2017 : Le multiculturalisme honteux comme cheval de bataille du « réformisme »?

Grandes manœuvres idéologiques pour animer le piètre théâtre des ambitions politiciennes à l'ombre de l'UE

 

Le multiculturalisme a des défenseurs souvent honteux. Le mot qui renvoie au concept de communautarisme est d'un maniement délicat en France, mais rassurons-nous : le multiculturalisme ne serait pas du tout un problème. En tout cas, c'est ce que l'on est en droit de penser si l'on suit Thierry Pech patron du think tank Terra Nova proche du PS (l'Esprit public, France culture le dimanche 20 juin). Il a en effet notamment affirmé que c'est un débat théologique (!) car personne ne s'en réclamerait. On sait par les temps qui courent que nul ne se réclame de la théologie pour imprimer sa marque sur l'actualité, n'est-ce pas ? Passons.

On a aussi pu entendre dans cette émission que le drame d'Orlando résulterait essentiellement de la vente libre des armes à feu aux Etats Unis plutôt que de l'islamisme de l'assassin, qui a pourtant revendiqué son geste au nom de l'  « état islamique ». C'est fou ce que le terrorisme musulman a du mal à se faire reconnaître pour ce qu'il est dans nos médias si convenables!

 

Thierry Pech a encore tenu à préciser que la France est une terre d'immigration, et qu'elle associe juifs, chrétiens, catholiques et protestants compris, musulmans (etc...) ce qui, de toute évidence, exclurait dans son esprit la singularité si visible de l'Islam en terre occidentale. La cause serait donc entendue : les religions ne sont pas une idéologie, l'Islam moins que toute autre (!). Le terrorisme islamiste dans notre pays n'existerait pas vraiment, l'intégration problématique d'une partie de la communauté musulmane non plus, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Soit.

 

Mais il se trouve que cette petite musique pas forcément entraînante du « on est tous issus de l'immigration » est reprise par M. Plenel sur Médiapart, et par le Monde, qui donne également la parole à M. Baubérot, ombre portée de M. Plenel en matière de « Musulmans », avec à chaque fois victimisation des intéressés à la clé. Donc, si l'on comprend bien, une communauté musulmane vivrait en France le pire des sorts et, rejetée par la société française, en serait réduite au repli communautaire, mais sans faire communauté (ce qui exclue les Musulmans parfaitement à l'aise dans notre société). Soit.

 

Il se trouve pourtant que ces affirmations renvoient à une autre musique, celle de l''extrême droite, qui à présent, par exemple sur l'un de ses sites internet « Polemia », affirme que la présence musulmane massive en France est le premier problème du pays, comme si les difficultés économiques et sociales n'existaient pas vraiment ou étaient secondaires face à ce « péril ».

 

Autrement dit, les défenseurs « de gauche » du multiculturalisme mettent sous le boisseau le sens de leur action politique de longue hleine au détriment du social et au profit du sociétal, et l'extrême droite met en avant le danger multiculturaliste au détriment du social. Chacun prend donc très sagement ses positions de combat politiquement correctes avant les présidentielles, nul par ailleurs ne remettant vraiment en cause l'appartenance de notre pays à la zone Euro et à l'UE, seules véritables et profondes causes des difficultés actuelles de tous ordres. Soit.

 

Parallèlement, M. Sarkozy tente d'enfourcher encore et toujours les thèmes de l'extrême droite, et on doit donc supposer que M. Hollande sera ravi de prendre la tête d'une croisade républicaine et droitdlhommiste contre les « extrémistes » qui taperont à coups redoublés sur les Français musulmans, des fois qu'il soit présent au second tour, notamment si M. Sarkozy était lui-même présent au second tour, ce qui est loin d'être envisageable. Tout paraît s'organiser au profit d'une hypothèse politique improbable, mais les médias pourrait donner vie à toute perspective « convenable ».

 

Quant au FN ? Si il fait profil bas à propos des manifestations anti loi El Khomri, on doit surtout noter l'imprécision des ses prises de positions. Mme Le Pen « comprendrait » les grévistes quand M. Collard les condamne vivement lors d'une courte interview télé sur France 2. N'oublions pas que M. Ménard a à Béziers fait montre d'un ultra libéralisme qui renvoie aux racines du FN, du temps de M. Le Pen. Cet ultralibéralisme étant la racine subliminale de la politique française depuis 1983 à l'ombre de Bruxelles, et M. Ménard se voulant proche du FN, chacun peut se poser des questions pertinentes quant au petit jeu électoraliste en cours.

