Cette Histoire qui nous entrave. «Une guerre» de Dominique Lorentz

Ce livre « Une guerre » de Dominique Lorentz fait trop mal. Une déflagration interne. Si ce qui est écrit dans ce livre, publié en 1997, premier ouvrage des éditions les Arènes, est vrai et cohérent, ce n’est pas un Tribunal des Générations futures dont nous avons besoin, mais d’un tribunal du passé. Ce qui est commis au nom du drapeau.

"Une guerre" Dominique Lorentz - Les Arènes - 1997 "Une guerre" Dominique Lorentz - Les Arènes - 1997
Un tribunal du passé, non pas pour régler des comptes avec des morts ou des quasi morts, ce qui est fait est fait, en notre nom (ayons-en conscience), mais pour signifier aux gouvernants que leurs actions seront jugées par les livres d’histoire. Est-ce que cette histoire est enseignée aujourd’hui ? Non ! Si les dirigeants d’hier ont à répondre de leurs actes et décisions devant les générations futures, peut être se comporteront-ils mieux au présent ou alors l’impunité totale continuera d’être la règle ?

Qu’aurions-nous fait à ce niveau de pouvoir, nul ne le sait ? Mais en tous les cas, nous, les simples citoyen.ne.s, avons toutes et tous à répondre de nos actes, quotidiennement. Ce n’est pas le cas des exécutifs. Si le pouvoir est à ce point un chèque en blanc dont les conséquences sont fatales, il faut se poser les bonnes questions sur ce pouvoir exécutif et le manque absolu de contre pouvoirs dans ce qu’on appelle « démocratie représentative ».

Anéantie par ce que j’ai lu. Hantée en revisitant les informations qui ont émaillé, heurté notre enfance, les attentats des années 80, les guerres. La violence inouïe de ce que nous avons traversé hier et que nous traverserons encore.
Bouleversée par la différence de ce que j’avais compris de ces « événements » de mon enfance et les causes décrites dans ce livre.
La parole politique complètement faussée, l’instrumentalisation du grand public des otages du Liban, mais aussi des raisons soit disant religieuses des terroristes qui étaient, en fait, des raisons purement énergétiques : l’arme nucléaire et la maitrise de l’atome.
Iran, Irak, Libye, Gabon, Congo, les kurdes, des milliards de francs, des assassinats maquillés en accident, la course à la bombe atomique, de Gaulle, l’Algérie, Chirac, Baroin, Bongo, Saddam Hussein, le Chah, Khomeini , les Etats Unis, Syrie… Insupportable de revisiter notre enfance, la guerre du Golfe, alors que nous armions auparavant en même temps l’Iran ET l’Irak. Insupportable de voir les fortunes colossales générées par l’Etat Français pour Dassault, par exemple, ou pour les industriels de l’uranium et de l’atome. Insupportable de voir les conséquences des décisions de nos dirigeants qui continuent d’impacter des millions de femmes et d’hommes dans le monde quotidiennement au nom de l’influence, des courses au pouvoir et de la guerre énergétique et économique. Insupportable de voir la responsabilité française et autres forces occidentales dans la prolifération des armes et des armes nucléaires. Des armes de surveillance données à des dictatures aussi. On continue aujourd’hui à célébrer en grande pompe la vente de nos avions d’assaut, nos chars… qui tuent des civils chaque jour.

Je n’ai pas de compétences pour juger de la véracité de ces faits. Mais j’en retiens une chose, comme après la lecture d’Avec les Compliments du guide d’Arfi et Laske, comment accuser aujourd’hui les gens d’être perdus dans les informations vérifiées et les fausses si ce qui est décrit dans ces livres est réel ? Les fakes news ne sont QUE la conséquence de mensonges prouvés et documentés depuis.

Les méthodes d’enquêtes de ces journalistes sont différentes, Dominique Lorentz écrit à partir de sources ouvertes (croisements d’articles, de mémoires d’hommes politiques (ex : Attali), accords de coopération… tandis qu’Arfi et Laske se fondent sur des informations d’enquêtes judiciaires (PV…) croisées avec des informations publiques.

