Accueil des réfugiés: vous êtes pour ou contre? L'UE s'en fiche

S'interroger sur le bien-fondé d'accueillir ou pas les foules d'immigrants est inutile. La décision est déjà prise puisque la France a signé l'accord sur la répartition des quotas sans consulter ses citoyens. Reste à savoir ce qui nous attend vraiment après la déplorable négociation-gesticulation avec la Turquie.

 

Cet article est né d'un commentaire de Mme Marielle Billy à un précédent papier que j'ai posté sur mon blog Médiapart, « Pourquoi le multiculturalisme devrait-il être notre horizon imposé ? Pourquoi serait-il « de gauche » ? ». Un extrait de ce commentaire ci-dessous :

.« Je ne prends que cet extrait ; certes votre texte est charpenté par une forte argumentation, tout ce que vous dites ne me choque pas, mais il me semble que vous faites l'économie de quelque chose, assez basique, presque au ras des pâquerettes : le nombre énorme de migrants est une réalité, avant même d'être une question. Par ailleurs, ce phénomène de migration (partout dans le monde) va aller, sans doute, en se développant (songez aussi aux causes climatiques !). Alors ? Vous dénoncez l'approche iréniste d'E. Plenel, je vous rejoins, mais en partie seulement, et pour une raison majeure : rien ne se passe dans l'histoire comme un déroulé lisse et sans conflits. Les rapports de force, ça existe et c'est vain de passer par dessus. Mais vous même vous passez vite par dessus ce "réel" qui est là : un mouvement de migration plus fort que jamais. Que ceci interroge notre sens de la "nation", bien sûr. Alors ? »...

 

Alors ? Un petit tour d'horizon pour se demander si ce type d'interrogation, si légitime, a encore une utilité autre que morale dans le contexte européen, antidémocratique et autoritaire que nous vivons.

 

Premier constat : l'UE ne tient pas compte de l'avis des citoyens vivant dans les états qui la composent, surtout quand ils ne sont pas d'accord avec les politiques de Bruxelles. (On ne peut pas utiliser le terme de « citoyens européens », car il renverrait à un peuple européen inexistant).

 

Au terme d'une comédie de l'urgence, on va sans doute appliquer la politique des quotas, que la France a votée. Si l'on en croit en effet le journal Le Monde du 9 septembre 2015, « Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exhorté mercredi 9 septembre les Etats de l’Union européenne à se répartir d’urgence l’accueil de 160 000 réfugiés, plaidant pour que le Vieux Continent fasse preuve de davantage « d’union ».« C’est 160 000 personnes que les Européens doivent prendre dans leurs bras (…). Ceci doit être fait de façon obligatoire. »

 

Le chiffre de160 000réfugiés résulte de l’addition d’un précédent projet de répartition de 40 000 réfugiés arrivés sur le sol européen et d’une nouvelle proposition d’urgence d’accueillir 120 000 personnes se trouvant actuellement en Italie, en Grèce et en Hongrie. Comme prévu, ces quotas d’accueil placent l’Allemagne en première place (26,2 %, avec 31 443 réfugiés), suivie de la France (20 %, 24 031) et de l’Espagne (12,4 %, 14 931). Le gouvernement espagnol a fait savoir qu’il acceptait le quota de migrants proposé par la Commission européenne, disant « assumer ce chiffre ». Au-delà de la répartition de ces réfugiés, présentée comme une mesure d’urgence, M. Juncker a insisté pour que l’UE mette en place « un mécanisme permanent (…) qui nous permettra de faire face plus rapidement à l’avenir » et d’éviter de laborieux marchandages entre Etats.

 

L’Allemagne pour une répartition « contraignante » des réfugiés

 

La chancelière Angela Merkel avait de nouveau réclamé mercredi une « répartition contraignante » des réfugiés entre tous les pays de l’UE. (...) »

 

Le chiffre de 160 000 personnes serait d'ores et déjà très largement dépassé si on en croit le nouveau haut commissaire des Nations unies aux réfugiés, Filippo Grandi, qui viendrait de demander à la communauté internationale d'accueillir 400.000 réfugiés syriens supplémentaires. Les premiers pays accueillants seraient pour l'heure l'Allemagne et le Canada. Le « mécanisme permanent » préconisé par M. Junker risque de se révéler indispensable très rapidement.

