Italiens, savoyards, provençaux et sud-africains… qui étaient les vaudois?

Les vaudois étaient un petit peuple d’éleveurs, produisant miels, vins et fromages dans des vallées ensoleillées. Protégés par les montagnes de la frontière franco-italienne, ils ont résisté pendant au moins sept siècles à l’envahisseur catholique, venu de la plaine.

Les vaudois étaient un petit peuple d’éleveurs, produisant miels, vins et fromages dans des vallées ensoleillées. Protégés par les montagnes de la frontière franco-italienne, ils ont résisté pendant au moins sept siècles à l’envahisseur catholique, venu de la plaine. Pour Rome, ces gens de la montagne entretenaient la pires des hérésie, celle du savoir. Les femmes furent brûlées pour sorcellerie, pendant que leurs maris entretenaient la guérilla, dans la neige et les alpages.


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Les six croisades lancées par le Vatican contre les vaudois, (en 1335, 1348, 1489, 1545, 1655 et 1685) qui ont commencé peu de temps après celle contre les cathares, ont chacune causé la mort d’au moins trois mille martyrs, violés, torturés et bien sûr détroussés (1). Rome lançait ses armées, joyeusement aspergées d’eau bénite, contre ces esprits libres, coupables de colporter… la Bible !


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Une bible manuscrite, mais surtout traduite dans la langue populaire, le franco-provençal. Un crime impardonnable: à l'époque le latin était la seule langue écrite autorisée, et la bible conservée dans les coffres des monastères, protégée comme une matière nucléaire.


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Les Vaudois étaient tout sauf des fous de dieu : ils ne croyaient ni à la Vierge, ni aux saints, ni au Purgatoire, ni à 90% des autres sornettes du folklore qui permettait aux prêtres nommés par le Vatican de s’enrichir grâce au commerce des influences. «Tout est faux, car rien n’est dans la Bible», disaient ces vaudois, qui pensaient sincèrement être les descendants des premiers apôtres, les seuls défenseurs de la « vraie religion ».


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L’hypothèse d’une dissidence religieuse très ancienne n’est d’ailleurs pas exclue. En 313 après Jésus-Christ, lorsque l’empire romain a fusionné avec la religion catholique, sous la direction de l’empereur Constantin, la doctrine catholique a été profondément modifiée(2), bien au delà de l’identité de Marie-Madeleine, l’amie de Jésus-Christ (3).


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Les pasteurs vaudois, mariés, élus, travaillaient et colportaient de village en village, dissimulée dans leurs vêtements, cette bible interdite, traduite en dialecte franco-provençal. Le précieux manuscrit servait à apprendre à lire aux enfants, le soir à la chandelle. Aujourd’hui encore, dans les anciennes régions vaudoises, l’apprentissage de la lecture se fait en moyenne beaucoup plus tôt qu’ailleurs... Et les enfants du pays réussissent mieux aux concours administratifs, à classe sociale équivalente.


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L’hérésie a fait tâche d’huile. Le premier théoricien du protestantisme, Martin Luther, considéré comme le "père" de l'allemand moderne, grâce aux premières traductions de la Bible dans cette langue, a été probablement influencé en profondeur par des pasteurs vaudois ou en tout cas par leurs idées.

 

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Les historiens disposent de plusieurs milliers de traces écrites sur les vaudois, souvent tirées des registres de l’inquisition. La plus précise est sans doute l’enquête commandée en 1545 par François 1er sur un sombre massacre, celui d’environ 3.000 vaudois vivant dans une quinzaine de villages du Luberon (4). L’enquête avait été réclamée par une courageuse personnalité du crû: la «Dame de cental», fille de Mérite de Trivulce, le général italien qui avait permis en 1515 la victoire de Marignan, en ouvrant à François 1er les principaux cols des Alpes, pour lui permettre de fondre sur Milan, où l’attendait Léonard de Vinci. En 1545, la "dame de Cental" a protégé ses paysans vaudois des fureurs de l'armée papale, dans son magnifique chateau de Lourmarin.


