Chapitre 2 : « Hacker l’Assemblée Nationale ? : D’accord ! »

Jeu d'écriture à pleins de mains proposé par Armel Le Coz. Voir ci-dessous. Et si la fiction devenait réalité ?

Lire le chapitre 1 : "2017 : le bouleversement, c'est maintenant" écrit par Armel Le Coz

 

Chapitre 2 : « Hacker l’Assemblée Nationale ? : D’accord ! »

 

Ariane se surprend elle même de cette décision. Elle se sent libérée. Libérée de ne plus avoir à regarder vers le haut pour attendre en vain des réponses, des espoirs. Enfin. Ne plus subir, impuissante, le triste spectacle offert par des politiciens focalisés sur leurs trajectoires personnelles. La pauvreté du débat démocratique signifiant à lui tout seul, sans qu’ils ne s’en rendent compte vraiment ou ne veuillent même l’admettre, l’extinction progressive des partis traditionnels.

 C’est vrai, elle ne faisait plus attention à tous les visages sur les panneaux électoraux. 

Et puis les législatives comptent pour du beurre depuis qu’elles suivent directement les présidentielles. Elles ont disparu en tant qu’élection, elles ne sont plus qu’une validation de la Star Academy présidentielle. La question posée depuis 2002 se résumait à « pour ou contre la majorité présidentielle ». Vidant totalement de sa substance le rôle de l’Assemblée Nationale qui est de contrôler le gouvernement et de voter les lois. Depuis, le statut des députés est affaibli.

 Pourtant quel extraordinaire challenge que de reprendre corps face au Président de la République, quel qu’il soit. Pas d’adhésion de députés godillots comme la majorité, pas d’opposition stérile parce qu’il vient de l’autre camp, non, remettre de l’intelligence collective, de la réflexion débarrassée des postures politiciennes, et du débat sur chaque texte de loi. Terminé le chèque en blanc pendant 5 ans ! Ariane se dit que si cette offre politique nouvelle existe, elle aimera accomplir son devoir citoyen, reprendre le chemin de son bureau de vote dans l’école primaire de son quartier. Elle emmènera Malo avec fierté dans l’isoloir pour lui transmettre ce geste du vote pour lequel tant de femmes et d’hommes sont morts, à la place de la colère, de la honte, du vote par défaut ou du renoncement qu’elle ressent depuis tant d’années. Elle qui fait partie de ces citoyens de la zone grise. Celle des inscrits qui s’abstiennent ou qui votent blanc.

 

Elle se déclare, un soir après le dîner, partante pour tenter l’aventure. De toutes les façons, il faut tenter. Essayer. C’est le moment. Sur les réseaux sociaux, elle annonce à ses proches :

 « Oui j’ai envie que nous, citoyens, nous prenions notre place à la table des décisions. Je suis candidate pour les législatives de 2017. J’accepte par ce message de me former avec tous les autres femmes et hommes qui partagent mon envie pour nous réapproprier ce lieu qu’est l’Assemblée Nationale, la Maison du Peuple, notre maison. Je ne pars pas à la conquête du pouvoir pour moi, puisque je sais qu’un tirage au sort désignera les candidats. Si je suis désignée, je serai heureuse de me mettre en disponibilité, mais ce qui compte vraiment, c’est que certaines et certains d’entre nous gagnent quelques sièges pour expérimenter la démocratie avec des outils du XXIème siècle. Si je ne suis pas désignée, je participerai quoiqu’il arrive à cette aventure : celle de la réappropriation du bien commun qu’est la démocratie. »

Elle sent qu’elle est en train de réaliser un acte important, fondateur, un acte de naissance politique, mais elle ne ressent pas de peur. Elle sent une sérénité l’envahir, celle de la cohérence, celle de la liberté de choisir.

 Il est 22h.

22h02. Son petit cousin de 21 ans poste sur son mur Facebook : « je viens de regarder sur Wikipedia, on peut être candidat député à partir de 18 ans, cool ». 

22h03. Les premiers like et RT arrivent. Alors que ses amis se disaient complètement dépolitisés, écoeurés par la politique, les habitués de la Zone Grise, elle reçoit des dizaines de messages de copines, de collègues, de sa famille qui l’encouragent, la soutiennent, certains se déclarent même volontaires pour tenter l’expérience ! Son téléphone sonne le lendemain matin, « comment aider », « comment participer », « qui contacter » ? 