 

Deuxième constat : le vrai « patron » de l'UE, Mme Merkel, donne le « la » sans plus demander l'avis de ses « partenaires » qui comptent pour du beurre. Sera donc tôt ou tard mise en oeuvre la politique de gribouille décidée par la chancelière allemande au moins dans les pays qui ne s'y opposeront pas fermement comme sans doute la Hongrie, où un référendum sur l'accueil des réfugiés va avoir lieu.

 

Troisième constat, dans cette UE oligarchique, la solidarité reposera essentiellement sur l'argent public, celui de nos impôts ou de taxes exceptionnelles (par exemple sur l'essence comme l'a proposé M. Schaüble). Nul ne fera contribuer à cette « grande cause humanitaire » les grandes fortunes et la frange des « possédants », ou les grandes entreprises dont beaucoup très légalement, ne paient pas l'impôt en France, ou si peu.

 

Quatrième constat ; nos dirigeants n'étant pas plus sots que quiconque, leurs atermoiements et leurs faux pas peuvent relever de leurs propres insuffisances, mais aussi des hésitations du vrai boss, Washington, où les futures et proches élections présidentielles affaiblissent un peu plus M. Obama. Si la main de fer quitte le gant de velours, ne reste que le velours, et on constaterait à ce niveau aussi les limites de cette UE. A tout vouloir contrôler, Washington a apparemment ôté toute capacité décisionnelle réelle à ses alliés-vassaux européens lorsqu'ils sont confrontés à un fait éminemment politique et géostratégique, qu'il n'ont plus la capacité politique de traiter, en auraient-ils la volonté.

 

En l'absence de solutions crédibles à la tragédie qui se noue devant nous, nous avons dû assister à la cataclysmique négociation entre Mme Merkel et le représentant de M. Erdogan ( La négociation est terminée ce 18 mars), nous avons pu parcourir les journaux majoritairement pour l'  « accueil » et nous avons perdu notre temps à nous demander que faire face au problème inouï qui nous assaille.

 

Personne ne demandera donc l'avis des citoyens en cette matière essentielle, comme dans les autres. Seule une réflexion politique sereine peut permettre d'y voir le plus clair possible. Car rien n'empêche de penser que les décisions sont prises depuis longtemps à notre insu. Et qu'un autre type de gestion des affaires publiques est non seulement possible, mais indispensable dans le monde instable qui nous entoure.

 

 

 

Une tragédie parfaitement organisée ?

 

 

 

On doit commencer par le plus simple, et le plus humain, à savoir le plus inhumain : la situation des « réfugiés » bloqués aux franges de l'Europe ou dans leur parcours long et dangereux, (sans parler de ceux qui naviguent et/ou se noient). Ils ont fait l'objet de transactions sordides entre états voyous, Allemagne et France compris, ce qui est moralement catastrophique. Voilà un désastre irréparable pour l'UE et ses prétentions à être un phare de la démocratie et des droits de l'homme. Ensemble politique fragile soumis à la propagande incessante concernant les omniprésents « droits de l'homme », l'UE résistera mal aux méfaits et à la visible maladresse de ses dirigeants, si contraires à l'angélisme et à la vertu outrancièrement revendiqués à tout propos.

 

Si la morale a une place en politique, c'est en amont des décisions politiques elles-mêmes qu'elle doit être brandie. Son absence avérée dans le marchandage qui a « opposé » la Turquie à l'UE restera sans doute comme un sommet de cynisme dans les relations internationales, et une condamnation d'un projet politique sans âme et sans vision autre que la mise en œuvre d'un économisme obtus au bénéfice d'oligarchies toutes puissantes.

