La Macronie est-elle anti démocratique ???

Napoléon, Clémenceau, De GauIle voire Pétain: il semble que les français, peuple de la Révolution, n’ont finalement que faire du pluralisme et de la Démocratie du moment qu’ils peuvent s’en remettre à un homme providentiel, à un sauveur en qui croire aveuglement et suivre sans discuter, En Marche, jusqu’à Jupiter s’il le faut.

Emmanuel Macron est en train de réussir ce qu’il y a peu il qualifiait lui-même de « hold-up » démocratique : plus de 400 député(e)s à l’Assemblée, une écrasante majorité absolue En Marche derrière lui.

Mais ce n’est pas seulement le nombre des député(e)s macroniens qui pose un problème à qui pense qu’un peu de pluralisme ne fait pas de mal en Démocratie. Le profil de ces parlementaires en fait une chambre très particulière.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la politique est affaire de spécialistes, bien au contraire. Pour paraphraser Clémenceau, je crois que la politique est un sujet bien trop sérieux pour la confier aux (seuls) politiciens.

Cependant la formule très troisième République du député-citoyen, tranchant depuis son bon sens populaire entre les options proposées par les spécialistes en question, n’applique pas pour ce bricolage de « Société Civile » envoyé au Palais Bourbon par la République En Marche.

Car l’archétype du député populaire est avant tout un militant. Formé sur le terrain des discussions locales et/ou sectorielles, le représentant au sens noble du mot d’une population, d’une catégorie ou d’une cause, travaillée au préalable et lui donnant une légitimité réelle.  

Le mouvement vient de la base vers la cime, du bas vers le haut, et non l’inverse. Cette armée de notables recrutée depuis le sommet par les stratèges de la Macronie n’a pas (à quelques exceptions prêt sans doute) de légitimité représentative et par là même démocratique.

Pire encore, les rangs de la République En Marche ont été remplis vaille que vaille dans un apolitisme le plus complet, revendiquant même le flou idéologique comme valeur cardinale et cri de ralliement. Mais l’idéologie au sens premier du terme est une boussole qui doit guider les choix d’un élu, choisi en connaissance de cause par ses mandants.     

Par ailleurs, le recrutement éclair, agenda électoral oblige, a provoqué un appel d’air irrésistible pour les plus ambitieux mais peu efficace pour sélectionner les meilleurs. La patente incompétence de beaucoup de candidat(e)s de la République En Marche, vue dans nombre vidéos devenues virales, met ces « helpers » macroniens dans la position d’employés subalternes en attentes d’instructions des cadres dirigeants.

Et c’est là que le bât blesse : ces député(e)s grognards de notre nouveau Napoléon, sans boussole idéologique ni repères liés à l’expérience, n’auront d’autre recours une fois à l’Assemblée, que de suivre les quelques personnes qui connaissent le cap et l’art de la navigation dans les eaux parlementaires, c’est-à-dire les quelques politiciens recyclés et autres lobbyistes placés stratégiquement dans l’Hémicycle par l’équipe de notre jupitérien président.

Ces caporaux de la Grande Armée En Marche sauront faire voter comme il faut les bleu-bites de la politique dont ils ont rempli les bancs de la Chambre et en premier lieu pour se désaisir eux-mêmes de leur mandat en accordant le passage par ordonnances de la réforme du Code du Travail.

Beaucoup a été dit sur ce « coup-d’Etat social » sur un sujet que d’autres auraient soumis à référendum et que notre président du renouveau démocratique va faire passer en force sans débat. Ou plutôt sans débat à l’assemblée car il semble évident que dans la rue la rentrée sera chaude.

Mais là encore tout est prévu. Le maintien ad aeternam de l’état d’urgence et l’inscription de la plupart de ses mesures répressives dans le socle de notre droit commun produira très vite ses effets, non contre de présumés terroristes, sinon contre les inévitables mouvements de protestation face aux lois antisociales du nouveau gouvernement.    

Tous les experts un peu sérieux s’y accordent : l’état d’urgence n’a eu que peu d’effet sur la prévention des attentats. Ce qui pourrait fonctionner c’est un travail d’intelligence, en particulier cybernétique, non des politiques d’ordre public. En revanche, il est clair que les mesures d’exception ont eu un impact antidémocratique sur les manifestations contre la Loi Travail et sont liées à l’arrestation arbitraire de militants, l’escalade des provocations et violences policières, avec à la clef la mutilation et même la mort de manifestants. La rentrée sera chaude et la répression sera implacable, légale et légitimée par des média aux ordres.

Car Macron a en effet entre ses mains tous les pouvoirs, y compris le quatrième. Passons vite sur la propriété de la presse en France, sur les concerts de louanges au nouveau président, imposant un état de grâce qu’on peinait à voir ailleurs que dans le poste : le poids autocratique du nouveau régime s’est déjà fait sentir auprès de éditeurs, sous forme de sélection préalable des journalistes accrédités pour suivre la cour présidentielle, de coups de fil aux rédactions et d' intimidation des agences moins établies et alternatives, état d’urgence oblige.

Last but not least, la liberté d'information et de débat est bafouée par les candidats En Marche en campagne, qui à l'unisson refusent les débats proposés par leurs adversaires. Peur d'exposer leur incompétence crasse ? En Amérique Latine, la candidate Paula Forteza a débouté sous prétexte d'agenda l'offre faite par TV5, comme l'a confirmé à l'équipe de Sergio Coronado, lui disposé à se livrer à cet exercice démocratique, Le directeur de la rédaction de TV5 Monde Laurent Lejop:

 

Cher Sergio Coronado,

Je suis au regret de vous annoncer que le débat de second tour que nous tentons d'organiser sur notre antenne ne sera pas possible.

Je viens de parler avec la directrice de campagne de votre adversaire Paula Forteza. Elle m'indique que pour des raisons d'agenda et de logistique, elle ne pourra se prêter à l'exercice.

Croyez bien que nous en sommes désolés. 

Nous couvrirons cependant la campagne du second tour dans votre circonscription par un reportage de notre correspondante Laurie Fachaux que vous avez déjà rencontrée.

Meilleures salutations,

      

Quand on additionne tous ces soupçons antidémocratiques, ces indices d'autoritarisme masqué, on obtient un panorama pas vraiment réjouissant pour les cinq années à venir. On peut limiter les dégâts dimanche, samedi pour moi qui vote en Amérique Latine, mais on ne peut plus renverser la tendance. Il va falloir vivre avec et résister comme on peut dans les limites légales que voudra bien nous laisser le pouvoir absolu, ou aux limites de celles-ci si nécessaire.

Car les français, qu’ils aient votés ou qu’ils se soient abstenus, ont voulu, ou n’ont pas voulu empêcher, cette situation. J’évoquais plus haut l’image de Napoléon, celle de Clémenceau, on pourrait aussi citer De Gaulle voire, en étant un rien caustique, Pétain. Il semble que les français, peuple de la Révolution, n’ont finalement que faire des outils concrets du pluralisme et de la Démocratie du moment qu’ils peuvent s’en remettre à un homme providentiel, à un sauveur en qui croire aveuglement et suivre sans discuter, En Marche, jusqu’à Jupiter s’il le faut.

Le combat pour la Démocratie, sociale, humaniste, écologique, semblait acquis et consolidé. Sans doute faudra-t-il rependre les armes du débat et des arguments pour le remettre sur les rails. On lâche rien !!!

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