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Billet de blog 6 mai 2011

Passe son Tours (portrait de Bruno Gollnisch)

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Bruno Gollnisch m'a donné rendez-vous au café Kléber, derrière le Trocadéro, à 18h. Un peu de retard, ça sera 18h30, j'attends en terrasse. Si le FN est un parti qui suscite beaucoup de fantasmes, ce qui donne le vertige ici c'est surtout le prix du Schweppes. Vient mon homme, que je découvre également adepte de l'eau tonique. D'aucuns évoqueront un effet Uma Thurman. Le Canard Enchaîné, Marianne et Le Monde sont posés sur la table, ainsi que son iPhone 4. Lui aussi va enregistrer l'entretien. Pas de "défiance" envers moi, mais une "question de principe instruite par l'expérience". On sent l'animal politique rôdé, serein, mais soucieux de se prémunir de toute potentielle déformation de ses propos. A éviter donc.

Rôdé, c'est le cas de le dire. L'homme a son petit passif politique, après bientôt quarante années passées au Front, des mandats plein les poches et plusieurs élections présidentielles aux côtés de Le Pen. Père. Conseiller régional en Rhône Alpes, son fief, depuis 1986, député européen depuis 1989... "Une expérience conséquente" comme il dit. A ce moment un serveur s'approche et glisse un enthousiaste "vive Marine Le Pen". Sourire en coin. Lui qui s'était présenté à la présidence du Front National en janvier dernier, persuadé d'avoir "davantage de qualités humaines et politiques" que son adversaire pour "conduire cette baraque". A tort ou à raison, complète-t-il. Bon joueur il a salué la victoire de "Marine", et lui reconnait aujourd'hui "des facultés d'adaptation importantes" et une intelligence politique. Il se félicite de l'engouement médiatique qu'elle suscite, mais regrette que les médias ne se soient pas intéressés au Front National et à son programme plus tôt. "Sur le plan humain, c'est un peu frustrant".

A disposition

S'il est difficile d'avoir à vivre avec une ancienne concurrente? Lui de répondre "bien sûr", sur un ton qui ne cache pas son amertume. Amer, comme le Schweppes qu'il vient de descendre en deux-deux. Avant d'ajouter "est-ce que ce n'est pas difficile de passer des vacances avec votre belle mère alors que l'affection que vous avez pour votre femme ne s'étend pas jusque là?". Il m'assure pourtant qu'il est en bons termes avec "Marine", et se dit "disponible" si l'héritière estime avoir besoin de lui. Si, seulement. De son mot, elle ne semble pour le moment pas être réceptive à toute aide qu'il pourrait lui apporter, "pour nouer des contacts à l'international, amener au FN des gens qui n'y sont jamais venus", ou ramener ceux qui en sont partis. Ceux-là qui ont quitté le navire avant ou au moment du changement de capitaine, estimant que le nouveau cap ne leur convenait pas. Ses amis Fernand Le Rachinel, Jean Verdon, Eric Pinel ou encore Carl Lang, dont il regrette les départs. "D'autant que s'ils étaient restés j'étais assuré de remporter le Congrès (de Tours)".

A 61 ans, ce docteur en droit international et passionné du Japon - qui lui a d'ailleurs donné sa femme - transpire la lucidité. Droit dans ses convictions, persuadé qu'il peut apporter à son parti mais aussi conscient que ça ne dépend plus uniquement de lui. L'élu du Rhône se dit pourtant "pas mécontent de lever le pied", il s'affaire sur d'autres fronts, "toujours membre du bureau politique du FN, député européen, à la tête de l'Alliance Européenne des Mouvements Nationaux (rassemblement des partis européens de "droite nationale", et présent dans le Rhône". L'énumération est impressionnante mais peine à dissimuler un certain regret. Après le Congrès de Tours, Bruno Gollnisch a refusé la place de vice-président du parti, "pour laisser Marine libre de ses mouvements, ne pas gêner" précise-t-il. Un de ses collaborateurs dira que c'est plus par amour propre, et pour ne pas être "sous les ordres" de la nouvelle présidente, après avoir si longtemps épaulé le père. Plausible.

Plâtres

Le 21 avril 2002, il l'a vécu comme un espoir. "Le succès du 1er tour a prouvé que c'était possible, avec nos moyens dérisoires on jouait contre les grands, mais le 2e tour a montré que nous n'avions aucun réseau dans le pays. Médiatique, politique, culturel". Et de pester contre la mobilisation anti-Le Pen. Alors directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen, il "essuie les plâtres" de la défaite, et préfère laisser Marine Le Pen s'en charger en 2007. Avec le succès qu'on lui connait. 2012? "Je peux aider, je peux tenir des réunions publiques [...], je peux [...]". Il peut ...mais l'envie dans tout ça? "J'en aurai envie si je constate que ça correspond à un besoin réel, que je fasse quelque chose d'utile. Si au contraire je sens qu'on me donne un hochet parce qu'il faut m'occuper, ça ne me motivera pas forcément ça c'est sûr".

Au fond, son grand dilemme: vouloir honorer des convictions tout en évitant d'apparaitre comme un contradicteur permanent à Marine Le Pen. "Pas simple".

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