Fierté grecque, Leadership allemand et l’inconsistance des présidents français

 

En 1966 le général De Gaulle décidait de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN. Cet acte marquait la singularité de la France par rapport à ses partenaires européens soumis pour des raisons diverses au « grand frère » américain. Le général De Gaulle savait pertinemment les risques qu’il prenait et les conséquences économiques diverses auxquelles il exposait le pays. Ce risque a été collectivement assumé. Depuis, surtout avec Sarkozy et Hollande, les présidents français n’ont eu de cesse de capituler devant les exigences de ceux qu’ils considéraient comme les plus forts. L’exemple type est le retour honteux au sein de l’OTAN décidé unilatéralement par Sarkozy et non contesté par Hollande. Que nous a apporté ce retour à part de placer des généraux  à des places aussi prestigieuses que vides de tout pouvoir et nous engager, éventuellement, pour des conflits qui peuvent ne pas nous concerner (Ukraine par exemple)? Quel rapport avec la Grèce me direz vous ?

Et bien je me demande (en fait non je connais la réponse) quelle aurait été l’attitude d’un Hollande ou d’un Sarkozy si la France était dans la situation de la Grèce. Je me doute de l’attitude d’un De Gaulle ou d’un Mitterrand face à l’épicière Merkel, je tremble pour l’autre alternative car cette dernière est mise en place tous les jours avec la politique choisie actuellement par la France.

Pour revenir à l’inconsistance des deux derniers présidents français, regardons leur attitude face au déballage des lanceurs d’alerte Snowden et Assange quant à l'attitude inamicale et menaçante des USA. Quelle a été la réponse cinglante française ? On l’attend encore et on l’attendra longtemps. Elle témoigne d'un manque de courage que n'ont pas eu les grecs. L’attitude grecque est mue par le constat que l’austérité décrétée par LAGARDE et MERKEL (et non par des institutions qui sont ce que les hommes en font) conduit à une catastrophe humanitaire. Nous le voyons tous les jours en France où une reprise plus que timide ne cache pas la détresse de 5 millions de chômeurs à temps partiel ou complet et de beaucoup plus de personnes si on compte leur famille et les emplois subis plutôt que choisis. Malgré les 2% du PIB communautaire la Grèce est « too big to fail », mais « big » renvoie à sa volonté de ne pas se laisser faire par des bangsters, des « teknosters », des « apparatsters », des « eurosters » et des gouvernements soumis à l’Allemagne et aux Etat-Unis.

Il est temps désormais de revoir les attributions de la BCE, de mettre en place un mécanisme de prêt aux Etats, de réintroduire le rôle des banques centrales comme véritables prêteurs en dernier ressort et de limiter ce rôle au minimum pour les banques privées qui devraient se voir priver, (sinon totalement mais en grande partie) de prêter à des Etats souverains. Toute la politique monétaire européenne et financière est à revoir, toute la fiscalité européenne est à revoir sinon à reconstruire.  Pour cela il faut que le président français joue enfin un rôle digne du président d’un des pays fondateurs de l’Europe. On a imposé une monnaie commune sans les éléments de la souveraineté européenne, sans défense commune, sans politique budgétaire commune, sans faire de l'Euro une monnaie de réserve comme le dollar US. Cela aurait été possible vu le statut d'Union de l'Europe. Pour ce dernier point, les évolutions timides récentes de la BCE ont souligné à quel point cette erreur avait été profonde. On a laissé jouer des Etats européens contre des Etats européens. En effet, l’Allemagne et la France par leurs prêts pour financer l’effort militaire grec ne sont pas « blanc-bleu » dans son endettement. On a laissé des banques privées jouer contre des Etats européens (les prêts consentis  à la Grèce ont servi à désendetter les banques françaises et allemande n’en finit on pas d’apprendre par diverses sources). Il faut que cela cesse.

La France a un rôle a jouer. Sarkozy et Hollande ont appris à baisser systématiquement la tête face à Merkel. L’épicière doit faire son métier d’épicier et les hommes politiques dignes de ce nom doivent reprendre les rênes de l’Europe. Mitterrand avait su s’imposer face à Helmut Kohl avec qui il traitait d’égal  à égal et non comme de suzerain à vassal comme l’image nous est donnée entre l’épicière et Hollande (comme du temps de Sarkozy où une vidéo représentait ce dernier en majordome).  Compte tenu de l’attitude de Merkel et des Etats Unis (l’affaire de l’espionnage US est malgré tout liée à ces histoires car elle relève d’un état d’esprit de soumission), le gouvernement français (ou les futurs car celui-ci a pour nom « soumission infinie au libéralisme sauvage ») doit imposer une nouvelle donne monétaire européenne, une nouvelle défense européenne hors de l’OTAN, la fin des discussions TAFTA et autres qui ne font qu’asseoir la prédominance US, imposer de nouvelles règles au FMI. Si la Grèce dans la situation où elle est a pu donner une leçon à l’Europe, la France est en mesure de donner un cours magistral pour une vraie Europe sociale et solidaire.

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