Hiatus en Macronie: Paula Forteza à rebours de ses électeurs

Face à une candidate qui paraît ne pas considérer nécessaire de connaître ses dossiers vu que le gouvernement ouvert et la « flexibilité » va résoudre tous les problèmes, les électeurs semblent vouloir redonner une chance à cet objet désuet, la politique mais en attendent tout autre chose. Hiatus.

L’autre jour j’ai assisté à une réunion publique de la candidate En Marche pour la 2ème circonscription des français de l’Étranger (Amérique Latine et Caraïbe), Paula Forteza.

À vrai dire je n’étais pas un curieux comme les autres vu que je suis résolument insoumis et décidé à voter pour le candidat EELV – FI, Sergio Coronado, un vrai bon député qui travaille, indépendant de cœur et avec un bilan gros comme ça.

Bref, j’étais venu voir Forteza pour 2 raisons principales.

Premièrement lui poser une question technique qui me concerne en premier chef en tant que parent d’élève d’une école française au Mexique, celle des détachements que le ministère de l’Éducation Nationale ne donne ni ne renouvelle plus, mettant les écoles françaises à l’étranger comme celle de mes enfants dans l’impossibilité de se certifier et/ou conventionner. On m’avait dit que Forteza ne connaissaient rien à ses dossiers et je voulais m’en rendre compte par moi-même sur cette question un peu ardue.        

Deuxièmement, je voulais relayer la demande de Sergio Coronado et de sa campagne relative à un débat télévisé entre les 2 candidats. TV5 Monde a accepté l’idée d’un tel débat d’entre-deux-tours mais Forteza s’était jusque-là refusé à un tel exercice, ou plutôt n’avait pas répondu, ni dans un sens ni dans l’autre, vraisemblablement pour gagner du temps.

Devant une petite quinzaine de personnes, la candidate En Marche a donc commencé son panorama des propositions bateaux de son programme : flexibilité dans les financements « alternatifs » pour les lycée français de l’étranger, « dématérialisation » des services consulaires (càd fermeture de consulats au profit de procédures par internet), gouvernement ouvert et contrôle citoyen des élus au moyen des nouvelles technologies et, pourquoi pas mais c’est vague, « portabilité » des droits des français indépendamment du pays dans lequel ils se trouvent…  

Une fois ouverte la cession de questions/réponses, je prends la parole et pose ma colle sur les « détachements ». Évidemment la candidate me demande de préciser. Bon bougre, je précise. Pour toute réponse elle me répète sa tirade sur la « flexibilité au cas par cas » des financement et des recrutements dans les établissement d’enseignement français à l’étranger. C’est à dire l’inverse de ma préoccupation !!! Appelez moi vieux-jeu mais je ne souhaite justement pas d’un recrutement local, ou pas exclusivement, sinon avoir des profs de l’Éducation Nationale, formés sous la bannière « Liberté, Égalité, Fraternité ». C’est pour ça que je paye, et cher, une école française pour mes enfants, car oui, les écoles françaises à l’étranger sont conventionnées, mais privées.

Deuxième tentative de botter en touche de la part de la candidate et là un truc incroyable : une des personnes du public prend la parole pour aller complètement dans mon sens. Mieux encore, une autre macroniste en marche rebondit et va même plus loin : non seulement il est important pour elle de renforcer la tutelle de la métropole auprès des personnels enseignants mais aussi dans la « gouvernance » des établissements. Le cas de Mexico a été un cas d’école de gestion mercantile de la marque « Lycée Français » de la part du propriétaire de l’entreprise, face à laquelle ni l’ambassade ni l’AEFE, l’agence de tutelle des établissements éducatifs français à l’étranger, n’ont rien pu faire.