Les jours suivants, les candidatures affluent de partout sur internet. Une envie collective émerge. Des femmes, des hommes de toutes origines disent : « Je suis partant, si je suis tiré au sort, pour passer les 5 prochaines années de ma vie dans cet hémicycle suivant les règles que nous déciderons collectivement, d’autres règles que celles en vigueur aujourd’hui au Palais Bourbon. » 

 

En même temps que les candidatures se déclarent, un groupe de volontaires, un instituteur, une postière, deux historiennes, des équipes de designers, de développeurs, un infirmier, un chauffeur de taxi se mobilisent pour participer et apporter leur pierre à ce nouvel édifice collectif. Créer les outils de formation des candidats volontaires. Il est décidé de créer un MOOC (cours en ligne). Cette formation à distance comporte différent modules : « qu’est ce que l’Assemblée Nationale ? », « Quel est le rôle du député ? », « Quel est le chemin de la loi ? », « Quel sera le rôle de ce député augmenté ? », « Quel sera son cadre d’intervention et ses engagements ? », « Quelles seront ses moyens, indemnités pour accomplir son mandat ? ». Un simple cours d’éducation civique 3.0. Et vu le succès du premier module, tant pour celles et ceux qui le co-construisent que pour celles et ceux qui reçoivent la formation, on comprend l’immense soif d’apprendre, le besoin criant de nourrir son engagement pour la cité.

D’autres citoyens montent spontanément le chantier d’une plateforme de vote et de débat qui permettra aux citoyens de participer au débat des lois et à la prise de décisions. Ce groupe réunit des formatrices en intelligence collective, développeurs, sociologues, communicants, philosophes, biologistes, graphistes, et des simples usagers de plateformes internet de cuisine, de petites annonces. Cette petite équipe se connecte avec des centaines d’équipes dans le monde qui expérimentent et mettent en oeuvre des outils similaires. Ils découvrent que leur soif de démocratie est partagée par des millions de citoyens dans le monde. En Argentine, en Australie, en Islande, en Irlande, en Allemagne, au Brésil, au Mexique, dans des villages en France, partout des initiatives ont émergé ces dernières années, s’inspirant les unes des autres, depuis la Grèce Antique jusqu'à aujourd’hui, les gens veulent vivre la démocratie. Ils veulent définir les règles du jeu du vivre ensemble. Entrer dans le jeu. Prendre en main leur destin. Et partout le même sentiment, c’est une question de fierté. De dignité. 

Alors que l’idée émerge à peine, des cafés citoyens ont lieu dans les amphis, dans les bistrots. Les MOOCs sont partagés, discutés. La plateforme testée par petits groupes. Complètement sous le radar des partis politiques traditionnels, des médias classiques et des instituts de sondage, des femmes et des hommes se saisissent de cette idée et se préparent à prendre leurs responsabilités de manière individuelle et collective. Ils apprennent à se réunir, à débattre, à voter, ils expérimentent de nouvelles méthodes pour faire émerger l’intelligence collective, la coopération. Ils découvrent que la démocratie, ça s’apprend, ça se pratique. 

 

Ce ne sont pas les règles du jeu qu’ils veulent changer, c’est le jeu, pour reprendre André Breton. Pour cela pas besoin de révolution, de l’expérimentation. Et ce qui compte plus que le résultat dans cette expérience, c’est le chemin pour construire cette voie nouvelle de cet objet politique non identifié. Quels rapports avec l’argent, les médias, la hiérarchie, l’égo, les lobbies ? 

 Tout repenser. Savoir ce que nous ne voulons plus, nous les gens, nous les citoyens, et inventer d’autres chemins. Accepter de se planter. Accueillir la différence de l’autre comme un cadeau, comme une richesse. Essayer. Apprendre de ses échecs. Se relever les uns les autres. Tant de choses qui n’ont pas leur place dans le parcours politique traditionnel. Oui, si Ariane et les femmes et les hommes se sont levés, sans aucun mot d’ordre venu d’en haut, c’est aussi par amour d’être ensemble, de se projeter ensemble. Ce qu’ils font chaque jour dans les conseils d’école, d’entreprises, d’associations, pourquoi ne seraient ils pas capables de le faire à l’Assemblée Nationale ? Identifier des problèmes, sourcer des solutions et décider ensemble ? Partout les citoyens trouvent eux-mêmes des solutions pour vivre ensemble. 

 

Ariane croise ce soir une voisine qui a entendu parler de sa candidature. Elle s’appelle Karima. 26 ans. Elle est chercheuse en agro-écologie. Pour des raisons professionnelles, Karima réside aujourd’hui en France, elle a vécu les révolutions arabes. Chaque soir elle se connecte, anxieuse et pleine d’espoir, avec ses amis qui participent à la mise en oeuvre de la démocratie dans leur pays. Elle sait que les chemins de la démocratie sont émancipateurs et semés d’embûches, que les outils du XXIème siècle sont des formidables accélérateurs d’initiatives des peuples mais comportent aussi des risques. Certains de ses amis blogueurs ont été en prison. La soif de démocratie des citoyens se butte à des résistances, fortes, de l’Ancien Monde. Des Lumières au Printemps Arabe, les mains se tendent au delà des frontières, les expériences se partagent et s’enrichissent. Avec Ariane, elles organisent toutes deux une réunion dans la maison des associations du quartier.

