Sans jamais compter mes heures, journées, soirées, week-end, bosser, bosser, bosser. Corvéable à merci. Comme toutes les autres petites mains. Emplois fictifs pas vraiment ;-)… J’ai commencé par travailler sur la campagne du traité constitutionnel en 2005, donc sur l’Europe. Et puis, j’ai contribué à la pré-campagne, puis à la campagne présidentielle de 2007. Je faisais de la mobilisation, de l’animation, de la préparation de colloques. J’ai adoré faire cela. Passionnément. Avec des salarié.e.s, des militant.e.s. Je n’avais pas encore conscience de la grande violence de ce milieu.

Est-ce que c’est très grave ?
Il y a une échelle. A chacun de juger et d’ailleurs, il y a des gens dont c’est le métier de juger s’il y a préjudice, de quelle nature et d’en fixer la réparation éventuelle. Je ne suis pas compétente.
Je sais simplement que notre époque crève de la corruption. La corruption de notre Etat, des compromissions, des pots de vin, des marchés publics, des détournements, des distributions d’argent public clientéliste, de l’achat de voix, de Bygmalion, de Karachi, des frégates, de Clearstream 1 et 2, des industriels qui nous empoisonnent sciemment, des corruptions des laboratoires pharmaceutiques, des industriels qui se foutent qu’une usine s’effondre en écrasant 1138 ouvrières et ouvriers, du désastre du nucléaire, du financement du terrorisme par des entreprises françaises, de la surveillance de masse, des menaces des annonceurs pour ne pas publier telle ou telle révélation, les conflits d’intérêt, les lobbies installés dans les lieux de pouvoir…

Le grand jeu de l’époque : planquer ses errements, ses fautes, ses responsabilités, son argent, ses adjuvants, ses polluants, ses déchets toxiques, ses pesticides. Nier toujours. Ne demander pardon jamais.
L’ère du mensonge. Un système entier basé sur la fraude, la dissimulation.
On ne peut pas continuer à avancer comme ça.


Le corollaire de ces innombrables arrangements avec la vérité est le complotisme, tant décrié par les élites, tout étant attisé par elles quand ça les arrange. Mais comment se forger un avis éclairé dans cette boue du mensonge ? Comment arriver à construire une société alors que les paroles impeccables sont rares ? A quoi nous fier ? Quelle donnée ? La parole d’untel ou d’untel ? Quels sont les repères pour éclairer nos routes ?
Dans le champ politique, en tous les cas, c’est le néant. Ses acteurs tous bouffés par le fameux la fin justifie les moyens. Ca ne veut pas dire tous pourris. Ca veut dire, toutes et tous témoins silencieux de pratiques qui ne devraient plus exister depuis un bon moment. Et donc un peu complices.

Revenons au sujet. Qu’est-ce qui est grave dans cette histoire d’assistants parlementaires de l’UDF comparée à ces milliards, et ces millions, ces impacts sur la planète à 100 000 ans, sur les gens ?
Ce qui est grave, c’est de nier. D’essayer de décrédibiliser la parole de celles et ceux qui parlent. Et d’essayer d’empêcher cette parole en faisant pression sur la presse.

J’ai quitté il y a 8 ans la politique partisane. Je ne supportais pas sa violence, ses faux semblants, ses trahisons, ses luttes de pouvoir, ces salles fermées, ces histoires de fichiers, de cartes d’adhérents, ces chuchotements, ces règles par claires, la souffrance de celles et ceux qui font en bas de l’échelle, leur humiliation trop fréquente, la violence de celles et ceux qui bénéficient toujours de ces mêmes règles, cette ambiance mortifère une fois les spotlights éteints. Est-ce que l’UDF ou le Modem étaient pires que les autres partis, je ne crois pas. Mais est-ce que c’était mieux, je ne sais pas.

La parole doit se libérer. Partout, tout le temps.
Sur les petites compromissions comme les grandes, sur le harcèlement, sexuel ou moral, sur les secrets des Etats, des collectivités et des entreprises. Sortir de cette ère de la dissimulation me semble nécessaire pour avancer, construire le monde qui vient sur des fondations solides.

Si chacune et chacun, où qu’il se trouve, dit ce qu’il voit, ce qu’il vit, sans peur, alors, peut être notre époque pourra se relever.

Les non-dits sont en nous. Les scandales à répétition ne sont que la résultante de nos renoncements à parler, et de notre laisser faire.
Alors un peu de courage.

Si quelques uns parlent seuls ils se feront massacrer. À plusieurs, dans tous les secteurs, la pression sur chacun.e diminue et nos vérités se confortent les unes les autres permettant d’espérer aboutir à la vérité.

En l’occurrence, c’est pas super marrant d’ouvrir sa bouche en ce qui concerne plusieurs ministres d’un gouvernement tout puissant. Rien à gagner. Tout à perdre. Mon confort était d’être partie en laissant un monde violent, en 2008 mon avenir politique était bien parti, mais je n’arrivais plus à m’accommoder des règles du jeu imposées. Je suis partie il y a 8 ans. J’ai changé de vie. Trouver le goût de la vie claire, simple. J’avais tourné la page. Je suis heureuse dans la vie. J'explore, j'expérimente, j'apprends. Et aujourd'hui, je sais que je dois parler.

Le déni d’aujourd’hui m’oblige à réouvrir cette page qui n’est pas un bon souvenir.

Je ne laisserai pas quelques un.e.s parler seul.e.s et se faire fracasser. Je ne sais pas dans quel état d’esprit ils et elles sont. Je ne sais pas ce qui les anime. Mais je sais que ce qu’ils et elles disent est vrai. Elles et ils se font traiter de traîtres. Traîtres à quoi ? A la vérité ? Pourquoi ne pas dire cette vérité ? Que l’UDF était exsangue. Que les financements des partis majoritaires ont tué les plus petits partis comme EELV, l’UDF ou d’autres. Dire ce qui est. Dire pardon.

Ma parole est libre. Elle est calme et sereine.

Aucune commune mesure avec les charges prises par Denis Robert, Assange, Snowden, Aaron Swaartz, Irène Frachon, la revue Prescrire, Reflets, Cash Investigation, Marie Maurice, Fabrice Arfi, Quentin Beaulier, Mediapart, les lanceurs et lanceuses d’alerte, mais si chacun fait un petit bout pour révéler les choses plus ou moins importantes dont il est témoin, alors le monde pourra avancer.
En cela, ces femmes et ces hommes, qui ont pris des risques vitaux parfois, étaient isolé.e.s, plié.e.s sous le poids des huissiers, qu’on a voulu faire taire par l’épuisement des procédures, nous appellent à faire notre part. Même infime. Même sur des sujets de moindre importance.

C’est simple. Ce n'est pas drôle. Il peut y avoir des conséquences. Mais je crois que c’est nécessaire.

Alors aujourd’hui, je fais ma part. Une petite part. Mais si je ne la fais pas, qui la fera ?

Demain, c’est à vous. Quel que soit le sujet. Libérons la parole.

 

 

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