Place de la Rep © Photo qdv CC Zero Place de la Rep © Photo qdv CC Zero
Présidentielle, névrose nationale ? Symptôme d’une société immature, infantile, qui cherche dans les grandes figures paternelles, la sécurité, la délégation de ses propres responsabilités, l’autorité. Tout en voulant sa destruction au lendemain de la grand messe d’investiture.
Oedipe permanent, le père dans la figure présidentielle, la mère dans celle de la République, celle qui inclut tous ses enfants, qui la désirent car elle prend soin, elle protège de la naissance à la mort avec ses dispositifs sociaux. Le père-président est celui qui nous empêche d’être relié à « Ma » République (ce qu’on met chacun dans République), formant « Notre » République, qui nous accueille qui que nous soyons, quoiqu’on ait fait, sans distinction d’origine, d’histoire, de choix, d’erreurs, de « fautes »…

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Si l’on devait cocher toutes les cases de la névrose (selon Freud, merci Wikipédia) ça donnerait ceci (ce moment gênant où nous cochons toutes les cases ;-)):

Hystérie des acteurs : médias, partis politiques, corps constitués à l’approche de chaque élection présidentielle, tous les actes électoraux intermédiaires (élections locales, devenant des simples thermomètres de l’élection Présidentielle passée et à venir, négation totale du travail de tous les élus de terrain qui oeuvrent sans relâche, dans un dénuement presque total de moyens pour répondre à tous les drames sociaux).
Pas la peine de faire un dessin de cette hystérie, on nage 24/24 dedans. (sondages, côtes de popularité, trahisons, ralliements, remaniement, etc…)

Névrose obsessionnelle : tous les 5 ans, le même désir de destruction de l’autre camp, de haine de celui qui ne me ressemble pas.

Neurasthénie : Après l’hystérie collective, nous éprouvons toujours une immense fatigue et un grand désarroi. Suivie de nostalgie (« c’était quand même mieux avant », conservatisme…) Nous sommes prisonniers de notre culpabilité de ne pas prendre notre part au service de la cité à la hauteur de nos capacités au quotidien occupés à batailler pour notre survie, ou notre confort, ou la transmission alors que tout est incertain et hypothétique, au lieu de travailler à notre propre propre réalisation et notre capacitation à avoir prise sur le réel qui semble nous échapper (ce qui est faux, on peut). Les Présidentielles, ce grand moment où nous simulons d’accorder du temps à notre citoyenneté et l’occasion de nous défouler collectivement. Il y a un côté touchant : une « communion nationale », comme dans les finales de coupe du monde de foot, enfin on se sent ensemble, on parle politique partout dans les bus, les gares, à la cafétéria du boulot, au bistrot, en famille… Et malheureusement à l’inverse de la coupe du monde de foot, où soit on perd soit on gagne, là on a le sentiment de perdre toujours, chaque jour, pendant les cinq années qui suivent. Pour recommencer pareil le coup d’après.
Au lendemain, nous sommes toujours un peu plus divisés, un peu plus éloignés, blessés par les jugements de valeurs des uns, la victoire des autres, les promesses trahies de ces mêmes vainqueurs, humiliés d'avoir soutenu toujours pour le pire… Montent en nous colère, apathie, isolement, déprime.

Névrose phobique : vote contre, par défaut, ce corps étranger qui veut contrôler, mettre sous son emprise, peur de l’autre, de quitter nos zones de confort. La "gauche doudou" par exemple, sorte de madeleine de proust qui rassure sur les valeurs de mec ou fille bien, sans bien savoir pourquoi et en quoi ça définit vraiment. Il y a autant de gens qui se disent "de gauche" que d’incarnation de ce mot gauche. Idem pour les origines religieuses ou athées. Le tout formant des héritages, appelés à être digérés et transcendés. Pourtant ces camps de base dont nous sommes historiquement originaires sont bien pratiques car ils dessinent des ennemis imaginaires : les Autres, en général appelés "extrêmes", dont il y a sûrement aussi peu de points communs entre les gens qui accordent leur voix au FN que de points communs entre les gens qui accordent leur voix au PS ou aux "Républicains".
Ces camps imaginaires sont évidemment factices, essentiellement utiles au marketing électoral, à l’instar des parts de marchés de la grande distri qui segmentent la société en cibles (ménagère de moins de 50 ans, séniors, jeunes…).

