Élections, idéologie : les manipulateurs ne se cachent plus

 

La manipulation délibérée et intentionnelle du comportement et des attitudes des masses est un élément essentiel de l’Entreprise Démocratie. Des organisations travaillant dans le secret, dirigent les processus sociaux. Ce sont les gouvernement réels dans notre pays..
Ces mots sont ceux du fameux propagandiste Edward Bernays (le neveu de Freud), qui a brillamment fait carrière aux Etats Unis, illustrant pleinement cette affirmation dans le cours de cette dernière.

 

Nul doute que l'Europe, si proche de son grand allié (« il n'y a rien entre eux, même pas une chemise »!), affiche aujourd'hui des caractéristiques proches de celles de son puissant patron, ce que tendrait à prouver la fabrication du président Macron qui, issu du quinquennat Hollande, a été vendu comme un homme neuf porteur de solutions qu'ils n'avait pas quand il gravitait autour de M. Hollande et était en situation de décider. A moins que l'on considère la « loi El Khomri » ou la vente d'entreprises stratégiques à l'encan comme de lumineuses décisions à porter à son crédit. Mais la situation aujourd'hui, si elle est comparable dans son principe à celle que décrivait M. Bernays, a largement évolué, vers plus d'efficacité peut-être, mais surtout vers plus de « transparence », si l'on ose dire. L'ombre n'est plus si épaisse.

 

La cassure de la société française au grand jour

 

 

 

Le processus électoral autour du candidat Macron, peu connu et sans parti voici un an, paraît être une des meilleures illustrations des manipulations dont parle Edward Berneys.

 

Pourtant, apparemment, les successeurs de M. Berneys ont fait mieux, en perfectionnant les mécanismes de formatage de l'opinion tout en affichant leur appartenance de classe et leurs options géostratégiques sans complexe aucun.

 

Certes, si on est certain que des think tanks travaillent « dans le secret », si il est sûr que nul compte rendu des rencontres du « Siècle » où M. Pujadas par exemple aurait ou aurait eu ses habitudes n'est publié, si rien de précis ne transpire des rencontre de Bildelberg ou des agapes annuelles des « grands de ce monde » à Davos, ou bien si on doit souligner la discrétion des Young leaders qui se vantent peu d'être des agents de l'influence US en Europe, si enfin rien de bien précis ne nous est rapporté concernant les multiples officines aux Etats Unis ou en Europe qui matérialisent des stratégies politiques visant à conforter le pouvoir des grandes oligarchies mondiales, chacun peut à présent se douter que toutes les décisions ne sont pas prises par les seuls personnels politiques.

 

Et tout porte à croire surtout en ces temps européistes, qui font de l'UE le bras séculier des Etats Unis sur le continent eurasiatique, que les responsables susceptibles d'être élus dans les pays occidentaux sont le plus souvent soigneusement choisis au cours de tractations discrètes entre « gens biens », dont on retrouve quelques spécimens par exemple du côté du MEDEF.

 

On sait en France que MM. Minc et Attali sont de ces « deus ex machina » qui cachent peu leur influence et leur pouvoir (souvenons-nous de M. Attali annonçant bien en avance la candidature et le succès de M. Macron après avoir pour M. Sarkozy présidé la commission « pour la libération de la croissance » qui porte son nom et à laquelle était associé... M. Macron).

 

Mais, si l'on ose dire, il y a pire.

 

Quasiment tous les journaux, les responsables religieux, un nombre étonnant d'universitaires (qu'est devenu leur devoir de neutralité?), de grands syndicats et jusqu'à Greenpeace ont appelé à voter pour M. Macron.

 

Parallèlement, si l'on regarde le scrutin de deuxième tour de près, M. Macron a été élu avec une majorité très relative, qui pondère l'influence des élites sur la société (Chiffres et extraits tirés d'un article de Jean-Yves Jézéquel pour http://www.mondialisation.ca):

 

 

 

sur 47.568.588,00 d’inscrits (chiffre Ministère de l'Intérieur).

 

L’abstention s’élève à 25,44% des inscrits. Ce qui donne : 12.104.636,00 inscrits. Les votes blanc et nuls s’élèvent à 12% des votants. Ce qui donne : 4.265.171,00 votants. Les abstentions ajoutées aux votes blancs et nuls, donnent le chiffre de : 16.369.807,00 voix.

 

Les voix prises en compte dans l’élection s’élèvent donc au nombre de : 31.211.311,00.Marine Le Pen a fait 33,90% des voix exprimées. Ce qui donne : 10.580.634,00 voix exprimées

 

Les voix exprimées restantes pour Emmanuel Macron s’élèvent donc au nombre de : 20.630.677,00 voix exprimées. 66,10% de 31.211.311,00 = 20.630.677,00 voix exprimées.

 

Le site du Ministère de l’Intérieur donne le chiffre de : 20.753.798,00 voix pour Emmanuel Macron. (…) Le nombre de Français inscrits et ayant le droit de vote et qui n’ont pas choisi Macron pour président, s’élève donc à : 27.013.925,00 citoyens.

 

Une majorité de Français n’a pas voté Emmanuel Macron. (...)

 

Si en outre, une partie des électeurs de M. Macron (une petite moitié d'après un sondage) l'a choisi pour faire barrage à Mme Le Pen et non pour son programme, la minorité est encore à minorer. Ainsi apparaît clairement une cassure entre ce qu'il est convenu de nommer « l'establishment» et le reste de la population, moins perméable qu'il n'y paraît à ce qu'il faut bien appeler une propagande sans fard. Certains parlent de « coup d'état » à propos de cette présidentielle manipulée à un point inouï. Ont-ils vraiment tort ?

