt général n'entre en rien dans ces calculs égoïstes.

 

Etats Unis et Allemagne sont eux-mêmes les bras armés de l'oligarchie économique et financière mondialisée, mais imposent leurs vues aux pays occidentaux en tant qu'états primordiaux dans la défense des intérêts dont ils sont actuellement l'expression. La machine de guerre US sécurise (en principe!) le tout.

 

Les classes dominantes européennes nourrissent de toute évidence avec leur politique d'austérité et de désindustrialisation un clivage grandissant entre « le peuple » et ses élites. Cette dynamique est génératrice de l'ambition « populiste » qui consiste en la volonté de rendre aux citoyens la maîtrise de leur destin face à une classe dirigeante vécue de plus en plus comme étrangère aux intérêts nationaux, et donc illégitime. L'exaspération de l'opinion, avec l'aide attentionnée des grands médias, fait le lit de l'extrême droite. (Pour poursuivre cette réflexion, le blog de Jacques Sapir cité plus haut, et celui de l'UPR de François Asselineau).

 

On peut donc supposer que, à la faveur d'un problème majeur, nouvelle crise économique mondiale, aggravation des flux de migrants en Europe, tensions majeures en Ukraine ou clash non maîtrisé en Syrie (etc...), toutes les belles constructions nées du rêve impérial des Etats unis et de l'ambition de domination mondiale de la finance occidentale qui leurs est liée, s'écrouleront dans une proportion notable, provoquant un désordre et un chaos qu'il faut bien évidemment redouter.

 

 

 

Formuler des vœux : exercice redoutable, mais bienvenu

 

 

 

En ce début 2016, difficile donc à priori de trouver de bonnes raisons de se réjouir. Crise économique, monétaire, financière mondiale, crises sociales, sociétales sur fond de tensions internationales opposant par exemple l'OTAN à la Russie et à la Chine, bien des voyants sont au rouge. Tout bouleversement de la situation actuelle aura probablement un prix. Mais à contrario, nous payons un prix grandissant, et exorbitant, à la mise en œuvre de cette Europe des financiers et des commerçants. Cela peut-il continuer ainsi, avec une lente et inexorable paupérisation matérielle, un recul sans précédent de l'Etat de droit et des services publics au profit des intérêts privés, la mise en pièce du droit du travail, un chômage en croissance constante, la mise en cause violente de nos libertés individuelles, ou notre engagement sans fin dans des conflits extérieurs qui accroissent le danger d'attentat pesant sur la France ?

 

Si toutes les réponses sensées à ce désastre économique et stratégique, véritable drame dans l'histoire de la France, seront coûteuses, il faut choisir celles qui sont porteuses d'un avenir acceptable, et tourner le dos à notre lent retour au XIXe siècle, chemin sur lequel la Grèce précède les autres états membres de l'UE au nom de la « modernité ». En terme de « coût » pour la société française, rien ne serait pire que poursuivre sur la même voie, symbolisée par le masque souriant de M. Macron, porteur de si vieilles idées. Une solution donc : recouvrer notre souveraineté et restituer aux citoyens leur véritable liberté de décision.

 

 

 

Des raisons d'espérer du mieux

 

 

 

Avec une vision de moyen terme, on peut constater une stabilisation de la puissance US sur le plan géopolitique, même si la prépondérance économique et militaire des Etats Unis paraît plus ou moins se survivre, non sans à-coups. Cela signifie sans doute la naissance d'un monde multipolaire, qui échappera à l'emprise d'un seul « patron » et de ses stratégies impériales propres et débouchera peut-être sur des relations internationales plus équilibrées pour l'Europe ou se qui en tiendra lieu. L'UE mal en point, empêtrée dans l'ordolibéralisme teuton, les contraintes de l'Euro, dévorant ses enfants comme elle l'a fait de manière exemplaire avec la Grèce, incapable de s'affirmer à l'ombre des Etats Unis sur la scène internationale, ballottée par des centaines de milliers de migrants mis en branle par la Turquie à laquelle elle fait risette sur fond de tensions avec la Russie, a les traits caractéristiques d'un système en bout de course.

 

Mais, suivant une fois de plus les Etats Unis, les pays européens se sont forgés souvent en collaboration avec ces derniers un tissu médiatique aux ordres, qui compense par son travail quotidien la perte de crédibilité de gouvernements sans pouvoirs. L'une des dernières béquilles du système, ce sont en effet les « grands médias »(dont l'essentiel est aux mains des puissances d'argent), dont la collusion avec les pouvoirs en place est patente.

 

Le seul vœu réaliste dans une période aussi dangereuse et inégalitaire est en conséquence de souhaiter que les peuples européens reprennent leurs destins en main, en exigeant que leurs gouvernants agissent dans l'intérêt de leurs pays, dans le cadre de relations internationales mutuellement avantageuses. Dans le grand empire US, le souverainisme a à présent la force d'une idée révolutionnaire et libératrice. Il est légitime de souhaiter aux Français une France libre et souveraine, et d'espérer qu'entre la droite et l'extrême droite, ils finiront par trouver la solution politique qui leur fait tellement défaut.

 

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