Le suivi médical des apprentis doit être assuré par des médecins du travail

La société française de médecine du travail (SFMT) réagit à l'amendement déposé par des députés visant à proposer aux apprentis d'avoir leur visite médicale d'embauche faite par des généralistes. La SFMT souhaite que ce suivi reste réalisé par des professionnels de la santé au travail.

Des députés ont déposé un amendement au projet de Loi « avenir professionnel » visant à envisager de confier la visite des apprentis au médecin généraliste, à l’embauche. Il a été voté et soutenu par la ministre du travail, Madame Muriel Pénicaud, lors du débat à l’assemblée nationale :

Pour un apprenti embauché en contrat d’apprentissage, la visite d’information et de prévention mentionnée au deuxième alinéa du présent article peut être réalisée par un professionnel de santé de la médecine de ville lors qu’aucun professionnel de santé, mentionné au présent alinéa, n’est disponible dans les deux mois. Les apprentis, comme les salariés, doivent passer une visite médicale lors de leur embauche. Afin de désengorger la médecine du travail, il est proposé que les apprentis puissent passer cet examen médical avec un médecin de ville, au cas où il serait impossible d’obtenir un rendez-vous avec la médecine du travail dans les deux mois suivants de l’embauche.

La Société Française de Médecine du Travail rappelle que :

- Les apprentis sont une population à risque et en cours de formation, plus sujets aux accidents de travail et ne connaissant pas encore les effets des risques auxquels ils sont exposés et les moyens de s’en prémunir. Ils justifient non seulement un suivi médical mais aussi des informations sur les risques et sur les moyens de préventions que seuls des professionnels peuvent leur apporter. Davantage exposés aux risques professionnels, ils doivent donc impérativement être suivis par les professionnel.le.s des services les plus qualifiés pour le faire, c’est-à-dire, les services de santé au travail. L’infirmière en santé au travail formée saura, si besoin, informer sur les risques et détecter les antécédents médicaux qui pourraient interférer avec la carrière envisagée.

- Les décisions médicales à prendre pour ces jeunes apprenti.e.s à cette période de la formation, sont importantes, notamment en matière d’orientation professionnelle en fonction de leur état de santé et des risques inhérents à la profession future. Ces décisions nécessitent une bonne connaissance des risques professionnels et du monde du travail.-  Les services de santé au travail ne sont pas nécéssairement plus « engorgés » que nombre de cabinets de médecine générale. Dans certaines zones géographiques, la ressource médicale est rare et aurait les mêmes difficultés à assurer cette nouvelle mission. L’argument de

- L’ « engorgement » est donc infondé. Les médecins généralistes ne doivent pas être la variable d’ajustement du système de santé au travail, qui plus est, sans formation spécifique.

-  Les médecins du travail devraient être associés aux projets politiques concernant l’organisation du système de santé au travail. Il nous paraît nécessaire d’attendre les conclusions du rapport de la mission Lecocq pour introduire de nouvelles dispositions relatives à la Santé au travail.

Pour toutes ces raisons, la Société Française de Médecine du Travail demande à ce que cet amendement soit retiré et se tient à la disposition de la ministre et des parlementaires pour discuter de ce sujet.

Professeur Jean-Dominique Dewitte

Président de la Société Française de Médecine du Travail

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