 

Avec l'UE, plus besoin du secret !

 

Edward Berneys serait sans doute admiratif devant les progrès accomplis par ses héritiers idéologiques. Tout d'abord, aux Etats unis, comme en Europe, la grande presse appartient à des oligarques, elle est donc aux ordres de ces derniers, et, en tout état de cause, la corporation des journalistes pense généralement le monde à peu près de la même manière quel que soit le « grand support » qui les emploie. Le « ministère de la propagande » n'a plus lieu d'être. Comme le dit M. Mélenchon, chaque journaliste paraît habité par la doxa, qu'il décline ainsi tout seul comme un grand en guise d'évidence à toute contestation de l'ordre établi. Qui parmi eux se souvient encore des principes posés par la Charte de Munich de 1971 ? Mystère.

 

Pourtant, en dépit des progrès accomplis en matière de « gestion des consciences », des « accidents » se produisent, M. Trump aux Etats Unis, le Brexit en Europe. En France, la maison paraît mieux gardée. Depuis M. Mitterrand, aucun président n'a démérité aux yeux des grandes puissances économiques et financières matérialisées par la puissance US et la tutelle allemande sur l'UE.

 

MM. Sarkozy et Hollande ont illustré cette vassalisation de la France jusqu'à la caricature. Mais mieux encore, M. Junker a affirmé que les traités européens, pensés et construits dans le dos des citoyens, priment sur le choix des électeurs. Autrement dit, la démocratie n'existe plus, et c'est officiel. Et quand par accident les citoyens votent mal comme en 2005 à propos du TCE, on contourne leur choix pour leur imposer ce qu'ils ont refusé par référendum. A quoi bon le secret, puisque « ceux qui ont raison » ont le pouvoir de dire aux autres qu'à l'occasion, ils ont forcément tort !

 

Une grande partie de l'oligarchie française actuelle est née des privatisations opérées par les gouvernements successifs depuis 1983. Elle est aujourd'hui pleinement intégrée aux oligarchies mondialisées et constitue une partie de l'  « état profond » du pays, qui est apparemment consubstantiel à l'  « état profond » des Etats Unis, version Clinton/Obama (pour M. Trump, cela reste à voir). On pense là-bas et ici de la même manière les mêmes choses, et on partage la politique dite des « valeurs » généralement sociétales, (anti racisme, multiculturalisme, droits des minorités etc...) et des choix économiques et financiers profondément rétrogrades et antisociaux. Paris est souvent à ce titre une périphérie de Washington, l'osmose entre les deux capitales paraissant aboutie. Combien de nos grands journalistes ont-ils d'ailleurs la double nationalité franco américaine ?

 

Aussi a-t-on vu la grande presse française prendre fait et cause pour Mme Clinton, et M. Obama féliciter M. Macron après avoir encouragé les Français à voter pour lui. Ainsi voit-on la russophobie US relayée par nos « élites » qui ont adopté le discours anti russe que partage à présent l'Occident, ce qui fait de l'Europe, accueillant de plus en plus de troupes US avec leurs matériels, un possible champ de bataille si tout cela tourne mal à l'issue d'une provocation de trop de la part de l'OTAN. Qui s'en émeut ?

 

La finance commande le monde occidental, les citoyens sont des cautions

 

Nul besoin de chercher la main de comploteurs aguerris derrière les manipulations qui affaiblissent et tuent la démocratie pour promouvoir éternellement des politiques contraires à l'intérêt du plus grand nombre au profit d'une poignée de féodaux tout puissants.

 

Pour ce qui est de la France, M. Mitterrand a recréé ces féodaux via les privatisations, lesquels ont acheté les grands médias, et veillent à « tenir » le monde politique qui leur mange dans la main. Européistes, les politiques, M. Mitterrand le premier, ont donc suscité un socle économique et idéologique de combat constitué de ces nouvelles puissances privées qui, à leur tour, se sont affirmées en un pouvoir surplombant la décision politique, en poursuivant la fuite en avant dans la mondialisation dont l'UE est une émanation.

 

Belles stratégie gagnante pour les privilégiés, terrible désastre pour la France. Toutes les décisions stratégiques en politiques sont prises en fonction de considérations comptables et de « gain de compétitivité », à l'exclusion de tout souci social, ce qui explique grandement l'interminable crise financière et sociale qui ne pèse que sur... la majorité de la population. Pour les autres, tout semble aller au mieux. L'exemple grec est l'aboutissement de cette logique ordo-libérale que M. Macron va sans doute aggraver au profit de ceux qui ont déjà beaucoup. Il ne fait pas bon vivre de son travail et n'être dans aucun réseau « gagnant » par les temps qui courent !

 

Ainsi donc, la manipulation continue à se vouloir discrète, mais tout citoyen désireux d'en deviner les contours et les complices est à même d'y parvenir, notamment grâce au Net. Tant que les citoyens se laisseront piéger par des artefacts, primaires, années sombres , danger fasciste, droitdelhommisme, au détriment des vrais problèmes, désindustrialisation, austérité, paupérisation, privatisation, financiarisation, liberté des citoyens, paix, ce cirque continuera. A moins que la grande crise financière et économique dont on parle trop peu ne remette les pendules à l'heure. Mais à quel prix ?

 



 

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