 

Nous reviendrons plus loin sur la cascade des responsabilités qui ont mené à cette impasse, car nous sommes dans une impasse bien construite que les discours généreux et naïfs ne sauraient masquer. N'existait-il pas en effet des signes avant coureurs, des informations permettant d'anticiper la mise en branle de tant de gens, qui ne se sont pas réveillés un matin en décidant brusquement tous ensemble de gagner l'Europe ? Nos services de renseignements, alliés de tous les services occidentaux n'auraient donc rien vu venir ? Hypothèse inenvisageable

 

qui ouvre la porte à la question centrale : qui a voulu et organisé cette immense migration en temps de paix, dans le cadre de ce qui ressemble fort à une complicité apparemment parfaite des responsables européens et turcs, du moins tant que les sociétés européennes ne se sont pas rebellées ? La seule Turquie ? On peut en douter. Car on doit supposer une mobilisation des futurs réfugiés sur plusieurs mois, des promesses, peut-être des financements, etc... Comment croire que dans une des aires les plus surveillées de la planète rien n'ait filtré de la préparation de cet exode massif ?

 

Il ne s'agit pas d'évoquer un « deus ex machina » maîtrisant parfaitement son sujet, car il est toujours possible qu'une fois mise en route, une telle machine infernale échappe à ses promoteurs. Mais que promoteurs il y ait eu, cela est parfaitement crédible voire plus que probable.

 

 

 

Limites de l'explication par l'économie

 

 

 

Il est possible que les dirigeants allemands aient voulu pour des raisons très étroites cet afflux massif de future main d'oeuvre, taillable et corvéable à merci, oubliant sans doute dans ce cas que les êtres humains ne sont pas interchangeables, et que l'  « homo salarius » n'existe pas plus que l'  « homo economicus ». En outre, les hommes « ne se déplacent pas sans bagages ». La culture, la langue, les mœurs, les savoir faire ne sont pas des biens d'importation ou d'exportation toujours évidents à manipuler et à instrumentaliser sur une telle échelle.

 

Accueillir en si grand nombre des gens de cultures différentes si vivantes, venant de sociétés travaillées par la « contre révolution idéologique » internationaliste que connaît l'Islam, essentiellement aujourd'hui dans sa composante sunnite, est forcément un pari risqué pour les pays européens. Ces populations arrivent en outre au moment où le miracle économique allemand commence à pâtir de la crise mondiale, et des difficultés chinoises et américaines et où l'économie européenne est à la peine. Le nombre d'immigrants va donc probablement au moins dans un premier temps gonfler le nombre de chômeurs, favoriser le travail au noir à bas coûts et la concurrence entre salariés au plus grand bénéfice du patronat, et susciter des tensions de type sociétal et politique comme les événements de la Noël 2015 ou le résultat du vote aux dernières élections régionales en Allemagne qui ont vu la percée d'un parti d'extrême droite autorisent à le craindre. On sait que nombre de pays de l'UE connaissent des évolutions comparables n'ayant pas attendu ce défi migratoire.

 

En outre, si le « bloc germanique » a éventuellement besoin de regonfler son stock de main d'oeuvre disponible, alors que les pays du centre européen pourraient jouer ce rôle comme ils le font déjà plus qu'on ne croit (le made in Germany est passablement hongrois pour une ou deux grandes marques de voitures !), les partenaires de l'Allemagne sont priés de contribuer à l'accueil de ceux qui sont déjà sur le sol européen, quelle que soit leur situation économique.

 

Il faut donc chercher ailleurs au moins une part de l'explication d'un tel flux d'immigration, qui ne peut pas avoir seulement des causes économiques allemandes elles-mêmes discutables.

 

C'est là qu'on rejoint les craintes d'une tentative de mise en cause des sociétés européennes développées dans le cadre de l'ultralibéralisme mondialisé (lire mon papier sur le multiculturalisme), qui n'a que faire des frontières et combat partout où c'est possible les droits acquis. Quel état européen aura en effet à terme les moyens de préserver son modèle social si il doit pourvoir en tout à la vie de nouveaux arrivants sans ressources quand nul ne sait ce que sera l'ampleur réelle de ce flot d'immigrants ?

 

L'immigration massive, telle qu'elle se dessine, signera très probablement la fin de l'état social protecteur tel que l'histoire européenne, notamment depuis 1945, nous l'a légué. On peut considérer qu'elle traduit très brutalement dans les faits le grand projet ultralibéral qu'est à présent la construction européenne, le dogmatisme et les oeillères des penseurs de cette révolution conservatrice occidentale n'ayant d'égale que leur myopie en matière économique et politique. Le nivellement par le bas des sociétés européennes doit apparemment être poursuivi coûte que coûte.

