« Les nouveaux chiens de garde », un documentaire qui dérange

« Les nouveaux chiens de garde » (2012) pointe du doigt d'une main de fer, les complicités méconnues entre les médias, les politiques et les marchés. Il s’agit de faire la lumière de façon burlesque mais étoffée, sur les liens invisibles qu’entretiennent les gros titres et les grands noms. Une belle réussite toutefois entachée par des paradoxes et une structure fragile.

 Realisé en 2012 par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, « Les nouveaux chiens de garde », est un documentaire qui s'inspire de l'écrivain Paul Nizan et de son ouvrage « Les chiens de garde », un pamphlet dénonçant l'idéalisme débridée des grands philosophes du XXème, délaissant les vrais enjeux sociaux-économiques.

Le documentaire reprend la même ligne directrice en s’attaquant aux médias et leurs collaborations avec le gratin politique et l’industrie française. Étoffé par des images d’archives et des témoignages de spécialistes, le film tire la sonnette d’alarme ; la presse indépendante est aux mains des groupes industriels, pervertie par le marché et gangrenée par la manipulation. Le film est récompensé d’un César en 2013 pour le meilleur documentaire, une décoration méritée. 

« Les nouveaux chiens de garde » c’est du journalisme sur du journalisme. Un documentaire aux airs de reportage, agrémenté par des intervenants, des images d’archives et des visuels ludiques. Un surprenant tour de force, permettant d'échapper à un pamphlet rébarbatif et insipide. Toutefois, ce format simplifié donne un aspect de brouillon, la mise en forme rappelle les émissions du style Le petit journal ou encore Les Guignols de l’info. L’information et le message sont au rendez-vous mais le style décalé, presque loufoque fait penser à une émission de télé satirique, sans grandes prétentions.

Autre ombre au tableau, le documentaire est peu structuré, désavantagé par sa longueur d’une heure et demi. Une série aurait été un choix plus judicieux, permettant de rentrer plus en détails dans certains aspects, comme la question des journalistes payés pour faire de la promotion de produits. De plus, une structure épisodique permettrait de mieux apprécier chaque points analysés.

 Dans son ensemble le film est donc long, c’est un enchevêtrement de controverses trop nombreuses. Le métrage lance tellement d’informations qu’on s’y perd. Il survole les grandes lignes de chacune d’entre elles, laissant le spectateur sur sa faim. Les réalisateurs nous donnent une vue d’ensemble sans profondeur qui donne envie d’en voir et d’en savoir davantage.

 Le documentaire est parsemé de paradoxes, il dénonce une presse politisée, aux services des hauts fonctionnaires. Il est évident que le film est avant tout une oeuvre de gauche. Reprenant les idées de Paul Nizan, écrivain communiste, engagé dans la lutte sociale, le film est nourri par des intervenants issus de la gauche. Michel Naudy qui apparaît plusieurs fois à l'écran est un ex-candidat au PCF (Parti Communiste de France) et autrefois chef politique du journal socialiste L’Humanité. La société qui a produit le documentaire, Acrimed a été créée par Henri Maler, lui aussi intellectuel communiste.

 De plus, le métrage prend clairement position et c'est tout à son honneur, cela dit il s'acharne sans doute trop sur les journaux de droite et les facettes du capitalisme. Le film se rattrape en ne dénonçant pas uniquement les médias de droite, étonnamment, il critique, à moindre mesure, le service public et certains médias socialistes.

 Dans l’ensemble, « Les nouveaux chiens de garde » est surprenant de par son contenu alarmant qui laisse réfléchir. Un gros cheveux dans la soupe qui surprendra beaucoup d’ignorants. Le métrage aux allures d’une enquête de Mediapart laisse des traces et fait mal. Son contenu condensé et ses infographies ludiques permettent de mieux faire passer la pilule aux spectateurs. Cela dit, la structure fragile, son format trop superficiel pour un dossier de ce genre et son militantisme viennent entacher de ce qui part d’une bonne idée.

 

« Les nouveaux chiens de garde », Gilles Balbastre,Yannick Kergoat, ACRIMED, 2012 / https://vimeo.com/233964518

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