Périscolaire : la colère gronde dans l'animation

La réforme des rythmes "scolaires" a amené de nombreuses modifications. Si sur le fond, elle va dans le bon sens, il faudra du temps pour la mettre en place efficacement dans l'intérêt des enfants. En attendant, ce sont les animateurs qui en payent les pots cassés... Et la colère gronde... Résumé des épisodes précédents et explication de pourquoi une alliance historique se met en place.

 

 

Les invisibles des rythmes © SEP UNSA et Journal de l'Animation Les invisibles des rythmes © SEP UNSA et Journal de l'Animation

 

C'est historique. Pour la première fois un média de presse spécialisé (Le Journal de l'Animation) et une intersyndicale regroupant des fédérations des syndicats CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, FSU et UNSA de la branche de l'animation, de la territoriale et de la fonction publique d'Etat (voir premiers signataires sur le lien ci dessous) lancent une alliance face à une situation insupportable.

Rappel des faits

En septembre 2013 démarre la mise en oeuvre de la réforme des rythmes. Face à la pression de l'association des Maires de France, le gouvernement cède et réduit le nombre d'animateurs par enfant. Avant pour les enfants de moins de 6 ans, c'était un animateur pour 10 (cela passera à un animateur pour 14 enfants). Pour les enfants de plus de 6 ans, on passe de un animateur pour 14 à un pour 18.

Cela se met en place par un décret expérimental (pour faire avaler la pilulle...). L'expérimentation dure 3 ans (jusqu'au 2 aout 2016).

Le décret est assez clair sur l'évaluation de cette expérimentation à son article 3 *. Chaque sigantaire d'un PEDT (Projet Educatif de Territoire) que ce soit une mairie, une asssociation, l'éducation nationale, etc. devra participer à évaluer le changement lié aux taux d'encadrement pour en voir les conséquences. En février 2016, toutes ces évaluations devaient remonter aux préfets et recteurs. En avril 2016, ces évaluations compilées devaient remonter aux ministères de l'Education et de la Jeunesse et des Sports.

Enfin, à la lecture des travaux, un nouveaux projet de décret devait être soumis aux partenaires sociaux.

Et vous devinerez jamais... Rien n'a été fait... Enfin, pour être exact, les dispositions ci dessous n'ont pas été respectées. Le ministère de la Jeunesse et des Sports à simplement fait un sondage auprès de 2500 communes et a demandé à ses services déconcentrés leur avis. Exit les partenaires associatifs, les parents d'élève et tous ceux qui sont coéducateurs et qui devaient au regard du décret de 2013 être sollicités.

En gros, les maires de France avaient demandé  en 2013 à devoir payer moins d'animateurs car c'est trop cher et on fait une enquête en leur demandant en 2015 ce qu'ils pensent de l'expérimentation dont ils étaient demandeurs... Je vous passe les résultats. Tous les maires sont satisfaits évidemment.

 

Un ministre sourd

Nous avons donc alerté le Ministre de la Jeunesse et des Sports pour lui dire que l'évaluation faite n'était pas légale. Nous lui avons demandé d'échanger. Nous lui avons demandé de pouvoir le rencontrer. Et... aucune réponse...

Au nom de mon organisation syndicale, le Syndicat de l'Education Populaire UNSA, je lui ai écrit le 10 mars 2016 pour lui proposer une négociation globale sur les nombreux chantiers en cours (refonte de la formation et des diplômes, taux d'encadrement, direction avec le BAFD, refonte de la politique enfance jeunesse de la CNAF, volontariat dans l'animation, création des postes de cadre de l'animation dans les collectivités locales, etc.).  Nous avions besoin d'un cap politique clair pour le secteur de l'animation alors que cela partait dans les sens; sans cohérence. Et vous devinerez jamais... Pas de réponse.

 

Et qu'en pensent les animateurs?

C'est ainsi qu'une intersyndicale et le Journal de l'Animation ont sollicité les animateurs pour contre balancer l'enquête ministérielle et avoir un autre avis. Sur 3000 animateurs sondés :

  • 87% des animateurs considèrent que les nouveaux taux d’encadrement ont conduit à une dégradation de la qualité éducative des accueils périscolaires,
  • 81% des animateurs considèrent que les nouveaux taux d’encadrement ont conduit à une dégradation de la sécurité des mineurs,
  • 91% des animateurs considèrent que les nouveaux taux d’encadrement ont conduit à une dégradation de leurs conditions de travail.

 

 

Un but partout, balle au centre

Face à ce passage en force, aujourd'hui, une intersyndicale historique dans le secteur de l'animation  regroupant des fédérations des syndicats CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, FSU et UNSA de la branche de l'animation, de la territoriale et de la fonction publique d'Etat, lance une pétition pour alerter l'opinion publique. Ce sont  les conditions d'encadrement de nos enfants qui sont en jeu.

En l'absence de réponse du gouvernement, il devient de plus en plus probable que pour la première fois dans l'histoire de l'animation, un appel à la grève nationale soit lancé en intersyndicale à l'occasion de la prochaine rentrée scolaire. La colère gronde et les animateurs n'ont plus rien à perdre.

Par ailleurs, mon organisation syndicale a décidé d'attaquer au Conseil d'Etat le projet de décret sur les taux d'encadrement dans les PEDT qui va sortir prochainement.

Est ce que l'été va permettre de dénouer cette situation? Est ce que le secteur de l'animation va continuer à être méprisé parce qu'il ne s'exprime pas aussi fortement que l'Association des Maires de France? Est ce qu'on va devoir aller vers une grève dans l'animation à la rentrée scolaire pour se faire entendre ? La balle est dans le camp adverse.

La suite au prochain épisode...

 

Patrice WEISHEIMER

Secrétaire général du Syndicat del'Education Populaire UNSA

Et papa d'un petit garçon qui va entrer à l'école maternelle

 

Pétition : PERISCOLAIRE NON à la casse des conditions de travail OUI à des temps éducatifs de qualité pour les enfants

https://www.change.org/p/periscolaire-non-%C3%A0-la-casse-des-conditions-de-travail-oui-%C3%A0-des-temps-%C3%A9ducatifs-de-qualit%C3%A9-pour-les-enfants 

* Décret n° 2013-707 du 2 août 2013 relatif au projet éducatif territorial et portant expérimentation relative à l'encadrement des enfants scolarisés bénéficiant d'activités périscolaires dans ce cadre : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027800731&categorieLien=id

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