 

Ces apprentis sorciers nous préparent des lendemains difficiles : on voudrait rendre le haut du pavé aux extrêmes droites dans l'UE qu'on ne s'y prendrait pas autrement, si l'on cumule l'austérité, le chômage, l'absence d'avenir prévisible, la crise morale et identitaire, et l'immigration massive.

 

Penser que ces élites bien de chez nous font cela sans en prévoir au moins partiellement les conséquences serait absurde. D'où sans doute, parallèlement aux mises en cause de l'état social et du droit du travail, la montée des mesures attentatoires aux libertés individuelles, outils parfaits pour gérer les démocraties privées de démocratie, évolution que l'UE impose de manière croissante à ses membres. On peut appeler cela organiser le chaos, tout en positionnant les outils nécessaires à la répression, qui fort probablement emportera en premier lieu les oppositions syndicales et politiques.

 

On s'est moqué du communisme, on l'a craint. Le capitalisme ultralibéral enraciné aux Etats Unis risque de nous montrer qu'il peut faire incomparablement mieux encore en matière de totalitarisme, de coercition et de stratégies guerrières.

 

 

 

Toute décision nous échappe : les médias préparent le terrain à l'  « accueil »

 

 

 

Il faut donc affirmer qu'il est inutile de s'interroger sur la nécessité éventuelle d'accueillir les « réfugiés » puisque l'  « Europe » a décidé qu'il en irait ainsi. On peut supposer que les pays d'Europe centrale ne nous suivront pas sur ce point et que l'UE ne se sortira pas indemne de ce nouvel épisode d'un naufrage sans fin. On peut également prévoir que M. Hollande et son successeur (homme ou femme) se conformeront en cette matière comme dans les autres aux stratégies de l'UE à l'ombre de l'Allemagne.

 

Dans cette optique, qui exclue tout recours démocratique en France et chez nos « partenaires » occidentaux, ce dernier fût-il considéré par certains comme inadéquat devant l'ampleur de la catastrophe humanitaire en cours, les frontières seront ouvertes selon le canevas européen, même si les modalités de l'  « accueil » restent à définir par chaque gouvernement, contraint dans le même temps de gérer le mécontentement de sa population en temps d'austérité grandissante et de crise économique majeure. Il faut convaincre, c'est difficile. C'est là précisément le travail confié apparemment aux grands médias par l'  « Etat profond » qui tient les commandes.

 

Par voie de conséquence, on peut juger que la campagne médiatique en faveur des réfugiés, dont Médiapart est un pilier « intellectualisé », qui ne se contente pas de faire vibrer la corde sensible mais aussi conceptualise avec plus ou moins de réussite le débat sous la plume de M. Plenel, a pour vocation de conduire une part non négligeable de l'opinion à admettre cet énorme événement migratoire, recevoir en un court laps de temps des dizaines de milliers d'individus étrangers en tout aux sociétés d'accueil, comme si cela ne représentait pas sans conteste un traumatisme social, culturel, économique monstrueux pour des pays déjà grandement fragilisés. Sans oublier que les premières vagues d'immigration seront ensuite utilisées pour faire accepter les suivantes, et ce jusqu'à une éventuelle limite dont nul ne parle, et que le problème du regroupement familial sera lui aussi posé comme incontournable.

 

 

 

Seulement de mauvaises solutions

 

 

 

Il eût fallu au pire, dès le début de l'exode, intervenir vigoureusement pour calmer le jeu, empêcher les départs et faire enfin de la politique internationale au proche Orient (lire plus loin). On aurait ainsi pu naïvement penser qu'un flux partant très visiblement d'un point précis, la Turquie, pouvait être inversé très rapidement, moyennant une prise en compte rapide, ferme, intelligente et respectueuse de la dignité humaine. Mais cette prise en compte politique aurait supposé sur le moment une capacité de décision politique et stratégique puissante et une volonté. Or, c'est par la voix de Mme Merkel à l'automne 2015 que l'invitation aux réfugiés à se rendre en Europe et en Allemagne a été très officiellement lancée, même si, on l'a dit, l'opération devait être en cours depuis pas mal de temps et n'avait pas attendu Mme Merkel pour entrer dans les faits. L'Allemagne ouvrant ses bras (pour accueillir) au moment où la Turquie ouvrait les siens (pour susciter le départ), cela ne ressemble-t-il pas à l'appel de la bergère au berger ? On est en droit de le penser. L'avenir dira on peut l'espérer qui a fait quoi autour de ces malheureux déracinés qui sont avant tout des victimes.

