L’immoralité de la « Gauche » face aux extrémismes ou Appel à une candidature unique

Les leaders de la gauche doivent s'unir face au triple mur des dangers des idées d'extrême droite et de la droite extrême. Pour faire reconnaître une gauche sociale, laïque et solidaire.

La victoire de M. Fillon, dimanche 20 novembre, et sa plus que probable victoire dimanche prochain interroge la gauche, la gauche sociale, laïque et solidaire. Cette dernière se trouve face à trois véritables murs qui se dissimulent, plus ou moins bien aux regards. Ces murs, si elle n’y prend garde, la cantonneront pour longtemps à un rôle secondaire pour des décennies.  Le premier est le mur de l’intolérance avec la famille Le Pen. Le discours « adaptable » de son leader, la fille du vieux routier de l’extrême droite, cache sous des dehors populaires (et pas simplement populistes) une pratique qui se met déjà en place çà ou là dans les villes que le parti de la haine a conquis.  Les deuxième et troisième murs sont défendus par celui qui a de bonne chance d’être le futur président. Ainsi, Fillon est le nom d’un certaine droite catholique, sans faire de procès en traditionalisme et intégrisme, la lecture  des mesures de son programme sur la limitation de la PMA aux hétérosexuels montre qu’il rejoint les vues de la « Manif pour tous », cela n’aura échappé à personne. Le troisième mur est celui d’un libéralisme inouï sous prétexte de compétitivité balaie la plupart des conquêtes sociales acquises depuis 1936 et 1945 avec le Programme du Conseil National de la Résistance.

La gauche est placée face à ses responsabilités. Le titre de ce papier avance « L’immoralité » de la gauche. Oui, la Gauche sera immorale si elle ne se saisit de cette conjoncture pour analyser et tirer les conséquences d’une possible victoire, soit de M. Fillon, soit de l’un des membres de la famille Le Pen. Pourquoi  « Immoralité » ? Face au constat facile que j’ai dressé et que dresse tout partisan de la Gauche, il serait immoral de laisser faire sans réagir. Or, la réaction à  la construction (ou au parachèvement) de ces murs, ne peut passer par le simple constat désabusé, par le « à quoi bonisme ». Elle interpelle les leaders de ceux qui veulent et croient en une victoire possible de la « gauche » pour qu’ils se ressaisissent. Comment le faire ? Ces derniers ont entre les mains la nature morale ou l’immorale du nouveau débat public qui doit s’instaurer. Ce dernier deviendra immoral dès lors que chacun des candidats déclarés ou en gestation s’adonne à son hybris c’est-à-dire en la croyance que seul il  peut représenter les valeurs de La gauche. Copé en  été victime de cet hybris là, tout autant que Sarkozy, Lemaire et autres. Mais il s’agit ici d’individus connus pour leur passé et cela n’engage qu’eux, car un « champion » est né parmi la droite qui sera unie et rassemblée. Un tel processus ne peut exister actuellement à gauche car chacune de ses composantes organise qui sa primaire, qui son refus de participer à des primaires, qui des candidatures en son  nom propre. Collectivement, les leaders de la Gauche, sociale, laïque et républicaine (cela ne fait pas de mal de rappeler ces trois termes) porteront la responsabilité de l’enterrement de la Gauche, s’ils ne parviennent à s’entendre sur un nom unique, sur un programme unique qui privilégierait (privilégiera) un programme garant de ces trois termes. Le temps n’est plus aux jeux de l’Ego, aux jeux de miroirs, à tirer dans les coins, aux coups de billards à n bandes. Il faut répondre à une attente, celle manifestée par les résistances au libéralisme des lois Macron, Valls-El Kohmry, au pacte d’irresponsabilité, aux grèves liées à la loi sur les retraites de Sarkozy-Fillon… Ce rappel n’a d’autre objet que de souligner qu’une grande partie de la population n’est pas dupe des mots « modernisme »,  « compétitivité », « réformes et  résistances aux réformes ». Les petites gens, les employés, les ouvriers, les chômeurs, les fins de droit, les retraités, les mères isolées, et tant d’autres encore seront gré aux leaders qui se réclament de la Gauche de les voir mettre un mouchoir sur leur petit ego (tout petit pour certains) et s’entendre pour éviter de désespérer une grande partie de la population : celle qui ne se reconnaît pas dans les valeurs de la droite extrême et de l’extrême-droite.

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