La candidate s’en étonne et commente que justement les associations de parents du Lycée Français de Rio souhaitent le contraire et que donc son approche au cas par cas serait justifiée. Rire dans la salle de la part d’une grande partie du public. Une maman d’élève du Lycée explique à la candidate que dans le cas de Mexico l’association de parents d’élèves est notoirement une coquille vide construite par la Direction et ne sert qu’à donner un verni pseudo-démocratique aux décisions de celle-ci pour empêcher tout dialogue réel avec les parents. Pratique on ne peut plus classique ici au Mexique et sans doute similaire au Brésil, même si notre candidate franco-argentine fait mine de l’ignorer.  

Bref, durant 40 minutes, la salle a discuté sur le thème de l’éducation en allant à rebours des proposition de la candidate qu’elle était sensé venir soutenir !!! Forteza elle, assistait en silence au débat. Démocratie réelle oú la candidate écoute à ses électeurs ? Ou plutôt scène surréaliste de mandat à l'aveugle au nom de l'espoir suscité pour certains par le jeune président ? Une mère de famille a résumé assez bien la position de l’assemblée, aux antipodes du discours de la candidate : « nous voulons un Etat qui nous protège, un Etat qui puisse répondre à nos besoins ». Hiatus.

Après une petite vingtaine de minutes sur le gouvernement ouvert, apparemment le seul sujet qui semble vraiment intéresser la candidate et la baguette magique qu’elle ressort pour résoudre tous les sujets, je pose ma question sur le débat avec Sergio. Alors là le ton change : « on voit bien d’où vous posez vos questions Monsieur ». En même temps elle n’a pas tort, je suis effectivement là en sous-marin, poli mais sous-marin.

Réponse : TV5 avait d’abord dit que non (j’avais une autre info) puis que oui, donc on regarde ce qu’il est possible de faire, l’agenda est compliqué, on a plein de voyages de prévus, etc. J’insiste un peu et on me renvoie dans les cordes : "notre priorité n’est pas celle là, c’est d’aller à la rencontre direct des français de la circonscription".  

Et là rebelote. Prise de parole bienveillante mais critrique des authentiques macronistes de la salle : « nous ne sommes pas d’accord, nous aussi nous souhaiterions voir ce débat, l’image donnée par la non réponse est déplorable, il semble que c’est toi qui refuses la discussion ». Tu m´étonne !!! J’ai failli faire voter les gens à main levée pour voir qui était pour ou contre le débat mais ça m’a paru un peu too much et j’avais déjà assez attiré l’attention sur moi. Ma conviction est que la majorité des présents aurait été pour…

Bilan de la soirée. Face à une candidate qui paraît ne pas considérer nécessaire de connaître ses dossiers vu que le gouvernement ouvert et la « flexibilité » (légale, administrative, financière, etc.) va résoudre tous les problèmes, les électeurs semblent en attente de tout autre chose. Il y a là selon moi un problème de communication terrible qui présage des déceptions brutales, peut-être pires que la douche froide post discours du Bourget. Car au même moment on sent un espoir nouveau et un confiance curieuse dans cet outil désuet que redécouvrent tous ces marcheurs : la politique.

A la fin de la séance mon voisin de siège se retourne vers moi et me dit « aller avoue : t’es Insoumis ? » Mais même démasqué et malgré ma présence peut-être incongrue parmi cette assemblée macroniste, la conversation a duré encore une bonne demi-heure, agréable et sans invective. Bien qu’on parte évidemment de positions idéologiques radicalement différentes, il y a beaucoup de points de rencontre possibles et en tout cas j’ai découvert ce soir là la possibilité d’un dialogue avec ces électeurs que je n’anticipais pas vraiment.

Affaire à suivre donc car les déçus du Fortezo-macronisme vont être nombreux. Les marcheurs que j’ai rencontré ne sont pas les moutons que l’on dit : ils sont critiques vis à vis des propositions de leurs dirigeants mais sont séduits par un dégagisme presqu’encore plus large que le notre. Peut-être sont-ils aussi encore un peu verts quant à cette chose bizarre et nouvelle qu’est pour eux l’engagement politique direct. Il sera tant de les convaincre un fois passé l’état de grâce. On lâche rien !!!

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