2e tour des présidentielles: deux choix irrecevables

 

Il est extraordinaire, dans notre « démocratie » de constater au grand jour et très concrètement la fracture que représente l'opposition saisissante entre mondialistes (versus européistes) soudés en un bien étrange « front républicain » qui réunirait les « gens raisonnables », et vilains souverainistes, dont le FN fait mine d'être. Premier point essentiel avant de poursuivre, si le FN était si dangereux pour la République, les soutiens de M. Macron qui ont pour beaucoup été à un moment ou autre « aux affaires », (dont M. Hollande), auraient dû l'interdire. M. Macron, ministre, eût pu lui-même proposer, si elle était fondée, une telle décision de l'Etat. Ils ne l'ont pas fait ou n'ont en rien contribué à la prise d'une telle décision. Ces gens dénoncent donc aujourd'hui un danger qui n'en est réellement pas un. On appelle cela de l'enfumage.

 

 

Le FN très utile aux européistes

 

 

 

Côté mondialistes, se retrouvent donc la grande majorité des élites politiques qui nous ont menés où nous en sommes depuis une trentaine d'années, de M. Hue (!) à M. Madelin en passant par MM. Raffarin, Fillon , Sarkozy etc.... Ils devraient être totalement disqualifiés, mais non, ils plastronnent et nourrissent, avec un talent de comédien touchant, le grand chant du « faisons barrage ».

 

Rappelons donc que les politiques menées depuis 1983 ont provoqué un chômage et une paupérisation grandissants. Ne trouvant pas de réels relais politiques chez les « grands partis » tous acquis à l'ultralibéralisme, nombre de citoyens en difficulté ont peu à peu fait du FN un « grand parti », qui au départ était un groupuscule, et qui doit tant à M. Mitterrand.

 

On peut donc affirmer que le FN est à la fois le produit des politiques menées, et un outil habilement fabriqué pour figurer un (terrible) danger permanent, surtout au moment des élections, parfait repoussoir susceptible de favoriser la poursuite de ces mêmes politiques désastreuses.

 

Les « grands médias » pour leur part se démènent en essayant de terroriser le bon peuple avec des histoires « d'années sombres », de fascisme, de liberté menacée, de démocratie en danger, comme en 2002 quand il s'est agi de « sauver » M. Chirac qui ne courait aucun danger. Plus les accusations infamantes de xénophobie ou d'islamophobie pour quiconque s'interroge concrètement sur le devenir de la France dans le cadre d'une présence musulmane importante, dont beaucoup de Français qui veulent simplement vivre en paix.

 

A présent, un incroyable martèlement de l'opinion se déchaîne encore et encore, illustré également par l'appel de plusieurs présidents d'universités à voter Macron (où est le devoir de neutralité des fonctionnaires?) ou par Greenpeace accrochant sur la tour Eiffel une banderole allant dans le même sens. On n'a jamais vu ça ! C'est l'hystérie politiquement correcte, et donc vertueuse.

 

 

 

« La souverainiste » en lice, un superbe bouc émissaire

 

 

 

Quiconque sait ce qu'est le fascisme ou le nazisme tels que l'histoire les a illustrés, s'apercevra vite que traiter le FN de parti fasciste ou évoquer l'accession d'Hitler au pouvoir à propos de Mme Le Pen est au mieux une erreur, au pire une manipulation. Chacun peut ainsi aller par exemple sur le site de Claude Rochet ( http://claude-rochet.fr ) pour se faire une opinion intellectuellement sérieuse sur le sujet. Tout livre d'histoire bien fait fera également l'affaire pour dégonfler cette honteuse propagande qui vise à manipuler les consciences. Rien dans l'histoire du FN ne peut autoriser à l'assimiler à un parti fasciste au sens historique du terme, si les mots ont encore un sens.

 

Par ailleurs, le souverainisme de Mme Le Pen vaut celui de M. Mélenchon. Il est contestation de la problématique européenne en trompe l’œil (site www.upr.fr), UE dont par ailleurs Mme Le Pen ne veut pas réellement sortir, non plus que de l'Euro. Voilà une inquiétante contestataire!

 

Précisons enfin que les discours sur l'immigration et « la France aux Français » contreviennent absolument aux traités européens, ce que tout le monde feint d'ignorer, et que toute renégociation de ces traités est impossible avec la règle de l'unanimité. Tout cela sent la démagogie à plein nez.

 

 

 

Mondialistes : un argumentaire déplorable

 

 

 

On nous promet le chaos si Mme Le Pen est élue, alors que nous y sommes, sur le plan économique, social, sociétal, sécuritaire, sur fond d'austérité impitoyable pour le monde du travail dont la précarisation et l'abaissement économique et social n'épargne plus depuis longtemps les cadres de tous niveaux. Ce qui favorise aussi le racisme et la recherche de victimes expiatoires encouragés par les terribles attentats islamistes.

 

L'absence de libertés réelles est un fait acquis si l'on en juge par la police de la pensée omniprésente dans la presse écrite audiovisuelle ou télévisée, avec en outre la loi sécurité, l'état d'urgence sans fin, le flicage internet etc... Tout est en place pour un état autoritaire qui dirait son nom, quel que soit le prochain président. Merci au passage à M. Hollande et à ses amis, ces grands démocrates.