 

Personne désignée pour écrire le chapitre 3 : Sarah Maach

Initialement publié sur http://democratieouverte.org/blog/le-jeu-de-la-transition-d%C3%A9mocratique-chapitre-1

 

Préambule

Aujourd'hui nous vous proposons un jeu. Un jeu sérieux. Le jeu de la démocratie réinventée.

Il n'y a plus de doute, nous sommes désormais plongés pour de bon dans cette transition. De plus en plus de personnes agissent au quotidien pour adapter le fonctionnement de notre société afin qu'elle soit en mesure de répondre aux gigantesques enjeux environnementaux, économiques et sociaux que nous avons à relever. Pour que ces 3 transitions se passent bien, nous pensons qu'il faut réussir une mutation politique : celle de notre modèle de gouvernance. Autrement dit, il nous faut absolument changer la manière dont nous prenons collectivement des décisions et dont nous agissons pour l'intérêt général et le bien commun.

 

Le laboratoire de la transition démocratique (www.transitiondemocratique.net) explore cette année l'imaginaire démocratique en émergence. Dans ce sens, le jeu d'écriture que nous vous proposons ici est un exercice d'imagination collective et créative. Puisque nous savons que notre modèle touche à sa fin et se prépare à une période de profonds bouleversements, il nous semble essentiel (et passionnant) de nous projeter dans le futur pour tenter de dessiner ce à quoi pourrait (devrait?) ressembler la société que nous lèguerons à nos enfants et petits-enfants.

  • Prenons une date pour horizon, dans une cinquantaine d'années : 2065.

  • Prenons des personnages, nos enfants et petits-enfants : Ariane, née le 1er janvier 1985 (elle aura 80 ans en 2065) ; son fils Malo, né le 4 octobre 2015 (il aura 50 ans en 2065) ; sa fille Liam, née le 22 mars 2045 (elle aura 20 ans en 2065) ; le dernier président de la République française, le premier citoyen du monde ...ou tout autre personnage auquel il nous semblera bon de faire appel au fil du récit.

  • Prenons différents lieux dans le monde, par lesquels passeront ces personnages : l'Assemblée nationale et l'Elysée en France, la Commission et le Parlement en Europe, l'ONU, internet ...ou tout nouveau lieu de décision, qu'il soit local, national, continental ou mondial.

 

Jouons avec ces éléments à la manière d'un cadavre exquis, ou plutôt d'une série de feuilletons écrits les uns à la suite des autres par des auteurs différents. La règle du jeu est simple : chaque auteur a 2 semaines pour rédiger son chapitre ou son paragraphe et désigner publiquement l'auteur qui écrira après lui. Le récit doit se dérouler dans un ordre chronologique. Pour écrire son texte, l'auteur doit donc s'appuyer sur le récit passé, reprendre les personnages, l'intrigue et la quête engagée. Nous serons évidemment à la disposition des auteurs pour partager avec eux l’esprit du projet et éventuellement pour les aider à choisir l’auteur suivant. Pour autant, l’intérêt du jeu tient beaucoup à l’inattendu du fil des auteurs.

 

Plusieurs formes sont imaginables : d'abord le texte, qui constitue la base du jeu. Il sera publié sous licence libre (Creative Commons CC by) pour permettre une libre (et large) diffusion en ligne. Depuis ce texte, il pourrait être intéressant d'imaginer des lectures face caméra, soit par les auteurs eux-mêmes, soit par des comédiens ou des lecteurs extérieurs. Les vidéos seront elles aussi diffusées en ligne sous licence libre. À minima, les textes et vidéos seront diffusés sur les blogs du collectif Démocratie Ouverte et du Laboratoire de la transition démocratique, mais ils pourront aussi être publiés via de nouveaux outils numériques invitant à commenter tout ou partie de la série ...et pourquoi-pas inspirer les futurs auteurs. Il serait même passionnant d'inviter des internautes à « forker » (copier/coller) l'histoire pour créer de nouvelles branches de futurs possibles à l'image de ce qu'il peut se passer sur le site Github lorsque des développeurs décident d'écrire de nouvelles lignes de code dans une nouvelle branche d'un logiciel ouvert.

Cet écrit à plusieurs auteurs sera une « matière première » passionnante pour le cycle de rencontres que le Laboratoire est en train de monter pour fin 2015.

 

Armel commence donc par écrire un premier texte avant de passer la plume à un second auteur qui devra alors lui-même inviter un auteur à écrire la suite, et ainsi de suite. Le récit s'arrêtera en 2065, dès qu'un auteur décidera d'atteindre cette date dans son texte. Hervé reprendra alors le clavier pour conclure la série.

 

Armel Le Coz, Démocratie Ouverte

Hervé Chaygneaud-Dupuy, Laboratoire de la Transition Démocratique

 

À noter, le Laboratoire explore aussi l’écriture collective de « fictions démocratiques » sous la forme d’ateliers d’écriture. N’hésitez-pas à nous contacter.

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