il est pertinent de vouloir la fin de l'Euro et de cette Union européenne

A M. Devoluy (réponse à l’article « pourquoi voter le 25 mai ? »)


M. Devoluy développe, pour la défense et illustration de son Europe, des arguments contestables qui pourraient, si l’on n’y prend garde, fermer un débat qui sans doute ne fait que commencer. La paix en premier lieu, « bienfait de la construction de l’Europe » qui est par exemple l’essentiel du message télévisé de l’UDI. On peut considérer à ce titre, sans crainte d’être totalement démenti, que ces décennies sans guerre ont avant tout été le fruit de la Guerre froide, même si l’épuisement du continent européen rendait peu probable une nouvelle conflagration à moyen terme. Les patrons, les Etats-Unis, ont avec les Anglais conçu le projet européen, personnifié par Jean Monnet et son obsession de l’abaissement des nations européennes au profit du projet fédéral dont on nous rebat toujours les oreilles. L’Europe, créature anglo-saxonne, a maintenu le lien étroit qui l’unit aux Etats-Unis, dont l’immixtion dans les affaires européennes est la règle (l’Ukraine en est le dernier exemple en date).

M. Devoluy évoque une possible guerre des monnaies dans le cas où l’Euro disparaîtrait. Mais ne subit-on pas à l’heure actuelle la brutale tutelle monétaire allemande via un euro qui est le sosie du mark allemand, et qui ruine une majorité des pays de la zone euro au motif d’éléments comptables et d’équilibre budgétaire insensés, credo de la Bundesbank ? Peut-on espérer faire quoi que ce soit dans une Europe à 28 qui est prioritairement rangée derrière les politiques néolibérales et d’austérité qui nous accablent ?

Le fédéralisme n’a pas l’air de fonctionner. Faudrait-il prolonger une stratégie en échec ?

Les gouvernements européens, derrière une fois encore l’Allemagne, délèguent en fait leurs pouvoirs budgétaires à Bruxelles, et se lient les mains avec des engagements comptables qui sont le contraire du fait politique, dans un cadre juridique et gestionnaire absurde destiné à préserver la sacro sainte monnaie européenne au nom de laquelle par exemple a été saignée la Grèce et sont si maltraités Espagne et Italie, en attendant la France elle-même. A ce titre, sous-estimer la nocivité de la monnaie européenne est sans doute une faute grave pour comprendre les enjeux cristallisés autour de l’élection du 25 mai.

Comment attendre de cette monstrueuse construction administrative et comptable qu’est devenue l’Union européenne autre chose que la préservation de ses banques et de ses oligarchies, qui tiennent bon la barre à Bruxelles et à la tête de la majorité des pays membres quelles que soient leurs couleurs politique revendiquées ?

Il est donc légitime d’envisager à la fois la sortie de l’Euro et la sortie de l’Union. Les liens économiques tissés depuis des décennies ne s’évaporeront pas du jour au lendemain. En revanche, l’Allemagne qui bénéficie largement de l’effet euro car il a éliminé les fluctuations de change entre pays européens, devrait à nouveau compter avec ces dernières si l’Euro disparaît, et retrouver une définition plus vertueuse des échanges commerciaux.

Rien n’interdit d’envisager une monnaie commune, qui rendrait aux Etats la liberté budgétaire, l’outil des taux de change, la possibilité de protéger les secteurs fragiles de leur économie, dans un cadre confédéral où ils auraient d’autres moyens que la déflation salariale pour répondre à leurs difficultés économiques.

N’étant ni économiste, ni homme politique, je crois simplement que, lorsqu’un système ne fonctionne pas, et dans la mesure où aucun changement réel n’est démocratiquement possible dans cette Union qui a institutionnellement confisqué le pouvoir des citoyens au profit des grandes forces politiques et financières suivant en cela la volonté des chefs d’état et de gouvernement concernés, il est plus que jamais légitime de vouloir stopper la fuite en avant qui ramènent nombre de nos sociétés à des niveaux de développement oubliés sans doute depuis les années trente. On peut certes considérer que le but de tout cela est l’affaiblissement durable du modèle social européen, du moins dans ses composantes diverses, mais cette explication paraît insuffisante. Cette Europe, digne fille de ses parrains, est celle du fric. Il n’y fait pas bon, sauf à crapahuter dans les « hautes sphères », envisager sereinement une carrière de salarié, du moins quand l’on trouve un emploi. Sauf que notre culture, notamment en France, n’est pas celle des anglo-saxons, si violemment véhiculée par nos principaux medias écrits ou non.

Enfin, comment l’Europe des droits de l’homme (sic) accepte-t-elle que certains de ses « citoyens » en sont réduits à des vies misérables, dans le cadre d’une chute vertigineuse du niveau de vie, de l’espérance de vie, sur fond de sacrifice des politiques de santé, d’éducation, avec une montée dramatique du chômage, sans toucher aux inégalités criantes qui subsistent, par exemple en Grèce ou qui s’approfondissent par exemple en France ? Comment accepter la négociation du traité transatlantique à l’insu des sociétés européennes concernées ?

Pour ma part, l’affaire est entendue. Cette Europe ne marche pas, et ne recèle aucun avenir digne de ses enfants. En un mot, elle est nocive. Elle doit donc disparaître, éventuellement pour renaître sous une autre forme.

Il est bien malaisé de défendre une cause perdue d’avance, même si l’agonie du système européen risque de prendre encore quelques années, histoire de nous ruiner un peu plus.  Beaucoup de pays dans le monde n’ont pas eu besoin de béquilles pour se développer et ont affronté seuls, avec succès, les défis économiques que la mondialisation a imposés à la terre entière. Prétendre que la France ne saurait marcher seule est au mieux une absurdité.

L’Europe, figure et outil de la mondialisation, est tout aussi décrépie qu’elle. Il convient donc de combattre l’une et l’autre, par exemple en allant voter dimanche. Sans tomber dans les pièges grossiers nourris par l’électoralisme de certains partis politiques.

 

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