 

Une réaction concertée et politiquement pertinente aurait dû choisir le moment et les modalités de cette migration pour mettre à plat ce qu'a été la politique, ou l'absence de politique de l'UE au Moyen Orient depuis au moins 2003 et pour penser un éventuel accueil ou un éventuel refus de cet accueil voire un retour en construisant une politique adaptée. L'UE n'ayant qu'une autonomie politique de façade face aux Etats Unis a donc continué à s'abstenir d'exister en tant que puissance quand son avenir lui-même risquait d'être mis en jeu. Dans cet épisode lamentable, la survie de la construction européenne est à priori passée après des considérations nationales très précises, notamment le déficit démographique allemand, ce pays s'étant révélé incapable depuis si longtemps de mettre en œuvre une politique nataliste digne de ce nom, et elle a également été sacrifiée à un vaste plan de rupture des résistances des peuples européens à la mondialisation par immigration massive interposée. Et si tel n'est pas le cas, cela y ressemble fort.

 

Au point où nous en sommes rendus, les choses se présentent donc on ne peut plus mal. Examinons rapidement les conséquences de l'accord intervenu le 18 mars. L'hypothèse du retour de ces migrants sur leur site de départ (la plupart n'ont pas quitté le front ou la guerre mais les camps de réfugiés) paraît n'effleurer personne, ce qui pourtant, avec des mesures d'accompagnement solides, pourrait ressembler à la moins mauvaise des solutions, fût-elle également très lourde financièrement et non conforme aux textes encadrant le droit d'asile, qui par ailleurs n'ont pas été écrit pour faire face à un tel maëlstrom en temps de paix. Tout montre par ailleurs que l'accord du 18 mars est une usine à gaz dont il ne faut rien attendre, tant sa mise en œuvre est problématique. Il vise avant tout à rassurer, mais sur le fond, à savoir la perspective d'une immigration massive, il ne change rien. Ceux qui sont en Europe y resteront. D'autres les rejoindront. Si l'on suit M. Junker, la mise en place d'un mécanisme permanent d'accueil signifiequ'aucun chiffrage du nombre d'entrants n'est prévu par quiconque. C'est donc à priori l'ouverture illimitée, chère à Médiapart et aux « grands journaux » (lire mon papier sur le multiculturalisme).

 



 

Un choc de quelles natures ?

 

En premier lieu, avancer que ces gens sont musulmans n'induit pas qu'ils seraient pour cette raison proche des Français musulmans présents sur notre sol depuis longtemps. Il en va de l'islam comme de la chrétienté, la confession couvre des différences infinies entre les groupes. On ne peut pas identifier un syrien à un algérien, comme il est idiot sous prétexte de chrétienté d'assimiler un français à un Allemand ou à un Italien etc... Donc, outre l'islam et ses dérives actuelles, une inconnue, la réaction des nouveaux venus, qui seront chez nous par la grâce de l'UE et non comme des réfugiés simplex frappant humblement à la porte. En outre, parmi ces si nombreux jeunes hommes (beaucoup de femmes doivent attendre de pouvoir rejoindre leur mari ou fiancé), beaucoup ont sans doute fait la guerre dans un camp ou un autre, et quelques uns sont probablement des agents de l'EI prêts à passer à l'action. A quoi bon la Loi sécurité et l'état d'urgence quand une foule d'immigrants vont débarquer ou débarquent sans avoir fait l'objet d'un réel contrôle ?