 

Revenons aux idées claires

 

...« Le projet multi-culturaliste consiste à renvoyer les individus à une communauté culturelle ou religieuse, hypothétique ou réelle. L’Etat, ensuite, négocie avec les représentants que cette communauté se donne, accepte qu’elle vive selon ses propres règles et non les règles générales, lui déléguant de fait des attributions qui appartiennent au peuple tout entier. On comprend bien les objectifs clientélistes de ce genre de pratiques. Ceci a d’ailleurs été justement dénoncé par un député socialiste, Malek Boutih. Ce multiculturalisme de projet considère donc que les individus n’ont pas d’existence hors de leur communauté de « référence » laquelle comporte toujours une dimension qui est largement mythifiée. Ce multiculturalisme est en réalité un projet pervers, qui nie l’unité politique et qui s’affirme dans les faits comme ségrégationniste car il implique que nous n’arriverons plus à vivre ensemble si chacun veut que la loi de sa communauté s’applique. Il est assez stupéfiant de constater qu’une certaine « gauche » aboutit ainsi à redonner vie à l’apartheid, une logique qui permet en réalité de comprendre sa fascination pour la légalité pure, et sa profonde haine pour la notion de souveraineté. Tout cela se tient. » (Jacques Sapir, blog Russeurope, « Désigner l'ennemi », 19 juin 2016)

 

Si l'on admet ce point de vue, si l'on se souvient des tragédies multipliées que vivent les pays occidentaux, si l'on veut bien prendre en compte les désastres ininterrompus que connaissent les pays du Moyen orient essentiellement du fait des stratégies occidentales, on doit admettre un problème sinon de l'Islam, du moins d'une partie des communautés musulmanes ici ou ailleurs. On peut ainsi à bon droit s'interroger sur le mode d'accueil des immigrés dans nos pays, sur les politiques d'intégration, et statuer sur le fait étonnant qui consiste à mettre en cause (sans le préciser véritablement) toute politique d'intégration et d'assimilation au nom du respect de la différence. Parallèlement, à l'heure du désastre social et économique que traverse notre pays, et l'UE, au moment où tant d'exilés frappent à nos portes, on peut se demander quelle est la pertinence d'insister sur l'accueil de l'autre quand les Français de toutes origines perdent peu à peu leur état social et toute chance d'une vie meilleure pour leurs enfants.

 

Cacher une réalité de moins en moins discrète ?

 

On doit donc poser la question de la propagande politique, qui s'appuie sur le mensonge, pour faire durer un système austéritaire implacable au détriment de l'intérêt des citoyens. La « gauche » de gouvernement, qui est un appendice de la droite et qui, à priori, se bat plus pour conserver les bonnes places que pour défendre enfin l'intérêt général, va donc probablement se déguiser en championne d'une France républicaine qu'elle s'emploie à détruire, face à une droite extrême (ou pas ) qui, elle, campera fièrement sur des positions préparées à l'avance pour servir de repoussoir ou de fausse alternative à la toute puissance des oligarchies financières et économiques. Le choeur sera parfaitement orchestré par les médias, qui continueront à nous raconter de jolies histoires mettant en scène des méchants et des gentils dans l'éternel combat fantasmatique du mal contre celui du bien.

 

Toutes tendances confondues, la presse « mainstream » affirme par ailleurs que la politique économique Hollande marche, ce qui est soutenir dès à présent la même politique défendant les mêmes intérêts quand le successeur du président actuel sera à l'Elysée. Les tripatouillages des chiffres du chômage, accessibles sur le Net, prouvent le contraire, ainsi que le véritable endettement du pays ou la poursuite de la désindustrialisation de la France. Nul n'évoque notre retour dans le giron de l'OTAN si lourd de périls du fait de la stratégie guerrière des Etats Unis.

 

Si l'on résume : le pays va mieux, le multiculturalisme est un fantasme, l'OTAN n'existe pas, la France ne fait pas la guerre et l'UE est notre horizon indépassable (lire les journaux à propos du Brexit), autrement dit, circulez il n'y a rien à voir.

 

L'actualité médiatique se casse pourtant les dents sur la réalité : 60 % des Français soutiendraient les opposant à la loi El Khomri (en dépit du travail inlassable des grands médias), dont l'inspiration est revendiquée par M. Junker, président de la Commission européenne, et chacun peut constater qu'avec l'assentiment de nos élites élues ou pas, les gouvernements Hollande nous ont imposé la loi sécurité, l'état d'urgence non stop, et que M. Valls va bientôt imposer au pays la destruction du droit du travail dans la droite ligne des recommandations bruxelloises en usant à nouveau du 49.3.

 

Les grandes manœuvres ont donc commencé, mais les exécutants paraissent médiocres. Hélas, une vraie et claire alternative politique n'est pas encore à l'ordre du jour. Elle a prioritairement pour programme sortir de l'UE, de l'Euro et de l'Otan, et pour nom souverainisme. Une vérité médiatiquement difficile d'accès.

 

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