Facebook, ce méta-pays qui ne dit pas son nom

Partage d'expérience ;-). Pendant 26 heures, j’ai ressenti un sentiment étrange suite à mon éviction pour « usurpation d’identité » de Facebook. Je me retrouvais en dehors du bocal.

Celui que j’ai contribué à construire avec beaucoup d'entre vous depuis 8 ans. L'arbitraire de la désactivation de compte sans sommation, une sorte de violence inouïe, de négation des sujets que je porte, de tout le travail accumulé d’années et d’années, de posts qui sont une prolongation de moi. Je sais bien que j’ai la chance de vous avoir eu pour faire le tam tam et d’avoir été réintégrée si vite, les témoignages que j’ai reçus en nombre, montrent que ce n’est pas le cas pour certaines personnes qui n’ont jamais récupéré leur compte, et jamais eu d’explications.
Certains ont saisi la CNIL.
Je pense que nous sommes assez conscients des contreparties que nous acceptons de fait, mais c’est encore autre chose de le vivre.

Dans mon post il n’y a pas de diabolisation de quoique ce soit, il y a une communauté de personnes, des femmes et des hommes géniaux et d’autres moins cool, à l’intérieur comme à l’extérieur.

J’ai réalisé que j’étais très vulnérable. Et que nous l’étions tous sur ces réseaux.

Enfin, les éléments se relient. Pour moi,

Facebook est un méta-pays qui ne dit pas son nom.

La question n’est pas de savoir ici si c’est bien ou mal, la question est de savoir ici à quoi nous participons, contribuons, à quoi nous jouons.

Avec un drapeau (le logo), une constitution (les CGU), une place de marché, une banque centrale, un impôt, avec ces signalements de catastrophe, un espace public, des médias, des annonceurs.

Dans ce pays, nous sommes les sujets.
Ces sujets produisent un contenu vendu à des entreprises. Comme les serfs cultivaient les terres pour le seigneur. Ils travaillaient en échange de la protection de ce seigneur. Ici, il n’y a pas de gardes en heaume, mais des robots. Qui appliquent des règles algorithmiques décidées par des êtres humains.

Ce travail que nous réalisons tous les jours en échangeant, c’est là où se fait la collecte de l’impôt. Nous donnons une sorte d’impôt à facebook.

Ce pays ne participe pas à l’effort collectif du bien commun puisqu’il collecte l’impôt sans le redistribuer, nulle part. Ce pays est tentaculaire, nous avons été chacun les instruments consentants et les colonisateurs de son territoire d’1 milliard de personnes sur terre, il est bien au dessus des Etats traditionnels, bien au dessus de toutes les frontières.

L’annonce de Marc Zuckerberg de la création de sa fondation tant saluée à tort selon moi (magnifique manœuvre de défiscalisation), le consacre roi de ce pays qui se met au dessus des règles des pays, de décider de manière arbitraire quels sont les axes pour sauver le monde. Nous ne récupérerons aucun kopeck.
Comme dans un Etat, les décisions prises par la tête de ce que nous nourrissons nous engagent sans que nous puissions décider de quoique ce soit et contribuer.
Dans les deux cas, c’est avec notre argent.

Dans ce pays, on vous bannit du jour au lendemain pour des dénonciations sous X, une sorte de déchéance de nationalité.

Quelques uns s’émeuvent, mais ne réalisent pas toujours, demain c’est peut être moi. Exactement comme dans la vie réelle. Le fameux « Je n’ai rien à me reprocher », « tu as du forcément faire un truc qui contrevenait aux règles ».

Dans ce pays, on ne vous donne pas d’explications. On ne vous rend pas de compte.

Dans ce pays, il vous faut donner votre carte d’identité.

Dans ce pays, nous n’écrivons aucune règle et nous en sommes consentants.

Le fin mot de l’histoire pour moi c’est le cri, l’immense urgence de démocratie.

Et pour cela la seule vraie option sont les outils libres.
Qui ne nous fassent pas sujets.
Qui ne nous emprisonnent pas dans l’illusion d’un espace de liberté d’expression.
Qui nous émancipent.
Qui soient dans le partage.
Qui ne soient pas centralisés.
Oeuvrant pour le bien commun, celui que nous décidons chacun en tant qu’être humains.

Rien n’est grave, gagner en conscience les uns et les autres, témoigner de nos doutes, nos échecs, nos expériences, nous réussites, c’est ça la magnifique expérience de la vie !
On apprend, et on sourit ;-).

A toutes fins utiles, on peut aussi se retrouver ici : https://framasphere.org/u/quitterie et ici https://twitter.com/Quitt3rie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.