 

Ensuite, dans un pays en proie à la crise, victime de politiques d'austérité sans fin, dont les services sociaux sont au bord de l'implosion, il faudra bien prendre en charge ces gens qui sont dépourvus de tout. La CAF, l'assurance maladie, les Conseils généraux en charge du RSA, l'Education Nationale, tant d'associations, les « restaurants du coeur » au premier chef, devront faire face, mais avec quoi ? Faudra-t-il réduire globalement toutes les prestations pour que tout le monde ait accès à un peu de tout ? En l'absence d'emplois, que vont faire ces gens en France, une fois passée l'heure de la joie d'être en Europe ? Comment va-t-on les loger quand le parc actuel de logements sociaux est déjà insuffisant ? Va-t-on multiplier les « Calais » un peu partout dans les pays d'accueil ? Le pire est à craindre. On peut être généreux et songer en même temps aux conséquences très concrètes de telles décisions. Elles ne feront que des perdants et engendreront beaucoup de souffrances et de tensions.

 

Les citoyens abandonnés par leurs dirigeants

 

Après les guerres US en Afghanistan et en Irak, les guerres occidentales réunissant les Etats Unis et leurs alliés en Lybie, en Syrie (on ne parle pas ici de l'OTAN : lire mon papier « Acculée sur ses frontières, la Russie devra frapper la première en cas de crise grave en Europe ») ont mis les européens prendre une grande part à la déstabilisation du Machrek et du Moyen orient. Le rôle de la France dans la crise syrienne est patent, la diplomatie française sous la direction de MM. Hollande et Fabius ayant été en pointe dans la lutte internationale illégale contre le régime de Damas, après l'avoir été en Lybie sous la direction éclairée de MM. Sarkozy et Juppé. Cinq ans de guerre en Syrie, conflit dans le déclenchement duquel l'Arabie saoudite, ses alliés et la Turquie ont joué un rôle premier, l'apparition soudaine de Daech qui, d'après le général Vincent Desportes, est une créature des Etats Unis, et enfin les réfugiés qui prennent la route. Nous payons l'alignement de l'UE sur les stratégies des Etats Unis, partout ou le suzerain étatsunien décide de modeler le monde à sa fantaisie. Que ce soit dans le cas des sanctions contre la Russie ou dans celui des conséquences des guerres impériales, seule l'Europe doit payer pour la défense d'intérêts qui ne sont pas directement les siens.

 

On ne peut donc pas pleurer sur les réfugiés, en appeler aux droits de l'homme, et dénoncer d'affreux méchants (le gouvernement syrien de préférence) sans mettre en cause ce qu'a été la politique étrangère des états européens depuis une dizaine d'années à l'ombre des Etats Unis. Nos dirigeants ont patiemment fabriqué les conditions de l'émigration de tant de gens, syriens, irakiens, afghans, sans jamais demander l'avis des citoyens avant d'engager nos pays dans tant de conflits. La Lybie est un désastre, qui va causer une nouvelle intervention occidentale, les services spéciaux français étant dit-on déjà sur place. La Syrie échappe pour l'heure à un pouvoir islamiste grâce à l'intervention russe. Mais la Turquie se charge apparemment de présenter la note à une UE qui a joué les gros bras sans avoir les moyens de sa politique, et qui connaît la complicité active du régime Erdogan avec Daech. Certains observateurs pointent maintenant la situation difficile de l'Algérie.

 

A chacun de juger si tout cela met en cause les intérêts supérieurs de la France, à savoir ceux de sa population. Mais existe-t-il encore dans l'UE des intérêts supérieurs hors ceux de l'oligarchie et de ses banques ? Quand la France retrouvera-t-elle sa diplomatie au service des grands équilibres mondiaux  ? Si l'on doit prendre en compte de futures et importantes migrations comme le suggère Mme Billy, autant ne pas les provoquer et faire en sorte que, dans le pire des cas, des réponses respectueuses de la dignité de l'autre soient proposées par des dirigeants politiques dignes de ce nom. l'UE est évidemment incapable de concevoir et de mettre en œuvre une politique européenne, n'ayant pas été créée pour cela. Le souverainisme, qui n'appartient pas au FN, est bien un élément clé des futures réponses de la France aux malheurs du monde qui nous entoure car il rendra aux citoyens le droit de choisir à nouveau leur destin, pas moins que notre désengagement de l'OTAN, instrument privilégié de la suprématie US.

 



 

Alain Pucciarelli (pucciarelli.fr, omnibusactu.wordpress.com)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

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