Sans émotion

Le 11 Janvier 2015, je suis le déroulement des manifestations sur le live organisé sur le site du journal Le Monde. La photographie jointe a illustré pendant quelques instants ce jour un article décrivant sur ce site le cortège réunissant les "chefs d'Etats et de gouvernement".

On peut s’étonner de la présence dans ce cortège d’une personne ne disposant d’aucun de ces titres, ni même d’un quelconque mandat électif. On peut s’étonner qu’un ancien président de la République, souhaitant également le redevenir, se montre, de plus dans un tel moment, aussi irrespectueux des protocoles de cette République, comme du titre des personnes qui l’entourent. On peut même s’étonner que cette dernière tolère cette tentative d’usurpation de titre, que cette attitude ne soit pas par elle ni critiquée ni sanctionnée.

D’autres l’ont ensuite raillée, dans les formes, et, au passage médiatisée.

Mais à ce moment le plus incompréhensible a été que le Le Monde choisisse précisément d'associer cette photographie à la légende mentionnant des "chefs d'Etat et de gouvernement". Durant toute la durée de ce très long live, j’ai vainement tenté d’obtenir des explications auprès des journalistes modérateurs. L’article en question a très vite trouvé une autre illustration. La photographie, telle que je la publie (c'est une capture d'écran), avec cette légende, a été ensuite utilisée, le même jour, dans un diaporama présentant un résumé de la journée de manifestations, toujours sur le même site d’informations.

 Alors je cherche à comprendre. Pourquoi un journal de presse, qui bénéficie de l’autorité que lui confère ce titre, décide t-il, en choisissant d’associer cette photographie à cette légende de publier un mensonge. Pourquoi, se faisant, il se fait délibérément complice de cette sorte de discret coup d’état médiatique, dans lequel un chef de parti d’opposition ravi pendant quelques instants, dans les formes protocolaires, le titre de chef d’Etat. Pourquoi, au lieu d’être vigilent sur l’exactitude de ses publications, il choisi de montrer qu’il peut être utilisé in fine comme vecteur d’une propagande.

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