Mais merde. Si les enlèvements et attentats d’hier, (années 80), Karachi, Libye, ont été les conséquences de pressions politiques sur des deals non respectés (retrocommissions, Eurodif, etc…), qu’en est-il de ceux d’aujourd’hui ? Douleur irradiante en écrivant ces mots. Et si les cycles étaient les mêmes ? Comment arrêter le cycle infernal des attentats sans en comprendre les causes profondes, les financements, les logiques ?

Comment construire le présent quand le passé n’est pas sur la table ?

Ce que j’apprends dans ces livres est qu’il n’est nul question de religions, qui sont des leviers d’instrumentalisation, mais de pouvoir. Energétique, financier, militaire.

Le mensonge, la dissimulation de ses actes, les forces de destruction ont gagné. C’est la même chose pour la finance, c’est la même chose pour les transnationales. Les civils, électeurs, électrices, les gens, sommes des jouets au service de la soif de puissance des certains que rien ne peut venir contrarier, hormis quelques voix éparses, isolées, sous pression, qui enquêtent, et qui sont menacées en permanence : lanceuses et lanceurs d’alerte, journalistes, dont la loi secret des affaires, vient encore un peu plus entraver le travail POUR NOUS.
De Denis Robert, à Irène Franchon, Antoine Détourné, Snowden, Greenwald, Poitras, équipes de Cash investigation, de Médiapart, Edouard Perrin, Marie Maurice, Wandrille Lanos, Arfi, Laske, etc, etc… toutes et tous tentent de lever le voile pour nous, nous éclairer, éclairer nos choix présents et futurs. Sortir de notre cécité, entrevoir la complexité du monde pour pouvoir, en conscience, apporter notre pierre.

Je pense à ces jeunes américaines et américains qui se battent pour interdir les armes à feu chez eux, qui se bat encore aujourd’hui pour le désarment mondial ? Personne. La guerre, la potentialité de l’effacement de zones de notre planète fait partie intégrante de nos systèmes de pensée. Gouvernés mondialement par des cinglés, à personnalités psychopathiques, nous sommes à la merci de jeux dont nous ne comprenons absolument rien.

Il y a des témoins de cette époque encore engagés publiquement, peut être devraient-ils remplir leur rôle d’intérêt public en nous aidant collectivement à affronter notre passé et donc notre présent ? Fabius, Juppé, Jean-Louis Bianco, Michel Roussin, Attali, Villepin, Baroin, Joxe, Messieurs, votre responsabilité est immense, vous étiez aux premières loges de ce passé, observateurs ou acteurs secondaires, nous n’étions que des enfants. Vous rendez-vous compte que nous ne pouvons avancer dans cette insoutenable obscurité qui pourtant nous engage de manière vitale toutes et tous, ainsi que nos gosses ?

Des dirigeants politiques, des partis, des loges, des services de renseignement, des fonctionnaires, des entreprises, de multiples réseaux mouillés jusqu’au cou dans ces affaires qui nous engagent à tout jamais. Pourtant il y a dû en avoir des débats, des luttes pour l’éthique en interne, dans toutes ces organisations ! Pourquoi ne pas dire les choses ? Pourquoi ne pas en évaluer l’impact ? Jamais un mot, jamais un pardon, jamais de bilan. Jamais rien. Nous essayons de construire nos vies, et un destin collectif dans des sables mouvants.

Quand sortirons-nous de l’ère de la dissimulation de ces secrets d’état et d’entreprises qui engagent nos vies en permanence ? Quand, et surtout comment ?

PS : si tu as des informations qui viendraient contrecarrer la lecture de ce livre, je suis preneuse, j’ai cherché, je n’ai pas trouvé. Cette phrase sur cette journaliste, éditée par les Arènes de Laurent Beccaria, seul à la soutenir dans son enquête trouvée dans Wikipédia me fait penser que les écrits de Dominique Lorentz étaient justes : "En 2006, elle est recrutée par l'État-major des armées, par l'intermédiaire des éditions Les Arènes, pour écrire la doctrine française de contre-prolifération nucléaire ; le contrat est bloqué sur intervention des services de renseignement ».

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