Martine Vassal, présidente du Conseil Général 13 : « ses » vœux pour « sa » presse

Marseille éclairerait-elle notre futur proche ?

En ce 31 janvier 2017, il est plus que temps de clore la période des vœux . Faisons le avec confiance.

2017 nous promet pourtant bien des bouleversements politiques, économiques, voire financiers et géostratégiques. Mais Il est rassurant de constater que certaines aires de la vie politique et médiatique française font montre d'une permanence bienvenue dans ce monde de brutes.

 

Nous nous souvenons que le Conseil général des Bouches du Rhône a longtemps été présidé par le populaire M. Guérini, que l'on disait « de gauche » à la mode Gaston Defferre, autre grand baron social démocrate, proche de M. Mitterrand.

 

Jean Noël Guérini menait sa boutique d'une main de fer, et représentait un pouvoir craint et respecté dans le microcosme marseillais, tant la puissance financière du Département pesait sur sur son dialogue constant avec la ville de Marseille, pauvre métropole minée par sa faiblesse économique, et ses problèmes sociaux, qui à présent s'illustrent surtout par la délinquance meurtrière qui fait la une des journaux nationaux au moindre règlement de compte. Ces derniers paraissent être généralement liés au trafic de drogue qui y prospère apparemment sans réelle entrave.

 

Les mauvais esprits pourraient dire de Marseille qu'à maints égards, elle a les caractéristiques d'une ville du Tiers monde, alliant la présence d'une bourgeoisie fortunée et d'une masse populaire vivant dans la précarité. Moins de 50 % des Marseillais seraient imposables !

 

La « gauche » dite de gouvernement a perdu le pouvoir dans ce Sud agité qui pourtant n'est en rien folklorique : rendons hommage à Marseille dans son rôle d'éclaireur, qui a très efficacement précédé notre pays dans la voie de la désindustrialisation et de la paupérisation. 

 

Au boulevard de la Madrague ville, ancien fief industriel, prospère à présent le... marché aux puces.

 

La ville qui était encore un pôle économique reconnu dans le monde entier au début du XXe siècle est à présent la métropole sans doute la plus pauvre de France ayant perdu l'essentiel de son vaste tissu industriel sans que quiconque parmi ses édiles, M. Defferre au premier chef, n'ait trouvé une réelle idée d'avenir susceptible de faire vivre un ensemble de plus de 800 000 habitants et par voie de conséquence, le département dans son ensemble, voire la région.

 

Marseille est devenu le « problème » des BdR, ayant depuis longtemps cessé d'en être le moteur.

 

Le pouvoir politique, devenu une force économique irremplaçable par sa fonction de redistribution dans une aire pauvre en emplois et en entreprises créatrices de richesse, a donc un boulevard devant lui.

 

Ce pouvoir peut s'exprimer sans fard en l'absence d'un tissu médiatique puissant, ce qui d'ailleurs paraît être également le cas à Paris où les « grands médias » peuvent souvent être soupçonnés de remplir la fonction d'officines de propagande néolibérale et atlantiste et non celle de vecteurs sérieux et responsables d'information.

 

Mais en « province », les choses sont parfois plus claires, surtout quand le tissu médiatique s'est réduit comme peau de chagrin.

 

En une trentaine d'années, la cité phocéenne qui possédait quatre quotidiens bien enracinés, Le Provençal (parti socialiste), Le Méridional (droite), Le Soir (appendice du Provençal) et La Marseillaise (communiste), se retrouve avec La Provence, issu de la fusion du Provençal et du Méridional à l'époque Defferre, qui sous la houlette de M. Tapie survit péniblement, et La Marseillaise qui n'en finit pas de mourir faute de lecteurs. La crise de la presse dite traditionnelle est ici particulièrement vive et visible.

 

Affaiblie, la presse subit donc « naturellement » une vassalisation sans fard, et devient une proie tentante pour les pouvoirs en place, avec l'aide intéressée de tant de « journalistes » ayant préféré pantoufler au service des puissances locales que risquer leur avenir dans une aventure journalistique de plus en plus risquée, ce qui est compréhensible. Notons que la vassalisation à Paris n'est pas moins réelle, ce que le politiquement correct tente de masquer.

 

Voici donc un « reportage témoignage » piqué sur le vif, que M. Denis Derval a bien voulu écrire au bénéfice des lecteurs de Médiapart, pour prouver que la crise de la démocratie passe aussi par la faiblesse et/ou la connivence des médias avec les puissances du jour :

 

 

 

« Vendredi 6 janvier, Martine Vassal, présidente du Conseil Départemental 13, a convié les représentants de la presse locale à assister a la traditionnelle cérémonie des vœux. Avec un savoir-vivre retrouvé !