 

Avec l'UE, la démocratie en France n'est plus qu'un vain mot. Les grandes décisions régaliennes ont été transférées à la Commission européenne, véritable inspiratrice de la loi El Khomri, qui aurait pu s'appeler « loi Macron ».

 

Les classes moyennes et intermédiaires vont subir l'ubérisation notamment prévue dans les GOPE (grandes orientations de politique économique) définies par Bruxelles avec la complicité de M. Hollande et de.. M. Macron, qui doit parfaitement connaître ce document qui définit sa future politique si il est élu. (ce document lui doit-il quelque chose?)

 

On peut railler le programme de Mme Le Pen, et craindre fortement celui de M. Macron qui poursuit le travail « fructueux » de MM. Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, soutenu par toute la technostructure qui a rendu possible ce projet objectivement totalitaire qu'est l'UE, dont la naissance doit tout aux Etats Unis, et qui est actuellement sous domination allemande.

 

 

 

Les « grands médias » n'informent plus, ils « éduquent »

 

 

 

Comment vendre un M. Macron en tant que nouveau venu, alors qu'il a été totalement solidaire d'un système dont il est l'un des acteurs (ne jamais oublier son rôle de banquier d'affaires à la banque Rothschild, de conseiller auprès de M. François Hollande, de ministre de l'industrie de ce dernier ou la domiciliation de son mouvement « En marche » chez un proche du Medef), en gommant de main de maître les dramatiques résultats de ces politiques?

 

Par « grands médias » interposés bien sûr, dont l'essentiel est aux mains des grands oligarques, soutiens résolus de M. Macron (les services publics d'information sont sur la même ligne, l'Etat étant au service des nouveaux féodaux). La presse dite officielle se lamentait il y a peu à propos de la concurrence des réseaux sociaux souvent vecteurs d'une information différente, craignant l'affaiblissement de son influence sur l'opinion. Force est de constater que son pouvoir de persuasion pèse encore (trop) lourd.

 

Quand on sait que M. Macron, quasiment inconnu quand il a rejoint M. Hollande a en l'espace de quelques mois quasiment conquis la présidence de la République, sans même jamais avoir affronté une élection, on doit être inquiet d'un système qui se prétend démocratique et donne des signes visibles de totalitarisme « soft », mais si puissants.

 

Il paraît que le nombre de voix pour un candidat lors d'un scrutin dépend de la fréquence de sa présence dans les médias écrits ou non. Cela paraît confirmé. Sur ce plan, M. Macron a « cartonné » !

 

Car si d'aventure le FN représentait un danger « fasciste», ce qui est une ineptie, la manière dont M. Macron a été « vendu » aux électeurs peut passer pour une entourloupe (qui équivaudrait selon certains commentateurs à un coup d'état ou à un « putsch du CAC 40 »), signé par un système devenu tyrannique. Souvenons-nous du référendum sur le TCE en 2005 et de ce qu'il advint de la décision d'une majorité de Français. En haut lieu, on a tiré les leçons de l'épisode du TCE. Comme l'a affirmé Mme Royal à la BBC, plus question de référendum sur l'UE en France (visible sur le Net).

 

 

 

Le totalitarisme « new age »

 

 

 

On peut donc penser que le totalitarisme existe bel et bien, qu'il est à l’œuvre depuis pas mal de temps du fait de nos faux démocrates et véritables représentants de l'oligarchie. Ingrédients parmi d'autres pour ce brouet indigeste : faire peur grâce au FN, masquer les enjeux (UE, Euro, libre échange etc...), créer des synergies puissantes parmi les « élites » politiques, médiatiques, universitaires, dans le monde du show bizz, avec l'appui d'au moins une ONG mondialement connue, sur fond de matraquage droitdelhommiste ininterrompu sur la durée, et de brutales mais peu médiatisées mises à l'index des acquis sociaux voués à la destruction dans cette UE faite pour les oligarchies mondiales.

 

On se retrouve peu ou prou en France dans le système Clinton, qui privilégie les puissances financières en faisant mine de défendre (ce que l'on appelle encore) « les droits de l'homme », avec l'antiracisme, le multiculturalisme et en organisant dans les faits la destruction de l'économie et de la société française. L'appui de M. Obama à M. Macron est là pour le prouver une fois encore (Voir qui en Europe s'est félicité de la victoire de ce dernier).

 

Quand ceux-là mêmes, syndicats et médias compris, qui ont combattu la loi El Khomri, se rangent du côté de son promoteur, avec tous les initiateurs et les profiteurs des dérives ultralibérales qui abîment notre pays depuis si longtemps, on peut être inquiet.

 

Le succès éventuel de Mme Le Pen ne remettrait en rien en cause le fond de ces politiques, la défense de l'UE et de la mondialisation, mais priverait certains caciques du monde politique et sans doute médiatique de quelques privilèges. Voilà en réalité tout l'enjeu réel de ce scrutin en toc, qui signe clairement la mort de la démocratie dans notre pays. En attendant qu'au nom du vote utile, on nous invite aux législatives à donner une majorité à M. Macron si il est élu, ou une fois encore à faire barrage à Mme Le Pen.

 

Seule lumière dans l'obscurité : cette campagne a au moins permis de populariser la problématique UE. Laissons infuser. Décidément, la France est malade.

 

 

 

Lire aussi: http://russeurope.hypotheses.org/ Sécessions

 

par Jacques Sapir ·

 

 

 

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