Régionales suite : L'abaissement de la France illustré par celui de ses dirigeants (et de leur « opposition »)

« Le mensonge est leur vérité, le théâtre leur talent, les grands sentiments leur tenue de scène » (auteur inconnu, XIXe siècle, Genève)

 

Un Premier Ministre, dont en principe la fonction est de mettre en œuvre la politique du gouvernement dans le cadre des orientations prises par le Président de la République, est-il dans son rôle lorsqu'il clame urbi et orbi que la victoire d'un parti politique légalement inscrit dans l'  « arc républicain », et donc théoriquement conforme aux valeurs fondamentales qui structurent ce dernier, serait (pour aller vite) en cas de victoire, synonyme de chaos et de guerre civile et ce pour des élections régionales, aux conséquences limitées sur la vie du pays ? Peut-il sans déroger à sa fonction appeler à voter pour des candidats de l'  « opposition républicaine » comme si se présentait dans l'arène électorale un ennemi farouche, déterminé, imprévu et illégalement installé dans le paysage politique français ? Et bien oui. C'était énorme, donc « ça a marché », ceci étant dit sans parti pris pour l'un ou l'autre des protagonistes de cette scénette guignolesque qui ridiculise le combat politique et les enjeux qui devraient aller avec.

 

Si, comme on le suppose, ce Premier ministre est investi des pouvoirs qui lui permettent de conduire la politique de la France, comment peut-il en être réduit à crier au loup alors que, légitimement, en s'appuyant au moins sur sa majorité parlementaire, il devrait être le premier « chasseur de loups » du pays sous la haute autorité de son patron, le Président de la Ve République actuel? N'est-il pas en effet de sa responsabilité de sanctionner, ou de proposer de sanctionner les partis et mouvements susceptibles de mettre en danger la République ?

 

A-t-il au moins entamé une procédure visant à l'interdiction du FN, interdiction qui serait légitime si ce parti représentait tous les dangers qui lui ont été associés le temps médiatiquement honteux d'une campagne électorale détestable?

 

Alors, de deux choses l'une. Ou bien le FN,par son discours, l'idéologie qu'il véhicule et ses modes d'inscription dans la vie politique du pays est incompatible avec l'exercice de la démocratie représentative et ses valeurs, et on le dit, on le clame, tout en mettant en route les procédures conduisant à sa dissolution, et en poursuivant ses dirigeants, convaincus d'attenter par leurs pratiques politiques et leurs objectifs aux fondements de nos institutions.

 

Ou bien les discours enflammés visant à affoler l'électorat en lui dessinant un énorme danger inexistant sont l'expression d'une dérive politicienne, dans laquelle les moyens pour garder le pouvoir ont supplanté les buts que l'on a prétendu poursuivre (le bonheur des gens, la croissance, la lutte contre la finance, la compétitivité et autres billevesées dans la bouche de nos gouvernants).

 

Il y a tromperie et manipulation.

 

 

 

Mensonges : un coup d'état symbolique pour tromper les citoyens

 

 

 

Cet épisode sans gloire, le suffrage universel a été pris en otage pour de basses considérations politiciennes, qui devrait conduire au départ du Premier Ministre au nom de la vertu (hélas supposée) de la fonction politique, est une atteinte très grave aux principes qui fondent et légitiment notre démocratie.

 

La fonction politique, qui s'illustre notamment à travers le travail des élus, du plus petit au plus élevé dans la hiérarchie des responsabilités, est symboliquement l'expression du suffrage universel, ce qui induit, particulièrement pour celui qui en est investi au plus haut niveau, l'onction d'un « sacré républicain » issu des urnes et de la volonté de peuple. Acceptant ce « sacrifice », représenter la volonté du peuple et gouverner en son nom, l'individu qui a choisi cet engagement doit l'assumer par un exercice moralement et politiquement irréprochable de ses responsabilités. Certes, à cette aune, combien auraient mérité de nous diriger ?

 

Mais n'est-il pas temps de dénoncer clairement ces dérives inacceptables de la pratique politique au soir de la Ve République défigurée par tant de réformes qui en ont rendu l'usage si peu vertueux ?

 

L'approche moralisante et grandiloquente qui a marqué les discours du premier ministre entre les deux tours des Régionales, nous montrant comme un prêtre halluciné les portes de l'Enfer en cas de... modeste victoire du FN, est à ce titre d'un cynisme et d'une immoralité achevés. Jouer de la sorte avec la conscience de nos concitoyens est destructeur du contrat social, car ce dernier ne peut vivre sans un minimum de confiance, de respect pour nos édiles, éléments qui fondent leur légitimité. N'ayons pas peur des mots : ce qui se passe sous nos yeux, qui est une tentative bien pensée de tromper le corps électoral et de lui cacher les véritables questions qui devraient être posées aux citoyens, relève d'une symbolique de coup d'état, quand ceux qui ont le pouvoir détournent le fonctionnement normal de la démocratie à leurs propres fins. Mais ce coup d'état « light », aux conséquences concrètes immenses pour le pays, n'est possible qu'avec l'appui et la contribution déterminants des « grands médias ».

