La politique étrangère de M. Macron: un « homme d'état » sans Etat. Et du théâtre.

Que pouvait-on attendre face à M. Poutine d'un chef de l’État qui a proclamé sa vassalité à l'endroit de l'UE et montré son abdication face aux États Unis avant même sa prise de fonction ? Le suivisme. Et la gesticulation.

 

«Et à cela je ne céderai rien. Russia Today et Sputnik ne se sont pas comportés comme des organes de presse et des journalistes, mais ils se sont comportés comme des organes d'influence, de propagande, et de propagande mensongère, ni plus ni moins.» Tels sont les propos virils de M. Macron, président de la République française devant M. Poutine, président de la Fédération de Russie lors de leur rencontre du 29 mai 2017.

Si l'on traduit précisément ce que ces mots veulent dire, on est face à une mise en cause absolue du respect de la bienséance (et des réalités) dans le cadre du droit international, un chef d'état accusant en fait son invité d'interférence dans les affaires intérieures de la France et par voie de conséquence, affirmant son désir d'imposer sa vision contre ce que serait une stratégie internationale française (indépendante!). Un véritable « casus belli ».

 

Nous serions devant une tentative de priver la France de son libre arbitre. Et donc d'une volonté de soumettre la France à une vision étrangère. Ce qui équivaut à une agression. Il s'agit d'un incident diplomatique que personne ne nomme comme il le mérite, et d'une sotte provocation à l'encontre d'un invité représentant une puissance militaire hors norme, qui fut un puissant allié de la France lorsque cette dernière était encore indépendante. Traite-t-on ainsi un grand chef d’État quand on a soi-même tant de raisons de se taire, fût-ce par prudence et pour cause de bonne diplomatie ?

 

 

 

Pourquoi une telle agression ?

 

 

 

Les « grands médias » tentent de faire de M. Macron une « pointure » que la rapidité de son ascension ne permet pas de mesurer. Il faut donc procéder par étapes logiques.

 

La France a rejoint avec M. Sarkozy le commandement intégré de l'OTAN, bras armé des Etats Unis qui déterminent notre stratégie militaire. En la matière, notre président de la République ne sert donc à rien, sinon à transmettre les ordres, et encore. Quand il menace de réagir à toute nouvelle attaque chimique en Syrie, il est pitoyable. Que ferait l'aviation française au Moyen Orient sans l'aide logistique US ?

 

Emmanuel Macron est européiste à tout crin, et accepte la délégation des pouvoirs régaliens de la France, qu'il est censé diriger, à l'UE, et particulièrement à la Commission de Bruxelles, qui réunit tant de technocrates dénués de toute légitimité démocratique et proclamant comme M. Junker que la les traités prévalent sur l'expression des citoyens. Il sera n'en doutons pas un exécuteur méritant des GOPE (grandes orientations des politiques économiques) déterminées pas la Commission de Bruxelles, et non par les citoyens.

 

En la matière également, disons que M. Macron ne sert donc pas non plus à grand chose. Et que sa légitimité à défendre la démocratie est pour le moins limitée, puisqu'il accepte que les Français soient privés de leur droit de décider ce que doit être l'avenir de leur pays.

 

Peut-on en effet donner des leçons de morale politique sans dénoncer par exemple le scandale qu'a été l'adoption du traité de Lisbonne après le référendum exprimant un refus du contenu de ce même traité rejeté sous le nom de TCE en 2005 ? (M. Leparmentier du Monde s'y est essayé...)

 

C'est donc un homme d’État sans état qui s'est permis d'agresser (verbalement, heureusement pour nous) l'un des plus puissants états de la planète, le seul sans doute à pouvoir réduire les Etats Unis en cendres, en pourfendant des médias étrangers en langue française au nom de l'objectivité dont sa propre élection a été pour beaucoup d'entre nous l'image même du totalitarisme médiatique, univoque, « aux ordres ». « Des médias vendus » aux forces oligarchiques comme il se doit.

 

 

 

Pourquoi un tel déni de réalité ?

 

 

 

Autrement dit, le proconsul européen de l'entité France de l'UE a morigéné le représentant d'une Russie farouchement attachée à son indépendance en reprenant en filigrane les poncifs de la propagande anti-russe qui nous inonde de ses vitupérations depuis... que nos amis US ont désigné la Russie comme ennemi n°1, parce que s'opposant aux ambitions d'hégémonie mondiale dénoncée par notre ami US Noam Chomsky.

 

Pour mieux comprendre cette logique, se reporter aux travaux passionnants de feu M. Zbigniew Brzeziński qui vient de nous quitter.

 

Si RT et Sputnik sont des « organes d'influence », et pourquoi pas, qu'en est-il des grands médias occidentaux qui inondent la planètes de leurs informations parfois tellement contestables et de plus en plus souvent contestées ?

 

Souvenons-nous : Kosovo, Soudan, Bosnie, Serbie, Irak, Syrie, Ukraine, Lybie, tapage incessant à propos des « droits de l'homme » quand ces mêmes médias ont jeté, parallèlement à leurs articles très orientés, un voile pudique sur les entreprises de déstabilisation menées par les « forces du bien » contre des pays faibles et sans réel recours face à la puissance occidentale, ou le déni à propos de la présence de néo nazis à Kiev, sous la haute complicité à l'époque de Mme Nuland, représentante des Etats Unis, et tout cela pour en arriver au chaos actuel. Pour ne pas parler des politiques économiques rétrogrades menées « chez nous », à savoir aux Etats Unis et en UE, qui détruisent nos classes moyennes et condamnent tant de nos citoyens au chômage et... au « populisme ».

 

 

 

Parce que le choix de l'imperium US

 

 

 

On peut donc supposer que les paroles de M. Macron étaient un passage obligé du nouveau président pour se conformer au système auquel il adhère sans nuance.

 

La Russie n'est certes pas exempte de reproches, mais comment jouer la défense de la démocratie et de la vertu médiatique quand l'essentiel des grands médias occidentaux sont aux mains d'intérêts privés, et quand on est allié au Qatar et à l'Arabie saoudite, ou que l'on participe à toutes les agressions militaires sous casquette OTAN contre le droit international ?

 

Comment M. Macron a-t-il pu ainsi « prendre note » de l'agression US contre la Syrie par missiles Tomahawks interposés sans émettre la moindre réserve ?

 

On doit en conséquence comprendre la rencontre Macron-Poutine pour ce qu'elle a été, une tentative de la part du président français de se faire une image d'homme à poigne sur le dos de M. Poutine sans renier concrètement les engagements stratégiques souvent nuisibles auxquels la France a souscrit en se mettant à la remorque de l'OTAN.

 

M. Macron a fait une opération de politique intérieure avant les législatives, M. Poutine est venu sonder la fragilité de ce nouvel homme de paille des oligarchies occidentales.

 

Souhaitons que de leurs discussions à hui-clos ait émergé un semblant de réflexion quant à un avenir de paix et de concorde pour l'Europe, avec ou sans l'UE.

 

Il est vraiment urgent de réformer nos médias, et de renvoyer bien de nos professionnels de la presse à l 'école. Non pas du journalisme, il est moribond, mais à celle de l'Histoire et de la culture générale.

 

Aie, il faut aussi s'intéresser à l'Education Nationale et à nos « grandes écoles ».

 

Nul doute que M. Macron saura y pourvoir. En toute liberté. Cela va de soi, il faut « avoir confiance ».

 

 

 

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