Côte d’Azur et aménagement territorial : « Vanité » ou sécurité des populations ? Ses élus ont choisi…

 

« Vanité » ou sécurité des populations ? Question provocante s’il en est. Pourtant, à voir ces élus de la Côte d’Azur se précipiter, se démener, courir de villes en villes et de quartiers inondés en quartiers inondés, on leur ne pourrait que louer leur sens du devoir.  On ne peut nier leur empathie face aux détresses, leur sympathie même face au désespoir des pauvres personnes qui ont tant perdu. Mais, cet élan compassionnel efface-t-il pour autant leur écrasante responsabilité dans ce qui arrive ? Peut-on croire que les maires des grandes villes de la Côte d’Azur sont des ignares qui ignorent la nature des sols, la géographie, le passé des villes et des quartiers dont ils ont la charge ? Peut-on impunément construire dans le lit d’un fleuve ? Gens sensés vous me direz que non. Et pourtant, prenons un exemple, le Polygone Riviera à Cagnes sur Mer ? Qu’es aco ? Et bien, c’est le projet fou de son maire qui ambitionne de concurrencer Cap 3000 de St Laurent Du Var, vaste zone commerciale des années 70 construit dans l’estuaire du Var (le fleuve) de l’autre côté de l’aéroport de Nice. Cap 3000 est en extension dans cette zone miraculeusement passée d'inondable à non inondable...  Polygone Riviera est lui sorti de terre dans le lit d'un fleuve côtier (voire même sur ce petit fleuve) : le Malvan. Bien sûr, comme toujours, on pourra sortir des contrats rivières passés en 2006 destinés à « dompter » le fleuve par des aménagements. Mais comme le précise le « Ficanas » : « Depuis 1990, il a débordé au moins huit fois. En effet il récupère les eaux venant de la Colle sur Loup et de Saint Paul de Vence, et il suffit d’un orage violent (et ils deviennent de plus en plus courants) pour voir la chaussée de l’avenue des Alpes inondée. A chaque fois la route est noyée et le rond-point où se trouvent les sapeurs-pompiers, complétement impraticable ».

http://ficanas.blog.lemonde.fr/2012/11/19/le-futur-centre-commercial-de-cagnes-est-il-en-zone-inondable/

Le Polygone Riviera ne constitue qu’une illustration de l’abandon sécuritaire (au sens de sécurité civile) de ce département aux mains d’élus très optimistes quant à leurs pouvoirs de maîtrise des éléments naturels. Autre exemple plus tragique : Mandelieu. Ah Mandelieu… Petite bourgade de 2000 habitants dans les années 70 et qui en quarante ans accueille 23 000 personnes !!! Ou croyez-vous que les quartiers ont été construits ? Sur les plaines inondables de la Siagne et du Riou, deux fleuves côtiers. Et dire que les élus blâment les victimes trop « attachées à leur véhicule »… Et oui, mais le problème c’est que la déliquescence des transports publics du département fait que sans voiture vous ne pouvez pas vivre dans cette région : travailler, faire ses courses. Les salariés qui utilisent le TER en savent quelque chose…

La litanie des zones inondables sur-construites est trop grande pour être énoncée. Soulignons simplement que les passés tragiques n’illuminent pas la réflexion des élus pour le futur. Par exemple en 1994, à Auribeau sur Siagne, des orages terribles ont emporté une école. La Providence a voulu que cet orage se produise un dimanche (26 juin)…


Ce que je veux dire, c’est que bien sûr, il y a une pression démographique sur le département qui présente beaucoup d’attraits. Bien sûr, des aménagements ont été réalisés par ces élus mais il semble que ces derniers préfèrent guérir par le béton que prévenir par l’exclusion de zones inondables ou soumise à mouvement de terrain. Or, gouverner c’est prévoir suivant le vieil adage qui n’est, ici, pas suranné. En général, les projets sont toujours sous-dimensionnés. Quand on lit dans le Figaro Eric Ciotti déclarer qu’on paye les choix de l’Etat réalisés il y a 50 ans, il dédouane très facilement ses collègues maires depuis 50 ans. Pourquoi l’Etat laisse-t-il faire des projets pharaoniques tels que ceux que j’ai mentionnés, (et il y en a encore combien dans les cartons ou en cours tels que la scandaleuse ZAC des Clausonnes à Valbonne (maire-sénateur socialiste) qui imperméabilise 20 ha ?).  Qui se soucie de la non moins pharaonique « Eco-Vallée » qui bétonnera durablement la vallée du Var ? N’est-il pas temps de sursoir à ce projet en convoquant des géologues, des mécaniciens des fluides, des spécialistes du climat, des géographes pour définir le possible de l’impossible ? Il ne s’agit pas de s’opposer aux conséquences de la pression démographique, mais de laisser s’exprimer sans entrave et objectivement l'opinion des scientifiques et des spécialistes de l'aménagement, français et étrangers, sous l’égide de l’Etat, même si ce dernier ne peut être un juge absolu. Les bilans étendus coûts-avantages établis par des parties non-prenantes devient essentiel.

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