Un véritable 21 avril à l'envers- Un scénario absurde mais pas improbable: Hollande candidat de la droite?

L'étude des derniers sondages est riche d'enseignement en matière de stabilité de l'électorat sur une vingtaine d'année. Cette affirmation peut paraître paradoxale tant les médias nous assurent que la population change, les votes peuvent passer d'une extrême à l'autre, etc.  En fait, pour se convaincre de cette stabilité, il suffit de s'arrêter à la comparaison des intentions de vote pour Bayrou et Sarkozy. Pour les officines IFOP, CSA, Harris, IPSOS, Bayrou tourne à 10% et Sarkozy entre 28 et 29,5. La somme des deux est comprise entre 38 et 39,5. Ce chiffre correspond exactement à l'étiage UDF et RPR d'avant la création de l'UMP, peut-être légèrement supérieur. Cela signifie notamment que le FN récupère ses votants absorbés par le tour de passe-passe opéré par Sarkozy en 2007. Autre signification, les gesticulations fascisantes du chef de l'Etat et ses arrestations dans les milieux intégristes musulmans ne lui rapportent rien. Cette année, les fascistes préfèrent l'original à la copie, pourtant fort ressemblante offerte par le trio Guéant-Guaino-Sarko. En digne héritier de Pasqua, le marionnettiste aux grosses ficelles, Sarkozy s'y prend les pieds et perd le peu d'âme qui lui restait.  

Ces grandes tendances ont quelque peu échappé aux officines de sondage. Je continue à penser qu'elles sur-valorisent Sarkozy et sans doute Hollande. Pourquoi? Sans doute  parce que leurs deux épouvantails, Mélenchon et Le Pen sont  plus haut qu'elles ne veulent le croire... Le cas Mélenchon est intéressant à plus d'un titre. Ceux qui ont été surpris par sa montée n'ont pas suivi les manifestations contre la réforme des retraites. Sarkozy a sans doute gagné, mais le mépris qu'il a manifesté pour les gens (un référendum aurait été fort utile pour ce nouveau converti à ce type de suffrage) a été durement ressenti et ravivé par ses sorties récentes sur les syndicats. Cela signifie que les réserves de Mélenchon sont largement sous-estimées. Le signe évident est le fait que ce candidat attire des foules qui ne sont pas "conduites sur les lieux" par des armées de bus et de trains mobilisées depuis des mois par les appareils de partis. Ce sont les gens du coin qui vont vers leur candidat et ils sont nombreux, très nombreux.

Alors le vote Hollande est forcément sur-estimé par les méthodes des quotas car Mélenchon échappe aux ajustements usuels (les gens ne se déclarent pas forcément pour lui dans les sondages), comme est sans doute sur estimé le score de l'extrême gauche et des verts (malgré leur étiage bas). La méthode des quotas est particulièrement mal adaptée pour traiter des votes proches de 2%. En effet, sur 1000 votants, 1% c'est 10 votants. Sur un échantillon de 1000 personnes qui représentent 35 millions de votants, vous pouvez n'avoir que 2 personnes déclarer voter pour un candidat d'extrême gauche, comme vous pouvez en avoir 15, "ajuster" est nécessaire... mais forcément il ne reflète rien puisque l'écart type est compris dans une fourchette de 2,5 % à 1,5%.

L'inverse du 21 avril 2002, pour un votant de droite (UMP ou Bayouriste) n'est pas le choix entre la candidate fasciste et Hollande, mais, entre deux candidats de gauche: Hollande et Mélenchon! d'où le titre de mon post...

Ce scénario n'est pas plus absurde que celui qui aurait été présenté à l'électeur moyen de gauche le 20 avril 2002 si on lui avait dit que son candidat avait été éliminé. Je ne suis pas naïf,  la probabilité de mon scénario est très basse car Sarkozy à fait un ménage à droite que n'avait pas fait Jospin. Mais, comme les officines de sondage depuis qu'elles ont été reprises par les grands patrons font plus de manipulations que de science, nous ne sommes pas à l'abri de bien des  surprises...

 

 

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