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Dans les toutes premières années du 16ème siècle, le Luberon, vidé de ses habitants par la guerre de cent ans, fut en effet repeuplé par des vaudois du Piémont italien. Experts en irrigation, ces paysans à la main verte avaient descendu la vallée de la Durance, au fil de la transhumance, pour faire refleurir les collines de Provence, permettant à leurs seigneurs venus d’Italie de bâtir les tous premiers châteaux renaissance, comme Lourmarin et La Tour d’Aygues. Chambord ou Azay le Rideau ne viendront que plus tard. C’est l’époque où Lyon devint la capitale mondiale de l’imprimerie, où la culture de la soie, importée du nord de l’Italie, donne à la France ses premières envies d’industrie…


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Une partie des vaudois du Lubéron réussit à échapper à la croisade de 1545 et traversa le Rhône pour fuir vers les Cévennes. Leurs arrière-petits-enfants deviendront les camisards. Une autre partie fuit beaucoup plus tard vers la Hollande, en 1689, après la révocation de l’Edit de Nantes. De là, 180 d’entre eux embarquent sur trois navires à destination de la colonie du Cap, fondée une quinzaine d’années plus tôt. Leur arrivée fait tripler la population de la petite colonie hollandaise. Le quart de ces « huguenots d’Afrique du Sud » venait d’une poignée de villages vaudois du Luberon. Deux de ces vaudois, Pierre Joubert et Jean Roy, ont alors fondé des domaines viticoles mondialement connus, aujourd'hui, dans une Afrique du Sud où 20% des noms de famille blancs sont français.


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Installés en plein brousse, dans la « vallée des éléphants », derrière la montagne de la Table, au contact quotidien des tribus noires, ces émigrés vaudois ont constitué pendant 150 ans la seule colonie blanche d’Afrique. Les anglais, les portugais et les français ont en effet attendu les années 1830 pour coloniser l’intérieur des terres africaines, préférant, au cours des deux siècles précédents rester planqués, armés jusqu'aux dents, dans des forts, sur les îles et les presque-îles, où ils enfermaient et surveillaient les esclaves.


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Les vaudois du Piémont ont pour leur part donné un grand coup de pouce à la littérature dès 1655, lorsque le pasteur Jean Léger a alerté toute l’Europe protestante sur les massacres commis par les armées du Duc de Savoie, dans un livre au verbe truculent, haut en couleurs, véritable ancêtre du grand reportage. Une vingtaine d’années plus tard, les réseaux d’évasion des protestants étaient fin prêts, permettant à 200.000 huguenots de fuir les "dragonnades" des troupes de Louis XIV, dont la méthode avait été testée en 1655 dans le Piémont.


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Et d’autres auteurs protestants, Guillaume Dampierre ou Raveneau de Lussan, prenaient le relais pour passionner les lecteurs par d'autres grands reportages, racontant cette fois l’épopée des boucaniers des Caraïbes, chassés de Saint-Domingue par les premiers amiraux esclavagiste mandatés par Louis XIV, mais profitant de la complicité des tribus indiennes pour traverser l’isthme de Panama, au rendez-vous de l’île d’or, pour aller écumer les cités espagnoles de la côte Pacifique.


(1) Histoire des vallées http://hautes-alpes1789.ifrance.com/05175.html
(2) l’historien américain Ramsay MacMullen spécialiste de l'Empire romain, a montré que Constantin a «paganisé» le catholicisme.
(3) Les protestants ont toujours eu une lecture différente du personnage de Marie-Madeleine http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc75.htm
(4) http://books.google.fr/books?id=BfQzHQAACAAJ&dq=histoire+de+l%27ex%C3%A9cution+de+m%C3%A9rindol&lr=&ei=_101SrGXGJviygTX3oG2Bg
(5)http://www.alde.fr/FR/vente_livres_autographes/v10460_alde/l1458916__ger_jean_histoire_generale_des_eglises_evangeliques_des_vallees_de_piemont_.html
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Rendez-vous_de_l%27%C3%AEle_d%27Or

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