DEMOLITION MAN

Demolition Man © leoguingouin
Demolition Man © leoguingouin

Vous vous souvenez sans doute des images révélées par le Petit Journal au mois de juin 2012 : Jean-Pierre Gorges, député, maire de Chartres se dit : « Indestructible, Terminator » devant les caméras, dans une discussion avec Jean-François Copé, pendant la journée d’arrivée des nouveaux députés à l’Assemblée Nationale, le 19 juin 2012, soit 2 jours après son élection avec 50,80 % et 818 voix d’écart avec le candidat socialiste. Ce qualificatif audacieux est quelque peu éloigné de la réalité du personnage, considérant son obstination à vouloir détruire les bâtiments actuels de la mairie de Chartres. L’Aiguillon lui suggère le qualificatif de « Demolition man », plus adapté.

Un nouvel épisode dans le dossier « palais du maire » vient s’ajouter à la légende du sinistre « Demolition, man ». Jean-Pierre Gorges, le petit baron cumulard local, tout décidé à édifier un monument à sa gloire avant la fin de son deuxième (et ultime?) mandat à la tête de la commune de Chartres, accélère et tente de passer en force en publiant, à la fin du mois de mai 2013, un permis de démolir concernant l’actuelle mairie de la ville.

Le panneau informant le public, discrètement placé derrière la mairie (rue Saint-Michel) informe le citoyen chartrain très succinctement de la« démolition de bâtiments administratifs » d’une hauteur de 13,60m sur un terrain d’une superficie de 4836m². Pour en savoir plus, il faut consulter le dossier à la mairie de Chartres.

Ce qu’a fait le collectif « Réhabilitons! », qui proteste contre la destruction des bâtiments actuels, témoins du passé chargé de la ville, qui plus est, construit en béton armé, pour durer donc… D’autres arguments, de bon sens, s’ajoutent à la longue liste de griefs que l’on peut porter au projet : coût pour la commune (50 millions d’euros annoncés – soit tout de même 325 millions de francs environ pour les plus anciens ! – mais au moins 90 millions d’euros en considérant les coûts cachés – cf. numéros 130 à 134 de l’Aiguillon disponibles sur notre blog et sur demande aiguillon28@gmail.com ) ; bâtiments déjà adaptés à l’accueil de public handicapé d’après le collectif ; possibilité de réhabiliter les bâtiments existants pour un coût largement inférieur au projet porté par « Demolition man »

Deux documents récents dans le dossier de destruction de la mairie attirent l’attention du collectif « Réhabilitons ! » :

  • L’avis de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) du 3 mai 2013, aux conclusions mitigés quant à la demande de démolition des bâtiments constituant l’actuelle mairie.

  • L’arrêté du député-maire de Chartres daté du 24 mai 2013, permettant de démolir des bâtiments administratifs (l’affichage au public n’étant intervenu que le 31 mai 2013 d’après les membres du collectif) ;

L’avis de l’architecte des Bâtiments de France, daté du 3 mai 2013, comprend deux parties :

1/ un « avis conforme favorable au titre du secteur sauvegardé (…) [et] des abords des Monuments Historiques sous réserves »concernant la demande de démolition du pavillon rue au Lin et de l’ancienne bibliothèque municipale ;

2/ un « avis simple défavorable au titre de l’architecture du XXème siècle » concernant la demande de démolition de l’aile Maunoury de l’Hôtel-de-Ville, arguant du fait que cela ferait disparaitre « un élément significatif de la reconstruction de Chartres, repéré à l’inventaire des architectures du XXeme siècle en région Centre. » L’architecte des Bâtiments de France souligne que « sa valeur est symbolique et historique autant qu’architecturale, s’agissant du témoin majeur de la reconstruction du siège de la Municipalité, édifice emblématique, suite aux bombardements de 1944, qui ont frappé l’ensemble de l’îlot, l’hôtel Montescot, ainsi qu’une partie du quartier alentour. »

L’architecte conclut son avis en rappelant les dispositions du code de l’urbanisme, informant le demandeur, JPG alias « Demolition man », qu’en conséquence de cet avis « il ne pourra se prévaloir d’un permis tacite à l’issue du délai d’instruction. »

En application du code de l’urbanisme, le demandeur peut contester l’avis de l’architecte des Bâtiments de France auprès du préfet de région dans un délai de 7 jours suivant sa réception. L’avis de l’ABF a été reçu par la mairie le 16 mai 2013, en atteste le tampon sur le document consulté.

Et pourtant, que fait « Demolition man » dans le délai de 7 jours après avoir reçu l’avis de l’ABF? Il ne conteste pas l’avis et prend par arrêté, le 24 mai, un permis de démolir !

Le permis de démolir est loin d’être clair. Ce document, que l’Aiguillon a pu consulter grâce au collectif « Réhabilitons! », dispose que le maire, délivre « un permis de démolir » de « bâtiments administratifs situés place des halles ». Mais de quel bâtiment parle-t-on exactement ? Le permis de démolir parle simplement des sections n°AL 0022, AL 0023 et AL 0152.

Dans ce document, le maire, considérant l’avis favorable conforme de l’ABF concernant la démolition du pavillon rue au Lin et de l’ancienne bibliothèque municipale ; ainsi que l’avis simple défavorable sur la démolition de l’Hôtel de Ville, aussi nommé Aile Maunoury ; « Demolition man » arrête l’accord du permis de démolir pour « le projet décrit dans la demande susvisée » (sic).

La description du « projet » étant on ne peut plus flou…

Ainsi, l’article 3 du permis de démolir dispose que les prescriptions émises par l’ABF devront être strictement respecté, notamment les réserves permettant la démolition du pavillon rue au Lin et de l’ancienne bibliothèque municipale. Cependant, il n’est fait nulle mention dans cet article de l’aile Maunoury, pourtant rappelé dans le considérant du permis de démolir…

« Quand il y a un flou, il y a un loup » disait une figure de la scène politique nationale l’an dernier. « Demolition man », dans sa mégalomanie débordante, souhaitant visiblement à tout prix imposer son choix de destruction de bâtiments appartenant au patrimoine architectural chartrain, en dépit du bon sens économique, tente de maîtriser l’art du flou pour atteindre son but.

« Demolition man » est-il réellement, comme il l’affirme, indestructible? Viendra-t-il à bout du béton armé constituant l’actuel bâtiment de l’Hôtel de Ville? Ce projet, évalué à 50 millions d’euros par la mairie, 90 millions d’euros d’après l’Aiguillon (en considérant les coûts cachés) tiendra sans aucun doute en haleine les citoyens chartrains jusqu’aux prochaines élections municipales, dont il sera un enjeu crucial. A condition que l’Hôtel de Ville ne soit pas détruit avant, au mépris de tout débat démocratique local…

 YP et Léo Guingoin

Note : article publié sur le blog de l'Aiguillon, mensuel local Chartrain, indépendant et bénévole, le 6 juin 2013. Un extrait de cet article est également publié dans le numéro de juin 2013. 

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