Ces camps imaginaires sont nos prisons et traduisent notre résistance à affronter la réalité de l'intêret de l’Autre, et finalement à la rencontre de soi. Comment se découvrir, comment grandir dans l’entre soi ? C’est l’appauvrissement, le repli. « Je n’ai pas confiance dans les Autres. Ils voteraient la peine de mort, l’extermination des minorités, etc… » On peut finalement entendre :  « je n’ai pas confiance en moi, en ma capacité de juger, de me positionner, de décider. J’ai tellement peur de succomber à mes pulsions, mes peurs, que je préfère déléguer ».
Sauf que c’est la même chose à l’étage du dessus, celui de l’exécutif et de ses représentants qui cèdent à l’émotion, au temps court, à la peur. L’illustration suprême : une révision constitutionnelle en plein état d’urgence. C’est pour réduire l’instrumentalisation des peurs et de l’émotion immédiate que le temps de la loi est censé être long. Pour permettre le temps de la délibération, de la réflexion, du discernement.

De nombreuses expériences le montrent, lors d’un début de processus, les avis semblent formés à priori et vont en général dans le sens d’un intérêt personnel qui nient l’existence même des autres intérêts. Arrive le temps des rencontres, des auditions, des éclairages contradictoires, les décisions sont toujours matures et exemplaires.

Pour vivre ensemble et décider ensemble, il va falloir commencer par apprendre à se faire confiance, à se sentir légitime, pas plus, mais pas moins qu’un autre. Nous partons de l’existant, les gens qui décident à notre place, sont aussi plus ou moins éclairés, mais les résultats de ces processus actuels montrent que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Il faut donc en changer en expérimentant d’autres.

Névrose d’angoisse : l’accélération destructrices des repères d’antan, la multiplicité des informations et des stratégies du choc, la globalisation des conflits armés ici et ailleurs, et financiarisés, partout, les dangers environnementaux et l’effondrement des systèmes sociaux et organisationnels traditionnels, entraînent des injonctions de certains à répondre avec pragmatisme, efficacité et en urgence à tous les maux de notre ère et de notre civilisation. Cette injonction d’urgence nous paralyse et nous condamnent à la réaction au lieu de faire un pas de côté et de changer notre regard, prendre hauteur et recul et développer une vision long terme en actionnant ici et maintenant les leviers à notre portée de manière cohérente avec cette vision. Non la fin ne justifie pas les moyens. Même si on parle de survie de l’espèce. Pour répondre aux maux, si la condition est d’imposer les réponses par le haut, c’est perdu. Pour maintenant et pour demain. Les réponses existent déjà, il s’agit de les conscientiser et de les propager dans leur diversité et leur singularité de manière horizontale, pas de haut en bas, pas de bas en haut, mais ensemble, de manière concertée, choisie, décidée, assumée collectivement. Il n’y a pas une solution, une forme d’énergie, une semence, une monnaie, un forme d’entreprise, une démocratie, un système éducatif, de santé, il y en a plein. Et la préservation de l’ADN de chacune, enrichie des expériences des autres, est la meilleure (et seule option) de ne pas se planter en imposant ici et partout les solutions de là bas.
Ne plus jamais renoncer à la singularité des êtres et des projets dans la même mesure, et en affirmant celle-ci, sortir des logiques de domination, de prise de pouvoir sur l’autre. Reconnaître sa singularité et la reconnaître à l’autre. De là peut naître un Nous.

