Les membres du CNNum : toutes et tous menacé.e.s comme Rokhaya Diallo?

Encourageons la présidente du CNNum ainsi que les femmes et les hommes nommé.e.s à faire valoir leur indépendance et leur autonomie vis à vis du gouvernement. Qu'on laisse cette nouvelle équipe dans son intégralité faire ses preuves, expérimenter les choix de sa présidente, et qu'on les laisse travailler.

Le secrétaire d'état au numérique, Mounir Mahjoubi a décidé la semaine dernière de céder à de violentes pressions plus ou moins publiques, remettant en cause, après l'avoir pourtant validée une première fois, la composition du nouveau CNNum.

C'est pour moi un nouveau signe de la fébrilité du pouvoir, et de son incapacité à accueillir (ou à assumer d’accueillir) une nouvelle génération d’activistes, de personnalités de la société civile du XXI ème siècle, émancipées des acteurs traditionnels, dont il a tout à fait le droit de ne pas partager le ton, ni le fond, de les trouver dérangeantes, mais dont il ne peut réfuter l’existence, la singularité des voix et l’importance qu’elles prennent enfin leur place dans le débat public, notamment dans les organismes consultatifs. C'est une grave erreur politique qui a été commise. Elle peut être encore réparée. Les femmes et les hommes du Conseil National du Numérique peuvent être les artisan.e.s. de la solution.

Par la présente, j'apporte tout mon soutien à la présidente du Conseil National du Numérique, Marie Ekeland, et l'encourage à maintenir ses choix initiaux, légitimes et pertinents. J'encourage les femmes et les hommes qu'elle a appelé.e.s à la soutenir collectivement dans ses choix.

Il est insupportable que le gouvernement, après l’avoir, de surcroît, validée, abîme l’intégrité de ses choix et de la composition complète, diverse, intéressante, équilibrée de cette équipe. Le collège "société civile" sert justement à accueillir les non techniciens du numérique, celles et ceux qui peuvent éclairer la société sur les libertés fondamentales, il n'y a aucune raison valable d'en exclure à priori Madame Diallo plutôt qu'un.e autre.

La présence de Madame Rokhaya Diallo, en pointe sur le racisme et le féminisme, auteure, journaliste, intervenante sur les sujets de cyberharcèlement, des phénomènes de violences sexistes et racistes en ligne est tout à fait légitime à la table du CNNum, il est temps que ses expertises soient reconnues dans son propre pays au même titre qu’à l’international comme c’est le cas aujourd’hui.

Cela n'augure rien de bon pour la suite, si cela venait à devenir effectif. Et pour le moins, ça pose question, si ça ne suscite pas la défiance.

Je connais certaines femmes nommées, certains hommes nommés, je sais leur humanité, leur indépendance, leur professionnalisme, leur expertise, je les encourage à ne pas céder à cette campagne de déstabilisation, et à être solidaires les unes des autres, les uns des autres, non pas en défendant les idées de Madame Diallo qui lui sont propres, mais en comprenant qu’aujourd’hui si c'est elle qui est menacée d'être évincée, demain ce sera peut être leur tour.

Lorsque les bénévoles du CNNum alerteront gouvernement et citoyen.ne.s sur certains sujets sensibles, doivent-ils craindre d'être viré.e.s car leurs paroles ne conviendraient pas à l'Etat, à des entreprises, aux services ? C’est pourtant vital pour notre démocratie d’éclairer sur l’impact du numérique, sur ses opportunités et ses menaces. Nos sociétés croulent sous les exemples d'abus d'acteurs étatiques et privés qui utilisent le numérique contre l'intérêt des citoyen.ne.s. Edouard Snowden, vous vous en souvenez ? La France s'honorerait d'accueillir et de soutenir au sein des organismes consultatifs une multiplicité de voix en mesure de pointer les failles, nécessaire pour pouvoir y remédier.

Le CNNum a une occasion en or d'affirmer son indépendance et de garantir la pertinence de ses travaux à venir, et de sortir de cette crise par le haut.

Ce serait une bien belle victoire collective d'une génération engagée, autonome du pouvoir traditionnel, plus diverse, plus complexe et en phase avec la réalité de notre société et de ses enjeux.

Vous pouvez le faire.

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