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Billet de blog 5 avr. 2014

La résistible marche Du FN vers le pouvoir

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La personnalité de la famille Le Pen cache la stratégie de prise du pouvoir de ce parti. Beaucoup de livres apparaissent sur les membres de ce qui, peu à peu, devient une sorte de clan financé par toutes sortes de voies. Cette polarisation sur les individus, le passé du père (et grand-père), la personnalité de la fille, de la petite fille, des satellites etc ; cache la stratégie consciente, organisée d’une marche vers la prise du pouvoir et, par la suite, l’instauration d’un gouvernement autoritaire et profondément xénophobe. Si on souligne, à juste titre, que Hitler a pris le pouvoir de façon démocratique, on oublie un peu rapidement qu’il en a été de même pour Mussolini. Dans une Italie politiquement instable, Victor Emmanuel II a proposé tout à fair légalement le poste de premier ministre à Mussolini, le 29 octobre 1922. Si pendant ce temps les fasciste marchaient sur Rome, Mussolini lui était à Milan. Cett marche a été plus symbolique que réellement déterminante. L’Italie de l’époque n’était pas l’Italie d’aujourd’hui. L’unification du pays était récente (1860) et s’était opérée par « le haut » sans que les peuples des différents territoires ne se sentent vraiment concernés par cette agglomération d’Etats plus ou moins souverains.  Ainsi, Mussolini a été perçu par les élites comme, finalement, une sorte de pis-aller pouvant donner une base populaire à un pays naissant. La marche des fascistes pouvait passer pour une sorte d’union populaire destinée à donner une base italienne à une Italie profondément divisée par l’histoire de ses régions.Les élites italiennes croyaient pouvoir écarter assez rapidement le danger fasciste, perçu aussi comme un rampart contre le socialisme qui s'installait en Russie.

En France, le calcul de la droite parlementaire ressemble à celui des élites italiennes. Ce qui est plus grave, c’est que ce calcul commence aussi à gangréner la gauche la plus proche de la droite. En 2006-2007, la droite sarkoziste a pensé pourvoir opérer une opération biologique consistant à récupérer l’enveloppe du virus de l'extrême-droite pour en faire un vaccin.  Victor Emmanuel croyait qu’il pourrait se débarrasser du fascisme dont il sous-estimait l’implantation. Le même raisonnement a été opéré par l’ancien président en France, qui, fort de son expérience de ministre de l’intérieur, pouvait annihiler le  front national. Dans les deux cas, l’histoire a montré qu’il n’en était rien.

Le parti des Le Pen emprunte plus à la stratégie fasciste, au parti fasciste qu’au parti nazi. Ainsi, si les dérapages négationnistes volontaires de Le Pen père (et grand-père) peuvent prêter à confusion (et c’est tant mieux pour qui les combat) et entretenir le flou, les choix stratégiques de la fille sont sans ambiguïté à rattacher à la tradition fasciste. Le choix du repli économique sur les frontières européennes et d’abord françaises, la préférence nationale affirmée, le discours à caractère social (démenti par ses votes libéraux au parlement européen et son absence d’engagement dans la lutte contre la réforme des retraites), l’arme de laïcité destinée à combattre les musulmans français et l’Islam en général, sont très proches des thèmes d’un fascisme rénové à la sauce gauloise.  De ce fait, le FN est plus un parti à caractère fasciste que nazi. La différence est importante car l’amalgame conduit à faciliter ce que les médias appellent improprement la « dédiabolisation » du FN.

Par ailleurs, le terme de « dédiabolisation » du FN est à ce titre instructif. Il signifie que ce parti accèderait à une sorte d’honorabilité et pourrait entrer dans la famille des partis parlementaires. Or, force est de constater que celui-ci ne renonce en rien en ses thèmes de prédilection, qu’il conserve ses caractéristiques de rassembleur et de fédérateur des extrême-droites et qu’il transforme les thèmes des droites traditionnelles dont il force à intégrer ses thématiques xénophobes. En fait, loin de se « dédiaboliser » le FN « diabolise » ceux qui tenteraient de s’approprier ses thèmes pour l’exclure de la vie politique.

Les dernières élections ont montré que sa présence est constante. Ses « victoires » relèvent de l’abstention de la gauche, mais la dangerosité de ce parti ne réside pas tant dans ses adhésions et les votes en sa faveur, qui pour l’instant semblent stagner, que dans l’extension de ses idées dans les partis parlementaires qui peu à peu perdent de leurs forces de propositions de par leur éloignement des préoccupations des citoyens. Cela est vrai pour la droite, mais aussi pour la droite du PS (ne parlons pas du Centre).

Les médias qui ne se veulent pas complices de sa résistible avancée doivent contribuer à analyser et mettre au jour sa stratégie de conquête. Cela passe par la révélation de la contradiction entre son discours et ses actes. Dans le passé on a trop souvent considéré que les désastres de la gestion de grandes villes comme Toulon étaient circonstanciels alors qu'ils résultent de la contradiction des discours rassembleurs et de ses fondements autoritaires.

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