Névrose narcissique : la névrose des candidats à l’élection « Suprême » comme on dit. Leur point commun à toutes et tous : « je suis l’homme ou la femme de la situation. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les personnes de mon entourage qui me poussent à y aller et l’intérêt supérieur de la nation ;-) ». Moi, moi, moi. Nourri par le focus médiatique, et l’effet « passé » à la télé où les gens projettent sur vous des espoirs (faux) et des rancoeurs. Il existe un réel danger de confier les clés de la cité à des personnes qui malgré elles et du fait du système avec lequel elles ont du jouer, ont pété les plombs au fur et à mesure de leurs parcours politiques, ne réagissant qu’au « avec moi » ou « contre moi », devant user de séduction pour atteindre leurs objectifs, puis de pouvoir de nuisance ou à la manoeuvre ou à la fraude pour survivre à la fin de l’effet de séduction. On ne peut confier les clés de la cité à des personnes qui ne travaillent pas sur elles. Ca conduit à des guerres extérieures et de la surveillance généralisée pour montrer qui est le patron et dissimuler avec cet écran de fumée les échecs personnels à mettre en oeuvre ses propres promesses intenables évidemment. C’est éminemment dangereux.

Pour 2017, ll n’y a pas d’urgence à gagner quoique ce soit. Il y a en revanche urgence à sortir collectivement de nos névroses pour tendre vers l’émancipation de chacun, et faire avec l’autre, trouver des compromis pour vivre ensemble de la manière la plus harmonieuse possible.
Tant que nous ne sortirons pas de ces névroses il nous sera impossible de faire société.

Je suis triste de voir des femmes et hommes que j’admire et que je respecte concentrés à 200% sur cette échéance avec leurs dizaines de primaires présidentielles, ou écuries présidentielles en cours de constitution.

Je comprends leurs démarches, mais elles ne font qu’accroître la lumière sur ce moment pathologique, nourrir la personnification mortifère, tromper les citoyens en leur faisant croire que la solution se trouve en dehors d’eux.
Nouvelle ère, nouveaux outils, maturité des relations sociales et interpersonnelles, pair à pair, interdépendance. Il y a tant à créer et à inventer !
Ca procure tellement de sourires et de plaisir d’ouvrir de nouveaux sentiers à explorer, plutôt que de nourrir le château de cartes qui s’effondre de lui même par simple anachronisme.

Je perçois sur les visages de ceux qui créent une vraie joie un vrai plaisir dans l’effort, le doute, l’humilité et la difficulté d’essayer les pots cassés des chemins balbutiants.

Je perçois sur le visage de ceux qui restent dans les voies traditionnelles, le même doute mais emprunt de malaise, de tristesse d’être associés de fait à un effondrement, ils subissent les pressions directement d’un système qui préfère éliminer les messagers, ils l’acceptent, c’est leur problème, mais je vois bien qu’humainement c’est dur.
Quoiqu’il en soit nous sommes tous co-responsables de cet effondrement, élu ou pas, votant ou abstentionniste, la situation est le produit de notre responsabilité collective. Aucun d’entre nous, citoyens, ne saurait s’exempter de sa responsabilité personnelle dans ce qui ressemble bien à un chaos.

Si l’effondrement nous incombe, l’inverse aussi. C’est la bonne nouvelle !

Si le doute est notre seul point commun, partons de nos incertitudes pour oeuvrer les uns les autres où que nous soyons.

3 conditions :

- sortir des logiques de personnification et de représentativité

- sortir de la logique de camp contre camp pour aller vers un nouvel horizon : la délibération et décisions des acteurs émancipés plutôt que l'imposition des "solutions" par le haut.

- vision à long terme et mettre en oeuvre des expériences ici et maintenant qui nourrissent un autre imaginaire collectif.

Confiance à tous, pour contribuer en conscience à inventer la (les) démocratie (s) d’après la démocratie représentative sur la base de pleins d’expériences qui ne demandent qu’à être menées.
La démocratie, celle qui permet de vivre ensemble et d'accompagner la mutation de notre civilisation. L’enjeu vital.

Nous sommes celles et ceux que nous attendions.

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