 

 

 

  1. Valls ne porte pas seul la responsabilité de cette manipulation de la démocratie

 

 

 

Monsieur le Premier Ministre a-t-il pu développer son déplorable discours d'affolement et de crainte sans l'aval de Monsieur le Président de la République, qu'en la matière on n'a pas entendu précisément ? Si l'on se réfère à la Constitution, cela est impossible. Donc, le président de la République a là encore une nouvelle raison de se démettre.

 

Les raisons précédentes sont l'une morale, avoir tenu un discours de candidature en 2012 immédiatement contredit par ses premiers actes de Président, la seconde morale et de légitimité, son pauvre discours devant le Parlement européen, associant le souverainisme au déclin, contrevenant au statut qui est constitutionnellement le sien (notamment défendre l'indépendance nationale et la souveraineté du pays) et qui plus est hors des frontières nationales. Quitte quand cela est devenu inévitable, à chanter ultérieurement la Nation pour conserver au moins en apparence une stature à la hauteur des tragiques événements que la France a vécu le 13 novembre.

 

Il devient évident que pour l'équipe en place et l'  « opposition républicaine », les manœuvres politiciennes sont à présent la seule et unique stratégie électorale en prévision de 2017, le contenu de la politique qui favorise tellement le vote FN demeurant le même.

 

Le parti socialiste devrait, d'après M. Dray, changer de nom. Avec les Régionales, de grandes manœuvres ont commencé pour remodeler le paysage politique et rapprocher le PS d'une partie au moins des « Républicains » au nom d'un Front républicains qui a été et qui serait une union des partis défendant les possédants contre les autres, comme une union sacrée pour le fric. Si cette analyse se révélait proche de la réalité sur la durée comme elle l'a été entre les deux tours des régionales, on comprendrait à quel point le discours droitdlhommiste (supposé anti FN) est une arme spécieuse aux mains des vrais conservateurs et de leurs médias qui se battent pour maintenir et accroître les pouvoirs déjà exorbitants de l'économie et de la finance contre les droits sociaux et l'indépendance nationale en France, comme en Europe.

 

L'antiracisme et les (vrais) droits de l'homme, dont le droit au travail, à la liberté de vivre sans être espionné, à celle de pouvoir dessiner un avenir à ses enfants (etc...) auraient tout à gagner à être dissociés d'une entreprise de brigandage intellectuel et idéologique conduite par de trop nombreux personnels politiques et médiatiques au détriment de l'intérêt national, des citoyens et de leurs libertés. M. Valls devrait donc être démis de ses fonctions. M. Hollande, protégé par son statut, peut dormir tranquille jusqu'en 2017, espérant sans doute user encore du FN pour assurer son hypothétique réelection.

 

Des manœuvres sont d'ores et déjà en cours pour modifier les règles d'accès aux présidentielles, dans lesquelles le fameux M. Urvoas, défenseur acharné de la loi sécurité, s'exerce une fois encore au nom de l'équité (et donc contre l'égalité) dont l'usage est parfois à déconseiller, et on le suppose pour le « plus grand bien » de la vie démocratique. Que chacun en juge via le lien ci-dessous.⋅

 

Après quelques autres, Le Président de la République et le Premier ministre ont une fois encore abîmé la France. Prétendant combattre le Front National, ils contribuent à le renforcer. Prétendant s'opposer à ses idées, ils en nourrissent la puissance, dopée en l'occurrence par un sentiment d'injustice compréhensible de la part des électeurs frontistes.

 

Ils représentent à eux seuls une bonne raison pour les vrais républicains de toute obédience de s'unir au moins le temps de faire réellement front contre les maux qui nous accablent, par exemple en sortant réellement de l'Euro et de l'UE, rendant de la sorte à la France sa souveraineté. Et en songeant à une réforme drastique de la presse, aujourd'hui prisonnière des puissances d'argent, dont l'idéologie, qui est celle de nos gouvernants et de leurs « opposants », anime aussi le service public d'information.

 

Troquer à l'occasion d'une élection de seconde importance le débat d'idée et la prise en compte des vraies questions que se posent les Français pour une misérable manœuvre politicienne, qui a bénéficié de la complicité active de la pseudo « opposition », voilà où nous en sommes. Le FN n'est décidément pas le seul symptôme de la crise française, qui touche à présent le cœur même de l'identité nationale, à travers la fragilisation sans précédent du personnel politique de notre pays qui, globalement, a abdiqué devant les puissances d'argent dont l'UE est un relais de première importance. Un rapprochement opportuniste « gauche droite » se dessine donc pour mener envers et contre tout la même politique, et faire du FN le seul opposant éventuellement éligible. On ne peut pas mieux adouber ce dernier en faisant mine de le « contenir ». La complicité générale dans cette « entourloupe » de haut vol devient aveuglante. La légitimité des institutions déjà affaiblie ne sortira pas indemne de tout cela. Et il est difficile de voir comment sortir de ce piège à trois bandes, PS-LR-FN.

 

 

 

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Le-PS-veut-moderniser-les-regles-de-la-presidentielle-2015-12-16-1393589

 

 

 

 

 

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