GAUCHE : LES CROCS PAS LA SEBILE

Oxymore mitterrandien, le "libéralisme de gauche" peut-il être un substrat idéologique suffisant ?

GAUCHE : LES CROCS PAS LA SEBILE

 

Il devient urgent de faire le point sur ce que doit être et ne pas être regardé comme une problématique de gauche, de bien faire la différence entre "sensibilité" et… conviction.

Le 'libéralisme de gauche" est un insupportable oxymore mitterrandien qui tient lieu d'idéologie à la social démocratie.

Le marqueur du renoncement idéologique de la "gauche" a une alternative de gauche c'est, en France, la démission des ministres communistes du gouvernement "Fabius" à l'été 1984.

La caractéristique majeure du "libéralisme de gauche" consiste dans la représentation des intérêts bien compris de l'entre soi du medef et de l'ena (et de ses avatars ou déclinaisons serviles).

La médiatisation du "libéralisme de gauche", censée rendre compte de l'opinion publique et de "l'intérêt général" lui aussi bien compris, occupe une place importante dans cette "idéologie". Le Trump bashing en est un exemple, il est indispensable de "passer" médiatiquement, l'habillage démocratique est indispensable au "libéralisme de gauche".

Quoi qu'il en soit… le problème n'est pas de tendre une sébile quand il faut montrer les crocs.

L'alternative occidentale n'est pas un balancement entre capitalisme de "gauche" et capitalisme décomplexé, entre "démocrates" et "républicains" pas seulement aux USA.

L'alternative occidentale de gauche ne consiste pas à réduire ou atténuer des "inégalités sociales", à assister les "pauvres".

La gauche ne défend pas un idéal chrétien... elle ne "secoure" pas, elle n'a pas "ses pauvres"...

L'ennemi, le débiteur, celui qu'il faut rançonner pour imposer la justice sociale et économique, c'est le monde occidental des très prospères "entreprises sans usines" quand le sous-traitant s’appelle la Chine, principalement.

Impossible d'ancrer une véritable alternative de gauche en ignorant la mutation du capitalisme occidental passé, depuis le début de ce siècle, d'industriel à marchand.

Impensable de ne pas comprendre les causes et conséquences de la "désertion" du capitalisme occidental, du passage de la réalisation de profits maximum à la conquête de marges commerciales maximales.

En occident, le consommariat a succédé au prolétariat, le mode de production capitaliste y a quasiment disparu, la combinaison capital/travail ne s'impose plus quand on achète pour revendre.

Le capitalisme, ici et maintenant, n'a plus besoin de rémunérer le facteur travail "productif" en occident tout simplement parce qu'il ne "produit" plus.

Le facteur travail demeure rémunéré mais principalement dans les prix d'achat chinois, la marge, et non plus le profit, est réalisée à la vente... en occident : le mode d'appropriation demeure inchangé alors que le capitalisme occidental a cessé d'être un mode de production.

Pourquoi et comment, alors que l'usine du monde est en Chine, emploi, croissance, innovation et tissu industriel pourraient-ils, devraient-ils demeurer en occident ?

Au sens littéral, c'est la question du siècle...

La réponse dessine l'avenir de l'occident : le consumérisme subventionné sur un marché vassalisé.

Nécessairement subventionné le consumérisme, le butoir du crédit hors-sol monétarisé est enfoncé depuis 2008, la demande occidentale n'est objectivement plus solvable... les capacités d'engagement des opérateurs économiques (ménages, entreprises, états) sont saturées, les faux-nez de la "finance" ne sauraient faire longtemps illusion : la monnaie n'existe pas... sans contrepartie.

Accumuler, c'est bien... mais, dans ce contexte, accumuler quoi est une bonne question, les doigts de la "main invisible" ne sont pas loin du bouton "off", d'autant moins loin que le "repositionnement" sur le yuan (pas sur le renminbi) n'est pas une vue de l'esprit, notamment du côté d'HSBC dont il faut rappeler, sans relâche, à la fois le statut, judiciairement avéré aux USA, de "too big to jail" et l'équivalent économique de cinquième puissance mondiale.

Loin... très loin du devoir chrétien de secourir "ses pauvres", voire mêmes "les pauvres" un véritable, et désormais incontournable, engagement de gauche consiste a militer pour un prélèvement opéré sur la marge (et non le profit) réalisée par les "entreprises sans usines", a minima équivalent à la rémunération du facteur travail plus distribuée en occident.

C'est la différence entre la charité et l'exigence de justice... entre financiariser la demande à crédit et pérenniser sa solvabilité... entre sensibilité de "gauche" et... conviction de gauche.

Les crocs, pas la sébile.

   

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