 

En 2016, pour sa première prestation à l'exercice des vœux à la presse, Martine Vassal avait joué dans le registre de l'économie, voir de la pingrerie, en accueillant les journalistes dans une petite salle garnie de chaises pliantes en rang d'oignon pour écouter son speech, suivi d'un pauvre buffet station debout dans un espace étriqué. Histoire sans doute de se démarquer des fastes de son prédécesseur tant critiqué, Jean-Noël Guérini. Pour autant, 2017 a marqué un retour au style de ce dernier avec une réception copie conforme à un passé pourtant décrié.

 

Comme quoi, tout n'était pas si mauvais que ça dans la gestion de M. Guérini. Son successeur (de droite) a finalement calqué son hospitalité et la pratique des bonnes manières sur celles de son prédécesseur à la satisfaction générale.

 

Un bon point donc pour Martine Vassal qui a bien reçu cette leçon de convivialité, mais il lui reste une autre leçon à bien assimiler, celle concernant le rôle de la presse.

 

Déjà l'année dernière, à la question d'un journaliste qui s'inquiétait des dérives des subventions et du copinage qui va parfois avec, la nouvelle présidente avait simplement répondu ''qu'en cas d'irrégularité constatée, le journaliste avait toute latitude de déposer plainte auprès de la police''. Comme si c'était le rôle du journaliste d'investigation d'agir de la sorte !

 

Cette fois, Martine Vassal a souhaité ''que la presse s'intéresse davantage à ce qui va bien plutôt qu'à ce qui va mal''. Autrement dit, les journalistes doivent alerter le public sur les trains qui arrivent à l'heure, plutôt que dénoncer leurs dysfonctionnements et les accidents. Les lecteurs apprécieraient certainement.

 

Sauf que la presse n'est pas un service de communication à la dévotion d'un élu doté de pouvoirs puissants. Elle doit en principe (?) agir comme un contre-pouvoir face à des comportements qui font que les élus trimbalent une image exécrable conduisant les électeurs à bouder les isoloirs (Pourquoi ne pas rêver?).

 

En résumé, et à l'adresse de Madame Vassal, la normalité c'est faire correctement les choses quand on a décidé de prendre des responsabilités. Que cette action soit assortie d'un revenu ou pas, ce qui vaut particulièrement pour les élus, car ils devraient agir au service de l'intérêt général sans espérer recevoir en plus des félicitations et des médailles.. Ou bénéficier de commentaires médiatiques gratifiants « téléphonés ».

 

Les bons points doivent être réservés à la maternelle... et les homélies aux services religieux.

 

Il est vrai également qu'on a la presse qu'on mérite, et Martine Vassal a pu en faire l'amusante (mais certainement pas amère) constatation quand celui qui s'est présenté comme le président du club de la presse* local lui a demandé un financement pour faire tourner sa petite association. La présidente a alors eu beau jeu de lui poser la question de son indépendance morale...

 

Mais depuis longtemps, on sait que la presse marseillaise est aux ordres et ne dépasse jamais une ligne blanche bien marquée par les intérêts de chacun, élus, financiers, promoteurs qui piochent tous ensemble avec de longues cuillères dans la même soupière.

 

D'ailleurs, les acteurs des services de communication des collectivités territoriales sont recrutés parmi les journalistes de la presse locale trop heureux de venir pantoufler en fonctionnaires, fonctions assorties d'une paye souvent bien supérieure à ce qu'ils connaissaient auparavant.

 

Chez Martine Vassal, comme ailleurs.

 

La déontologie est un mot trop savant pour être compris dans la capitale phocéenne ! 

 

Denis Derval »

 

Suite à cette chronique amusante de M. Derval, on doit insister sur le fait que cette déontologie (lire la charte de Munich de 1971) est bien entendu également absente des médias mainstream parisiens (et autres).

 

Résumons nous donc : la modernité de Marseille, ruinée par la « modernité » à la sauce mondialisée, s'illustre également dans le traitement des médias locaux, sur lesquels certains élus paraissent s'essuyer les pieds sans état d'âme.

 

Marseille est donc bien, à maints égards, un laboratoire grandeur nature de ce qui attend peut-être notre pays.

 

« Fier d'être Marseillais » ? Pour sûr.

 

 

 

 

 

 

 

*Le Club de la presse de Marseille a été créé dans les années 80 par Lucien Pucciarelli, mon père (alors journaliste à La Marseillaise, journal PCF qui existait encore en terme de diffusion), ce que ses successeurs ont apparemment oublié. Le tissu médiatique marseillais était alors conséquent. Les faits sont sacrés, surtout quand ils ne dérangent personne.

 

 

 

 

 

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